TROISIÈME PARTIE
« Sachons alors mourir dignement. Que nos derniers t ouvrages aient au moins l'apparence de la solidité « et de la proportion (1). »
Eh bien non ! Nous ne considérons pas la littérature française comme terminée et nous ne voulons point être des classiques! Nous serons davantage encore; c'est-à-dire que, par nos œuvres, nous servirons mieux l'humanité — par nos œuvres que nous nous efforcerons de faire belles de forme et hautes de pensée !
Depuis le xvn8 siècle il ne peut plus y avoir de Classicisme, pour la raison que l'art littéraire y ayant été porté à sa perfection, il serait vain d'entreprendre à nouveau la même besogne. D'autres tâches nous attendent.
Art littéraire, disons-nous — c'est aussi le terme de M. Henri Ghéon — et non pensée !
Il était certes nécessaire, de former une fois pour toutes l'instrument universel de l'esprit, de fixer le langage et de déterminer les meilleurs procédés pour être compris de l'âme et du cœur. Le livre devait être moulé sur l'homme, façonné d'après son entendement, adéquat au mécanisme intérieur de ses passions, de son intelligence et de sa volonté. Il ne pouvait contenir, sans s'annuler, aucune impropriété, ni aucun terme qui dépassât le sujet ou le desservît. C'était aussi une question de beauté dans l'espèce et il ne
(1) Mise au point. Les Guêpes, n° 7.
fallait rien de moins que de tendres et harmonieux génies pour fleurir de grâce aisée et de sensibilité délicate un appareil de logique toute rigoureuse. La noblesse de l'idée demandait une aussi noble forme.
On devait dès lors enseigner les secrets d'un tel art, car nul écrivain, même de génie, laissé à soi seul, n'était capable de les découvrir. Un individu ne peut pas recommencer l'effort de toute une race.
Il fallait ne pas décerner une valeur absolue aux objets sur lesquels on avait formé l'art littéraire. Il fallait oublier qu'on l'avait expérimenté seulement sur l'homme en soi. Il fallait montrer qu'il pouvait s'appliquer à une large compréhension de l'humanité. On prenait la méthode de la discipline, non les cerveaux mêmes de l'époque. Les idées du moment, la façon d'envisager les choses, la matière du xvne siècle, enfin, toute empreinte de monarchisme, était à rejeter — et il n'y avait à cela rien d'impossible. Se trouvet-on empêché de reconnaître l'importance du principe rationaliste par les conclusions que Descartes luimême en a tirées?
Les erreurs, les préjugés qui remplissent ou conditionnent la littérature classique ne venaient pas de l'instrument. N'est-il pas possible de raisonner juste sur de fausses prémisses? Et combien de siècles mêleront encore le faux au vrai?
Au reste, c'est bien à peu près dans ce sens que, jusqu'en ces derniers temps, le Classiscisme servait d'enseignement. Les œuvres de ses grands maîtres