TROISIÈME PARTIE
composaient une inépuisable et merveilleuse rhétorique dans laquelle on trouvait tous les témoignages, tous les exemples de l'art d'écrire. Les commentaires nombreux en révélaient les secrets cachés. S'il était question des idées, on savait les apprécier à leur juste valeur, selon leur exactitude scientifique. On les remettait en leur temps. La preuve est faite, d'ailleurs, que cet enseignement ne nuisait à aucune disposition, qu'il n'empêchait aucun tempérament de se manifester. Les novateurs-nés n'étaient point détournés par lui du champ de leurs découvertes.
Une formait des poncifs que pour les élèves indignes, ceux qui devaient être les mauvais écrivains, — c'està-dire ceux qui prennent la plume sans rien avoir à dire, comme ils prendraient tout autre outil.
La littérature compte trop de ceux-là — ou plutôt, il y a trop de ceux-là dans la littérature où ils usurpent un titre qui ne leur appartient pas. La haute instruction répandue à tous les fortunés commit ce mal. Elle leur révélait les secrets des maîtres. Ils s'imaginèrent alors qu'en appliquant mécaniquement des formules toutes faites, ils allaient eux aussi produire des chefs-d'œuvre. L'art ne leur semblait plus qu'une fabrication d'un produit, dont ils possédaient les recettes. Ils ne voyaient pas qu'on n'est véritablement écrivain qu'avec un peu de génie, que ceux-là seuls appartiennent à la littérature qui viennent promulguer des vérités nouvelles, agrandir l'âme humaine ou son horizon. C'est par ceux-là, qui, n'apportant
rien de leur propre fonds, devaient nécessairement être des imitateurs, que se produisit alors ce que l'on a appelé l'académisme officiel — le pseudo-Classicisme.
Cependant d'autres.se servaient du Classicisme pour accomplir leur œuvre originale, pour réaliser les actes de l'esprit. Est-il besoin de les nommer tous ces maîtres de la littérature contemporaine : Hugo, Vigny, Baudelaire, Flaubert, Renan, Leconte deLisle, Zola?
Les écrivains académiques — formule bizarre de la nullité — , ceux qui suivaient la lettre de la tradition, non son esprit, suppléant au manque de génie par les procédés de l'arrivisme, disputaient la gloire, et le prestige du livre, aux novateurs. Parce qu'ils donnaient de plates contrefaçons de chefs-d'œuvre, ils se croyaient les dépositaires du feu sacré.
On savait bien cependant découvrir leur impuissance — leur imposture. On les dénonçait à la foule, on les chassait du temple des purs artistes. Mais, alors, sur leur cas, se produisait une grave erreur. La cause de leur mauvaises œuvres, on l'attribuait aux règles, à la discipline classiques dont ils se réclamaient — alors que cette cause existait dans les individus euxmêmes, dans l'impuissance de ces faux écrivains, qui s'étaient institués sans titre, parce que tout commerce est libre, dans l'imposture de ces pseudo-poètes qui rimaient malgré Minerve.
C'est par l'effet de cette erreur que se déclara dans l'art la dernière et récente révolution qui dévasta la poésie, ravagea la prose, perturba les idées, troubla