VERLAINE
En traversant l'Allemagne, Gérard de Nerval s'arrêta à Francfort. Il désirait voir la maison où le grand Gœthe naquit. C'était, rue du Marché-aux-Herbes, une vieille et humble demeure, toute bourgeoise et lézardée ; le porche, écussonné, s'enguirlandait de lierre. La chambre des anciens maîtres était restée telle qu'autrefois, avec ses mêmes meubles et ses souvenirs graves ; la bonté de la paix et le calme repos du bonheur avaient habité là, auprès de l'homme considérable, alors qu'il n'était pas encore l'écrivain prodigieux dont, aujourd'hui, se dresse dans la même ville, sur la Gœthe-Platz, la statue colossale, fondue par Schwanthaier. Je pense qu'en visitant ce lieu, Nerval, ému jusqu'aux larmes, dut sentir passer, en lui, le frisson indéfinissable et proche d'une présence. C'est qu'il y a de tels hommes qui passent en de tels songes que, fussent-ils encore méconnus et pauvres, une parcelle de leur souvenir reste à jamais dispersée entre les murs de l'asile où, un instant, ils se reposèrent, avant d'entreprendre les rudes luttes de plus tard. A ce spectacle, Nerval pleura certainement en lui-même le regret des morts profondes et se sentit écrasé, lui si bon, par l'invisible voisinage du Héros.
Dans bien des années, quand un poète de la patrie de Gœthe, à son tour, passant par Paris, voudra saluer la maison où Verlaine mourut, quels vestiges retrouvera-t-il des objets qui entourèrent cette fin terrible ? La vieille maison de la rue Descartes existerat-elle encore et la pièce médiocre où se tordit son corps dans la convulsive étreinte de l'agonie ?
Cela est peu probable.
Verlaine ne connut pas la réputation extraordinaire de Goethe. Il n'aura jamais de statue colossale sur une place puhlique ; le monde ne fêtera aucunement sa mémoire ; on ne saura presque plus comment il s'éteignit. C'est que Paul Verlaine était un vieux proscrit et que Wolgang Gœthe fut un poète national vénéré.
Pauvre Lélian était un exilé du Repos, un Ashavérus de l'indé-