‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 48 sur 150 · III. DeLPIW DE BrïTO GUIMARAENS · texte numérisé non relu

III. DeLPIW DE BrïTO GUIMARAENS

Aima dorida (Monteiro ; Lisbonne, 1893); préface de Teixeira Bastos (2). — Lisboa negra (id., 1893). — Confidencias (José Bastos ; Lisbonne, 1894). — Evangeîko (id., 1895).

Delfim de Brito Guimaraens, l'un des plus jeunes parmi les « jeunes » du Portugal contemporain, est le lyrique des demi-teintes.

(0 L'un des plus remarquables poètes parnassiens du Portugal contemporain. {2) Poète, sociologue et philosophe positiviste, l'un des plus éminents disciples de Theophilo Braga.

x 3 o L'ERMITAGE

Comme celui de son camarade Anthero de Figueiredo, son début fut un livre de proses désolées, Aima dorida (« Ame endolorie »), dont l'épigraphe, tirée de Schopenhauer, accusait délibérément l'orientation pessimiste; sous une forme directe et nue, dont la sincérité presque enfantine émeut, sans d'ailleurs parler à l'esprit, c'est, l'auteur le constate lui-même, un recueil « individuel » d'impressions, de souvenirs et surtout de regrets : « Quand je lui renvoyai les lettres parfumées, où sa menotte avait tracé « mille phrases d'amour et de confiance, je ne pus résister à l'absurde « désir d*y couper une demi-feuille blanche, que je garderais comme sou- « venir. — Et lorsque je contemple la blancheur laiteuse de ce bout de « papier satiné, j'y vois apparaître clairement, grâce à je ne sais quelle « métempsychose étrange, toutes les choses que m'avait écrites la bien- « aimée... » {Aima dorida, p. 27-28).

Presque en même temps que ce volume paraissait Lisboa negra (« Lisbonne noir » ou « Lisbonne la nuit »), petit poème que son sujet, sa prosodie rudimentaire, ses descriptions déclamatoires des ulcères secrets d'une grande ville,, désignent, aux rigueurs du critique impartial, comme un crime de lèse-esthétique, sur lequel je n'insiste point.

L'inspiration de l'écrivain fut, au reste, bien plus heureuse en la plus grande part des sonnets réunis sous le titre Confidencias, et publiés l'année suivante : sanglots étouffés d'un cœur triste, aspirant à la mort pour y suivre sa Mère et trois petites sœurs adorées ; blasphèmes ingénument murmurés contre Dieu ; cris de timide exaspéré contre une Patrie qu'il désavoue, en raison, non pas de principes humanitaires, mais de l'avilissement moral dont il l'accuse, avec trop de sévérité ; doux soupirs de pressentiment vers l'Epouse purificatrice et la résigrïation finale au mal de vivre... Et l'accent de ces vers intimes est tellement franc, le« moi » qu'ils nous révèlent est si peu « haïssable » qu'on oublie de leur reprocher (sans parler de l'abus du Je) plus d'une cheville exclamative et plus d'une petite négligence, incontestablement choquantes.

Les mêmes imperfections partielles, déjà plus rares, compensées parles mêmes qualités générales, peut-être plus touchantes encore, demeurent celles de « la bonne chanson » qu'est l'Evangile (« Evangelho »), sous-titré « livre de prières ». L'âme du poète est pacifiée ", ses soupirs de pressentiment n'étaient pas vains : la chaste influence de l'Elue a fait renaître en lui la Foi, l'Espérance el la Charité ; et les lèvres du pessimiste se surprennent à paraphraser suavement les Notre-Père de son enfance, les Ave Maria, les Salve regina de son adolescence mystique...

Louis-Pilate de Brinn'Gaubast.

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