VII. LES REVUES
Le numéro de janvier da Mercvre de France est particulièrement intéressant. Il faut y lire les remarquables considérations de M. Rémy de Gourmont sur Hello, la suite de l'étude de M. Victor Charbonnel sur les Mystiques dans la littérature présente, Penthousïaste hymne à la Beauté de M. Armand Point. De la première lettre sur ia poésie par M. Emmanuel Signoret, nous extrayons ces lignes : « La poésie est l'art d'inspirer pour les formes plastiques une curiosité et un amour qui en renforcent la réalité. L'art poétique se résume à choisir dans l'univers quelques-unes de ces formes et à les retracer avec exactitude et pureté. Un sentiment de vérité et de suavité se dégage de telles oeuvres. C'est le sentiment poétique. Ce sentiment vit en chaque notion. Toute chose est poétique. Car l'univers entier est destiné à être créé. Un grand poète est celui qui sait discerner la partie de l'univers qui, à l'époque de sa vie,
(1) Ne sont mentionnés que les livres, les journaux et les revues relatifs aux litté" ratures du Portugal et du Brésil. Il sera parlé de tous ces ouvrages, au cours de la présente année (délai d'un an, à dater de mon accusé de réception), soit ici même, soit dans l'une des revues suivantes : Revues Blanche, Encyclopédique , Nouvelle Revuej Magazine International) feune Belgique, Critique.
est appelée à être créée. Son art consistera donc à trouver à un ordre de choses nouvelles des formes qui leur conviennent, à peindre leur caractère de généralité, à en dégager le sentiment poétique. » Et du poème de M. Albert Saint-Paul, Les Passants, ces vers qui le terminent :
La vie est odieuse et la vie est divine Et le but a déçu le plus souvent l'effort.
Combien portent dans cette foule qui chemine, La couronne de fleurs ou la couronne d'or.
Mais en elle se meurt l'éternelle agonie Où tombe un crépuscule et frissonne une aurore ; Et tous dans l'action vaine qui les dévore, Puisent la mort féconde aux sources de la vie.
Le Mercure, nous donne aussi les quatre-vingt-une réponses faites par les écrivains nouveaux à son enquête sur Alexandre Dumas fils.
A la Revue Blanche, (i3 décembre) d'intéressants souvenirs de M. Henri de Régnier sur Oscar Wilde. Le numéro du i" janvier contient un article de M. Gustave Kahn sur la Vie mentale de Tannée écoulée, article du premier intérêt qui résume, apprécie très-justement et dégage ce qui dans la poésie, le théâtre et le roman, a mérité d ? être retenu.
Nous avons remarqué dans Vidée Libre (décembre) une curieuse étude de M me Marie Jahei : Les sensations des auditeurs > chapitre emprunté à son récent volume la Masique et la Psycophysiologie ; des vers de MM. Baud-Bovy et Besnus; un poème de Keats, traduit de l'anglais par M. Rémy Salvator, et une ballade de M. Paul Fort.
A VArt et la Vie (janvier^ une suite de poèmes sur Florence, Les sept lampes d'or, par M. Gustave Soulier; une étude sur Dumas fils par M. Maurice Pujo.
Ed. D.
Le deuxième fascicule d'ARTE s'ouvre sur le portrait et la biographie de son représentant en France, Louis-Pilate de Brinn'Gaubast, et contient nombre de beaux vers : français, de MM. Stuart Merrill, L. des Rieux, Ernest Raynaud, Ach. Millien, R. Bouyer ; allemands, de M. Deîter von Liliencron et de Mme L. Rafaël; italiens, de M. Enrico Panzacchi ; portugais, de M. Antonio Feijo (ces derniers traduits en français) ; des proses de Saint-Pol Roux et Edouard Ducoté ; une lettre de Theophilo Braga à Eugenio de Castro ; et une Etude, signée de M. Gœran Bjœrkman, sur La Poésie en Suède, où, depuis 1860, « l'idéal de l'époque romantique » s'est modifié successivement dans le sens d'un réalisme plus voisin delà » nature, tandis que se substituait au subjectivisme d'abord, à ses accès » de rhétorique et de sentimentalité, un objectivisme- toujours sûr de a soi, mais plus d'une fois aussi quelque peu raide et froid, » Le Bulletin International abonde en renseignements précieux sur la vie intellectuelle en Allemagne, Angleterre, Brésil, Espagne, France, Grèce, Italie, Suisse, — et même Turquie.