IX. LE MOIS
Je trouve — oh ! point dans un des grands journaux du boulevard, ils ont bien à s'occuper d'autre chose — dans une obscure revue de sociétés coopératives du fin fond de la province, mention d'un détail tout petit mais plus important, me semble-t-il, que l'harmonieux duo Séverine- Rochefort, que l'aflaire Lebaudy et l'affaire des 104, que l'extradition Arton et le diabète Cornélius Herz, que Panama et tout le reste, voici : la population de ^Angleterre vient de dépasser la population de la France.
Au moment de la Révolution française, la France, d'après Necker, était trois fois plus peuplée que la Grande-Bretagne ; au moment de la instauration, nous dépassions encore nos voisins d'outre-Manche d'une dizaine de millions ; ils ont rattrapé la distance tout en trouvant moyen, en cinquante ans environ, d'essaimer dans le monde cinquante à soixante millions de sujets du roi Shakespeare. Comme ce n'est pas la place qui leur manque ni dans le Far- West, ni dans te South-Africa, ni en Australie, ni même en Irlande et en Ecosse, rien n'empêche que dans un siècle il y ait un demi-milliard de John Bull nous regardant de beaucoup plus haut que nous ne regardons aujourd'hui la Belgique ou la Suisse. Allons, le moment s'approche où nous autres français n'aurons plus qu'à tirer notre bonnet de nuit sur les yeux, souffler la chandelle et dormir pour toujours.
Bien qu'il soit assez humiliant dans ces conditions de s'occuper de recensement, si l'on profitait du prochain pour essayer quelques innova-
tions en statistique ? Il suffirait de joindre au recto des renseignements obligatoires un verso facultatif où l'ingéniosité des questionnaires se donnerait libre cours. MM. Binet et Ferré ne se plaindraient pas d'un pareil laboratoire psychologique. La feuille contiendrait un certain nombre de demandes : quelles sont vos opinions philosophiques, éthiques, esthétiques, métaphysiques, politiques, etc., etc. Répondrait qui voudrait et qui pourrait. Ce serait un moyen de savoir si la majorité de la France est symboliste ou naturaliste, ou de connaître le nombre exactement des boudhistes et des sociniens, et parmi, je suppose, les catholiques la proportion des croyants par habitude, par sentiment, par raisonnement, des demi-croyants, des fanatiques, des pratiquants, des
mixtes, etc., etc.
M. Zola a des moments de méchante humeur. L'autre jour il avouait
lire toutes nos revues mais s'ennuyer prodigieusement à cette lecture,
sauf quand on l'y éreintait. Alors son plaisir doit être rare, car vraiment
nous ne nous occupons pas autant de lui que lui de nous. Mais, puisque
cela l'amuse, faisons-lui cette politesse. Donc M. Zola nous malmène fort,
et avec le geste d'un à qui nul ne prend le caleçon qu'il tend, tombe notre
mysticisme (?) à coups de sa science (la science de M. Zola?) : « Oui, mes
petits amis, nous crie-t-il, allez-y de vos marionnettes et de vos lys,
beaucoup de lys, encore plus de lys, pour que pousse dru la prochaine
moisson naturaliste ! » Mais, ô subtil Zola, tout se tient, si l'agonie des
lys engendre le fumier naturaliste, de ce fumier jailliront d'autres lys
radieux
Car toujours ils naîtront,
Comme naissent d'un étron
Des roses, des roses.
Vous préférez l'étron, cher Monsieur, gardez-le, mais laissez-nous les roses I Puisque vous lisez nos revues, ne savourâtes-vous pas ici le Conseil à son neveu du Yoghi Paul Masson : « A celui qui te demandera : De quelle école littéraire vous réclamez-vous ? réponds hardiment : De celle qui suivra la période de réaction contre celle de ce temps-ci. »
Huit jours auparavant, dans le même Figaro, le même polygraphe nous avait fait à nous tous, à propos de la mort de Verlaine, un reproche auquel, s'il était fondé, je serais pour ma part très sensible : « Pauvres jeunes gens, nous disait-il en substance, ce qui vous prouve sans muscles et sans nerfs c'est que vous vous éprenez toujours d'incomplets,Verlaine, Barbey d'Aurevilly, Villiers de TIsle-Adam, Laforgue. Vous ne reconnaissez jamais pour maître le travailleur robuste et infatigable qui... (je passe le reste de Fauto-portrait). » Je l'avoue sans embarras, ce serait signe défavorable si nous préférions le maladif au sain, l'incomplet à l'harmonieux, l'essoufflé au puissant. Mais est-ce bien le cas? Je passe sur Laforgue que certains ont prôné par protestation contre une indif-
2io L'ERMITAGE
férence excessive mais que nous n'avons jamais eu l'idée d'égaler aux autres « incomplets », mais franchement, les autres, c'est raide ! Barbey d'Aurevilly fut si peu un veule et un débile que Zola garde encore sur le dos la trace du gantelet de fer du Connétable, d'où peut-être la rancune du milicien trapu. Villiers de l'Isle-Adam fut sans doute inégal, qui ne l'est pas ? du moins dans ses bons moments ne donne-t-il pas l'idée de l'essoufflé et du maladif! Quant à Verlaine, nos petits-fils verront si de leur temps on relit les Rougon-Macquart comme ses lieds à lui. Etre un travailleur robuste et infatigable c'est bien, mais en art- il faut autre chose, sinon les grands poètes de ce siècle seraient Luce de Lancival, Parseval de Grandmaison, et M. Strada.
Tout cela c'est enfoncer des portes ouvertes, et M. Zola qui le sait bien, doit en rire dans sa barbe, comme il soûle de le faire en lisant nos revues. Je me consolerai avec mon cher Yoghi : a II y a quelqu'un de plus naïf que l'enfonceur de portes ouvertes, c'est le gond qui lui facilite cet exercice. » Car il faut juger de ce petit débat non point par M. Zola qui est un gond d'importance, mais par tel autre petit gond comme ce chroniqueur de- la Revue Bleue qui, toujours à propos de Verlaine, déplorant la bohème que les poètes côtoyent trop fréquemment (le grand Will avait bien prévu maritime ce pays) distillait ces mémorables paroles : a On veut une organisation, et en littérature, en art, une sorte de cadre comme dans l'armée, et des promotions,.à l'ancienneté ou au choix. »
Toujours à propos de M. Zola. Un critique adernièrement exhumé son étude sur le Théâtre d'Alexandre Dumas fils. Sapristi, mais cet excellent M. Baderne Perrichon lui-même n'a pas été aussi sévère ! N'aurions-nous pas ce monopole de l'irrespect que la génération de M. Zola stigmatise si âprement chez nous ? Ceci me remet en mémoire que de toutes les opinions émises par nos amis sur Dumas fils dans le Mercure celle qui contient, rappelée par je ne sais plus qui, la critique la plus juste et la plus pénétrante est d'un aîné, M. Clovis Hugues : « Il suffirait de changer quelques articles du code pour ôter au théâtre de A5. Dumas fils les deux tiers de son intérêt. » Ceci n'est peut-être pas flatteur pour nous, mais en fait d'éreintement nous n'avons ni le doigté de M. Clovis Hugues ni la poigne de M. Zola !
Qu'était la lettre de cachet en comparaison du mandat d'amener ? Elle était réservée aux grands seigneurs et délivrée par le roi sur la demande, le plus souvent, du chef de la famille. Au contraire le mandat est inexorable et démocratique. Chaque Français eh se levant doit se ruer à genoux et remercier N.-S. le Juge d'instruction de ne pas l'avoir fait arrêter au chant du coq. Arrestation qui, bien entendu, peut être arbitraire, injus-
CHRONIQUES 2 n
tifiée, et se prolonger pendant des jours, des semaines,, des mois et des ans. Ces juges d'instruction, nous en connaissons tous quelques-uns ; quand j'étais étudiant, je savourai plusieurs camarades qui le sont'aujourd'hui. Or l'occasion se présenta, ces jours-ci, oh non point de rogner les griffes de ces messieurs, de leur inculquer le sens de la responsabilité, de les soumettre à un contrôle quelconque du public, mais de ne pas accroître encore leur autocratie. La Chambre s'est prononcée, et, intelligemment, héroïquement, elle a conclu pour l'autocratie accrue. Le mois prochain sans doute elle transférera les pouvoirs des juges d'instruction aux commissaires de police. Alors on rira.
Quelques chiffres. D'après M. de Neymarck : il y a une quarantaine d'années, les fonctionnaires civils étaient au nombre de 200.000 et coûtaient au Trésor 260 millions. Aujourd'hui ces budgétivores sont 527.000 et coûtent 637 millions. Leurs pensions de retraite sont de même montées de 23 à 63 millions. Et il y a quarante ans (c'était en i856, n'est-ce pas?) on se plaignait du césarïsme, on stigmatisait les prétoriens, les ratapoils et les blouses blanches. Zuze un peu aujourd'hui ! — Observation accessoire. Sur les 527,000 entretenus, plus de la moitié gagne moins de 900 fr., c'est-à-dire moins que le moindre ouvrier laborieux. Quant aux gros traitements, supérieurs à 10,000 fr., ils sont au nombre de 1777.
L'Académie française a, entre autres avantages, celui de ramener l'attention sur d'anciennes gloires et de vous faire occuper un moment d'autres personnages que ceux du jour. Quand M. le duc de Noailles mourut il y a quelques années, j'eus plaisir à rapprendre (l'avais-je jamais su ?} qu'il était l'auteur d'une histoire de Madame de Maintenon, et cela m'incita à quelques lectures et rêveries sur Sa Solidité dont à l'instar de Verlaine et de Barbey d'Aurevilly je confesse aimer la tendresse grave et la majesté humble. De même les derniers discours de Jules Lemaître et de Gréard me furent-ils une heureuse occasion de songer à Duruy. Victor Duruy, il y a dans ce nom quelque chose d'héroïque et d'assourdi. Ce ne fut ni un grand homme ni un grand historien, ni un grand penseur, ni un grand styliste et pourtant ce fut quelqu'un, et avant tout une âme forte. Ecrivain, il visait au style, et parfois le ratait, tel dans sa géographie physique de la Grèce ce fleuve, d'été qui « naguère torrent furieux, coule à sec s, parfois aussi l'atteignait, tel le départ des Athéniens pour l'expédition de Sicile, ou la mort de Lentulus apercevant de la haute mer la flamme qui brûle le corps de Pompée. Si en préférant Athènes à Sparte il dut faire preuve en son temps d'indépendance d'esprit, c'est chose dont il faut lui savoir plus que gré.
Pourtant, il ne fut pas d'âme hellène mais romaine, comme Taine et
Renan que je me représente si bien sous la toge consulaire, Taine stoïcien mourant dans quelque baignoire les veines ouvertes, Renan, couronné de roses jusqu'à son dernier jour, entouré d'aimables grçeculi et affectant de ne pas savoir parler latin. Duruy aurait préféré Epictète à Epicure, ce sage hindou comme dit Victor Hugo Je l'imagine aisément en laticlave et brodequins de pourpre, préfet du prétoire ou proconsul de province améliorant le chrysargire ou Tannone et haussant les épaules quand on lui amène quelque esclave mâle ou quelque patricienne coupable de n'avoir pas sacrifié au Numen imperatoris. Car ce fut là probablement ce qui empêcha Victor Duruy d'être un grand sociologue et un grand philosophe, il ne pensa pas sur le christianisme autrement que Tacite ou Thraséas. Aussi, historien, ne comprend-il rien là où Fustel de Coulanges, Amédée Thierry, Pitra et sur ses vieux jours Taine comprennent et font comprendre. Aussi, homme d'état, n'administre-t-il pas bien autrement que ceux de ses successeurs dont il est mode et justice d'attaquer l'administration ; il eut toujours l'esprit césarien de la Règle et ne s'éleva jamais à l'idée chrétienne de la Liberté. Comme ministre de l'instruction publique, il tut en somme plus près de Jules Ferry que de Guizot. S'il faut lui faire honneur de quelques institutions heureuses comme l'Ecole des Hautes Etudes, on doit lui savoir maugré d'avoir préparé la main mise de l'Etat sur toute l'instruction publique, poussé le pays dans la voie des programmes, des diplômes, et d'avoir, par peur du cléricalisme, combattu toute mesure libérale en enseignement. Pendant longtemps mes sympathies lui furent fortement acquises, tant à cause des injures et des calomnies dont en sa qualité de ministre du second Empire il fut l'objet de la part du futur personnel lilial de la Troisième République, qu'à cause de la noblesse de son caractère, de la dignité de sa vie, de l'héroïsme de sa conduite en 1870, mais depuis que je l'ai mieux vu, à travers notamment les souvenirs de son alter ego M. Lavisse, j'avoue que mon admiration a baissé pour cet historien-ministre qui aurait pu être un grand homme et qui n'a été qu'un grand Universitaire.
Significative la dernière élection double à cette bonne Académie : Rhubarbe France et Séné de Beauregard. Très psychologique par contre l'agacement du public à l'idée qu'il y a quelque part un groupe d'une quarantaine de personnes se recrutant suivant leur bon plaisir et non suivant le bon plaisir du public. Car tout est là, et le premier point qu'on réclame ; réserver les quarante fauteuils aux quarante littérateurs les plus méritants, n'est que pour arriver au second : contrôler le mérite de ces méritants, de façon à pouvoir imposer à la Compagnie le choix de tel ou tel Roi des Halles littéraires. C'est ce que l'on essaie déjà d'ailleurs et j'avoue voir avec plaisir. l'Académie se refuser à ce rôle d'entérineuse des goûts artistiques du Suffrage universel. Le jour où elle sera un palmarès, M. Zola aura tout droit d'y figurer, avec au besoin la liste de ses œuvres complètes et le chiffre des tirages, mais tant qu'elle restera
ce qu'elle est, un salon de Messieurs bien élevés se recherchant parce qu'ils se plaisent les uns aux autres, M. Zola aura le droit de rester à la porte par cette seule raison, qu'à tort ou à raison, il ne plaît pas à ces Messieurs, si ces Messieurs lui plaisent à lui.
Il est certain qu'à ce point de vue la Question académique change d'aspect et que loin de trouver qu'il n'y a pas assez de gendelettres au Palais-Mazarin, on pourrait trouver qu'il y en a trop. Socialement, le litterator communis est une espèce souvent infréquentable et presque toujours bien professionnelle ; un ou deux dans les embrasures des fenêtres ou dans les angles d'un salon, c'est tout ce qu'on peut supporter. L'Académie originaire était mieux bigarrée, il y avait majorité de grands seigneurs, de princes du sang, d'évêques et de dignitaires de la couronne, et le tait pour ces personnages de recevoir sur un pied d'égalité absolue les meilleurs écrivains du temps était aussi honorable pour les uns que pour les autres. Le malheur aujourd'hui est qu'il n'y a plus de grands seigneurs» que les dignitaires du Bonnet phrygien sont souvent des goujats et des fripouilles, les évêques des cuistres violets ou des barbes sales de Saint-Sulpice, et que ce sont encore les gens de lettres qui sont les plus propres de la bande. Malgré tout, on pourrait avec un peu de patience, arriver à composer un louable échiquier de quarante cases : quelques hommes du monde tout à fait parfaits, quelques ravissantes jeunes dames, des officiers de salon, des diplomates pas trop de la carrière, des abbés pas trop bien vus de leur évêque, pas de magistrats ni d'hommes politiques, quelques vieillards parfumés d'exquisité ancien régime, et quelques enfants les yeux bleus ouverts sur l'avenir, deux ou trois fumistes délicats pour mettre un peu de gaîté, avec cela on pourrait peut-être supporter quelques littérateurs pourvu qu'ils ne fussent pas que littérateurs.
En attendant et toujours à propos de l'Académie, M. Zola a pris la plus tonitruante colère qu'il ait prise depuis longtemps. Oyez donc : un quidam aurait eu ^intention (au fait, ce quidam est-il fictif ou réel ? ce genre de charges à fond de train vous met toujours en défiance) de réunir en un doux eucologe, les plus caractéristiques obscénités de Vopùs çolaïcum. Je ne défends pas la chose qui, même exacte, serait inutile, méchante et, si l'eucologe n'était pas signé, peu courageuse, mais M. Zola devrait avoir vraiment aussi le courage de ses défécations littéraires. Ceci rappelle un peu trop les politiciens qui veulent bien toucher des chèques mais qui crient comme des putois quand on le leur dit* Ceux qui embrennent leurs livres ne doivent pas se formaliser si on en parle... avec des pincettes, et si M. Zola trouve la plaisanterie de mauvais goût, de quel goût croit-il que nous trouvons les siennes? En ceci peutêtre est-ce nous d'ailleurs qui avons tort et qui ne voyons pas la spiri-
tuelie délicatesse qu'il y a à donner à un pétomane le nom de Jésus- Christ et à en tirer des effets pendant cinq cents pages.
La Revue de Paris rappelait dernièrement l'expédition anglaise des Achantis en 1874; environ i5oo hommes y prirent part, il y eut 24 morts et 94 malades. Vingt ans après, la France riche d'expérience tant anglaise que nationale organise l'expédition de Madagascar; 1 5, 000 hommes y prennent part, 6000 n'en reviennent pas ; le chiffre des tués à Pehnemi est de 24. Donc on a mis sur pied i5,ooo soldats pour écraser un ennemi capable d'exterminer cinq caporaux et leurs hommes (on sait pourquoi : les explorateurs avaient bien parlé de i5,ooo h., mais composés de 3,ooo soldats et 12,000 porteurs, les organisateurs décidèrent i5,ooo soldats et o porteurs). Donc aussi on a eu 6000 cadavres où les Anglais proportionnellement en auraient eu 240. Si l'on faisait passer devant un conseil d'enquête les facétieux organisateurs de l'expédition, y verriez-vous un
inconvénient ?
On nous annonce le retour de Dame Simplicité (disparue, on le sait, depuis le bûcher de Jean Huss). Bravo, mille fois bravo ! Mais pourquoi à l'appui de ce retour nous cite-t-on ce distique roman : «Telle la peau d'un vieil onagre — Qui résonne au tympanon ? » lequel contient, quand le diable y serait, deux mots techniques et deux tournures archaïques ou tout au moins recherchées ? C'est beaucoup pour seize syllabes.
Un des Vaisseau-fantôme les plus hurluberlus de l'Océan littéraire est certainement le ponton Plagiat. On le voit un jour apparaître par une latitude inattendue, comme un îlot volcanique, tous les navigateurs sont en l'air, se tâtant les poches ou se cQuiant de soupçonneuses télescopades ; alors ce sont d'innombrables, sémaphores qui gesticulent, l'épave Plagiat est signalée dans toutes les criques, les critiques révisent les cartes hydrographiques, opèrent des sondages, font comparaître les vieux loups de mer, puis, peu à peu, tout se calme., les sourires renaissent et l'on n'entend plus parler du fantastique flotteur pris dans quelque mer des Sargasses ou dans quelque banquise dandinnante d'ours blancs.
La dernière apparition du Plagiat fut, par l'attitude des uns et des autres, vraiment curieuse. Une lettre d'un intéressé dans la Plume fut d'une majesté sereine et d'un autocentrisme inénarrable. Dans le Figaro MM. Hereile et d'Annunzio furent spécieux. On remonta aux maîtres du, genre, Sardou et Zola. M. Zola avoua, ce qu'il n'avait jamais nié, que telle scène de Nana était calquée sur telle de Venise sauvée. Non que M. Zola ait lu le texte d'Ottway ; jadis il tirait de remarquables effets des littératures étrangères ! « Vous ne connaissez pas les littératures étrangères I Lisez donc les littératures étrangères 1 » Lui les lisait mais dans les
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traductions ; M. Brunetière ne lui avait pas caché, il y a longtemps, que sa connaissance de la littérature anglaise, et de la Venise sauvée notamment, était due à Taine. Mais plus amusants encore, dans cette affaire Plagiat, furent les dires des simples spectateurs.- Un article de M. Léon Daudet fut cocasse d'effroi et de joie : a C'est qu'ils étaient là, trépignait-il, toute une bande à attendre leur tour; après d'Annunzio, il y avait Fogazzaro, et après tel et tel autre ! » Il est vrai, nous l'avons échappé belle, et le protectionnisme français a bien manœuvré. Si jamais on organise la Défense du territoire littéraire national, l'auteur des Morticoles me semble indiqué pour commander le secteur des Alpes.
J'avais trop rapidement corrigé les épreuves de mon dernier Mois. Je tiens au moins à relever une coquille. Ce n'est pas la sécurité dans le repos que connaît enfin Pauvre Lélian } mais la sérénité dans le repos.
Saint-Antoine.