VI. NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES
Triomphe de la Mort, par Gabriel d'Annunzio.
Après les troublantes alliciances de VEnfant de volupté, poème erotique plutôt que roman, dont la sensualité exacerbée jusqu'au spasme s'enveloppe avec un charme tout particulier d'impressions de musique et d'art, au milieu de paysages enchanteurs et faits comme de rêve, le Triomphe de ta Mort évoque à nos yeux une redoutable tragédie, poignante imagede la lutte toujours renaissante entre l'Amour et la Mort.
L'idée philosophique s'en dégage avec une surprenante intensité, violente peinture des nausées provoquées par l'amour purement physique, qui, fatalement, par l'abus du plaisir, métamorphose l'Aimée en Ennemie. La mort ne peut plus être que le dénouement d'une pareille lutte. Le couple maudit, enlacé, pour la dernière fois, s'en va rouler, éperdu, du haut de la falaise italienne, et trouve l'éternel repos sur les récifs battus par la mer mugissante.
C'est une variante de la triste aventure que chante Wagner d'incompatable façon, c'est Tristan, c'est Yseult évoqués de nouveau.
Inoubliables sont les épisodes dont s'agrémente cette histoire contée d'un style merveilleux. Le réalisme y coudoie la poésie. A côté de scènes pittoresques, telle qu'au bruit des chansons la cueillette des genêts fleuris semés sous les pas de la pazza per amore, le cœur se serre, les paupières se mouillent devant la triste fin de deux enfants, enlevés à la misère de la vie, l'un par la fièvre, l'autre par la mer, ces redoutables goules, toujours inassouvies de chair humaine. Sous le plectre magique d'Annunzio vibre toute la lyre des sensations. Aucune jouissance ne lui est étrangère, qu'elle soit physique ou purement intellectuelle. Les sanglots de la douleur lui sont aussi familiers que les hoquets du plaisir. C'est une monographie complète, peinte avec une exaltation sans égale. C'est, si j'ose dire, du Maizeroy supérieur et baudelairien. Levers d'aurore, couchers de soleil, brouillards de mer, cieux éclatants, vous modifiez sans cesse nos états d'âme !
Tantôt, naissent en nous l'idée du suicide, les désespérances infinies, chassées à leur tour par le parfum d'une rose, par le chant d'un oiseau. La natu're reprend vite, trop vite, ses droits. Bientôt se réveille la bête humaine sous les caresses connues. Une fois de plus est vidée la coupe offerte aux lèvres de l'Amant par les lèvres de la Maîtresse, instants d'ivresse, suivis de trop près par la satiété, breuvage terrible où le miel s'empoisonne d'amertume.
VEnfant de volupté, l'Intrus^ le Triomphe de la Mort, cette trilogie composée, comme le métal de Corinthe, de tant d'éléments divers, où se retrouvent, prétendent ses rivaux, des traces du grand Maupassant, des impressions du délicieux Bourget, des tableautins du Sar Péladan luimême, des réminiscences de Zola, de Tolstoï et d'Ibsen, pourrait, non sans quelque malice, et en désaffectant le mot cruel de Wottmann sur
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l'œuvre de Wagner, s'intituler le Mont Testaccio de. la littérature contemporaine. Trenmor.
Livres reçus. — Poésie : Léonard Rivière, Arpèges (Bibliothèque française et moderne). Gustave Kahrij La pluie et le beau temps (Vanier). Francis Vielé-Griffîn, Le rire de Mélissa, fragment. Gustave Soulier, Les sept Lampes d'or. André Lebey, Le Cahier rose et noir (Mercure de France).
Romans : Gustave Baklenbech, L'Emerveillée (Dietrich et Ce). Henri Vandeputte, L'Homme jeune (Le Coq rouge, Bruxelles). Abel Hermant, Le Sceptre (Ollendorff). Pierre Maël t Erreur d'amour (Ollendorff). Roger Dombre, Tante Rabat-Joie (Armand Colin). Jehan Mailtart, Contes chimériques {Bruxelles, Lacomblez), Jules Boissière, Fumeurs d'opium (Flammarion). Paul Adam, La force dû mal (Armand Colin).
Divers. — A. Hamon, Patrie et Internationalisme (publication des Temps nouveaux). Paul Massôn, L'hypothèque de l'honneur (Baugé, imprimerie Daloux). Maurice Maeterlinck, Le Trésor des Humbles. (Mercure de France).