VII. NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES
Les microbes de l'astral, par Marius Decrespe (Chamuel,).
Dans un récent numéro de VErmitage je consacrai quelques lignes de bibliographie à un autre ouvrage du même auteur. Je louerai d'autant plus volontiers Les microbes de l'astral que je crus devoir durement blâmer Le mécanisme de Vamour. Cette fois-ci nous avons affaire à un livre scientifique. Peut-être ce qualificatif ferait-il sourire un savant; mais je crois, avec M. Decrespe, qu'il convient d'envisager scientifiquement les phénomènes qui appartinrent jusqu'ici au domaine de l'occultisme. On oublie trop que les œuvres magiques ont ouvert la voie à la science et que, par exemple, l'alchimie est mère de la chimie. Chaque jour un secret est arraché à l'inconnu et nous devons avoir foi en l'avenir lointain où sera déchiré le voile du mystère.
Les phénomènes du magnétisme, de l'hypnose et de l'électricité passaient pour magiques, il n'y a que cent ans encore ; et ceux qui depuis des siècles se servaient d'eux sans en connaître les causes ni les lois portaient le nom de Prêtres, de Mages, de Kabbalistes, etc.
Je ne veux point dire par cela que M. Decrespe ait résolu les problèmes qu'il a abordés ; maïs ses hypothèses — et il les donne comme telles — sont intéressantes et méritent la discussion. Car, même erronée, une hypothèse est un pas fait vers la vérité. Ed. D.
Journal d'un anarchiste : Augustin Léger (Savine).
Je ne saurais trop louer M. Augustin Léger pour son beau livre. Le cœur en a dicté chaque ligne, et aussi un profond sentiment de la vérité. Outre que cet ouvrage est fort pittoresquement écrit et que l'action y est des plus attachantes, M. Augustin Léger ose, le premier, y mettre en pleine lumière ce que l'histoire reconnaîtra au plus tôt comme une vérité éclatante, c'est-à-dire que les anarchistes qui o&t porté leur tête sur l'échafaud sont les victimes les plus intéressantes et les plus à plaindre de nos tristes mœurs modernes, du mépris dans lequel on tient le
(1) Les sympathies que mes travaux sur le Portugal et Wagner ont éveillées en ma faveur aux pays de langue espagnole, et qui ne cessent de se traduire par de nombreux envois de livres, de journaux et de revues, me font un devoir de consacrer quelques moments de mes loisirs à la propagation de leur littérature. J'inaugure donc, dès aujourd'hui, dans les publications auxquelles je collabore, une rubrique à*Etudes espagnoles et hispano-américaines.
prêtre et de la suprématie ridicule qu'on a laissé prendre à Pégoïsme et à l'ambition éhontés. Louis Fabulet.
ï° La lumière d'Egypte ou la science des astres et de l'ame, en deux parties (chez Chamuel). — 2P De la cabale saracénique, par Athanase Kircher, ouvrage traduit pour la première fois du latin en français, par Jean Tabris.
Les savants ouvrages de M. Charles Barlet, le Martine^ Pasqually de Papus, V Astrologie judiciaire d'Abel Haatan n'ont pas été les seuls livres intéressants offerts ces temps-ci aux initiés parles occultistes. Il faudrait encore citer plusieurs traductions. Je placerai, au premier rang, parmi celles-ci : la Lumière d'Egypte, transcrite en français de la langue anglaise, et la Cabale saracénique, pour la première fois extraite du latin par Jean Tabris. La Lumière d'Egypte, dit son auteur (i), a été composée spécialement pour expliquer le vrai rapport spirituel entre Dieu et l'homme, entre l'âme et les astres. Tout de suite je me souviens, alors, de l'immortel travail de Cl. de Saint-Martin : Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et Vunivers et, avec ce philosophe, je redoute, pour l'auteur et pour moi, la profondeur pénible du sujet. Mais, dès l'abord, cette appréhension se dissipe, car, c'est avec une souveraine lucidité et un choix d'expressions heureuses que l'écrivain se trouve nous faire participer au trésor supérieur et hermétique de sa science. La première partie du livre est consacrée aux divergences et aux rapports que le Créateur a établis entre le royaume de l'Esprit et celui de la Matière, la seconde nous initie aux conséquences que ces raisons entraînent, visà-vis des lois du système planétaire. L'auteur qui se révèle alors kabbaliste accompli et au courant des Séphiroth ainsi que du macrocosme et du microcosme fait se baser le mouvement universel sur les réciprocités de llnvolution et de l'Evolution. « Le point de départ de l'évolution matérielle gît caché dans le royaume de l'esprit », est-il écrit, et, par corollaire : « matière signifie esprit solidifié». On pourrait, malignement, s'emparer de ces définitions et de celles écrites, dans un chapitre suivant, sur les rapports des sexes, pour conclure au grossier matérialisme de l'auteur. Mais, ferons-nous observer, Eliphas, dans son Dogme de haute magie, et Fabre d'Olivet, dans son Etat social de Vhomme, ne font-ils pas, eux aussi, participer aux grands mystères phénoméniques et la Nature et la Vie ? Si leurs sublimes écrits conservent, à jamais, de l'importance aux yeux des hommes futurs, n'est-ce pas, à mon sens, justement par cette apparente déchéance vers une humanité et vers un globe. Il y a au contraire, je crois, dans cette attitude, de l'humilité, je dirai mieux, de l'amour même pour les créatures, non point, vis-à-vis d'elles, un avilissement. C'est par de tels côtés plutôt, que le philosophe prend part à la poésie originelle et c'est à cause de cela aussi, qu'à côté des savants naissent les mystiques. Novalis, par exemple, ou Emerson n'ont produit de telles pages d'altruisme et de pitié que parce qu'ils savaient découvrir,
(i) Celui-ci a voulu garder l'anonymat.
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en nos naissances et en nos contingences, la signification de notre détresse (1). D'ailleurs, l'auteur de la Lumière d'Egypte, sans choir à de sensuelles divagations que n'eussent certes pas manqué de faire des philosophes de l'école de Bacon, Hobbes par exemple ou Gassendi, s'élève, dès qu'il disserte, aussitôt à d'extraordinaires hauteurs : « L'homme, dans son corps physique, est un abrégé parfait de la planète sur laquelle il vit, tandis que les mondes célestes trouvent leur parfaite expression dans son âme. Swedenborg, avec sa théorie du « grand homme infini » ne se trouve-t-il pas en concordance avec notre auteur ?
« Il faut, pour comprendre parfaitement la genèse de la vie, examiner successivement les sept plans de sa manifestation : plans céleste, spirituel, astral, minéral, végétal, animal, hominal. Sur les « atomes nouvellement di0érenciés » l'écrivain nous semble s.'approcher quelque peu du système de Leibnitz et, quand il ajoute : La spirale est le mouvement de la vie, il embrasse, semble-t-il, des mystères aussi profonds que ceux, supérieurs, de Dieu. ïl a, autrement que Darwin, sa manière d'expliquer Yorigine des espèces par la progression graduelle de l'atome à l'homme. Se déclarant contre le « narcissisme », l'homme, écrit-il, ne peut vivre isolé, dans la seule sphère de son Moi unique et circonscrit. De même, il repousse le Bouddhisme et considère le Nirvanah comme un mensonge du Néant. Sur l'Incarnation il a de révélatrices et effrayantes lumières ; « l'espace fourmille de myriades de mondes où l'âme accomplit, dans des états rudimentaires, son pèlerinage, jusqu'à ce que sa marche cyclique lui permette d'atteindre la planète magnifiquement organisée, dont la glorieuse fonction est de conférer, à l'âme, la conscience d'elle-même. A ce point seulement elle devient homme». Après nous avoir ainsi démontré, étroitement, la polarisation de l'esprit et de la matière, et la loi universelle des correspondances célestes, le livre s'achève par une grande étude astrologique à laquelle nous renvoyons les initiés, enseignés seulement que nous sommes, dans ce que Paracelse appelle « l'astrologie spirituelle ».
La Cabale saracénique nous tient au courant de la philosophie hermétique déduite par les Arabes des textes de l'Alcoran.
Personnellement, de tous ces travaux, ce que nous préférons, c'est, dans la Lumière d'Egypte, le IVechapitre (adeptat), Le triomphe de Vâme sur la matière lequel nous paraît d'une spiritualité tout à fait supérieure et d'un idéalisme transcendant. Et c'est avec la plus vive insistance que nous recommandons, aux philosophes lassés de vaines rhétoriques, la méditation de ces livres, où, selon la parole admirable de la Lumière sur le sentier, « lire dans le sens occulte, c'est lire avec les yeux de l'esprit...»
Edmond Pilon.
La Blagué, par Pierre Valdagne (Ollendorff, éditeur). La jolie et discrète comédie de M. Valdagne, la Blague, qui reçut à
{1) Newton regardait bien la nature comme le sensorium de la divinité et Spinoza identifiait Dieu et la substance (panthéisme) .
l'Odéon, il y a deux mois, l'accueil glacial auquel il faut bien que s'habituent les choses délicates, vient de paraître en librairie. Elle est précédée d'une piquante préface. L'auteur y raconte spirituellement qu'il avait écrit la Blague pour les gens qui s'embêtent au théâtre. ïl les croyait plus nombreux. Bien entendu, il entend par gens qui s'embêtent au théâtre ceux qui n'y vont pas chercher le gros rire ou l'émotion tressautante, les littéraires, les fins amateurs d'art proportionné. Il avait compté sans ses hôtes... Quant à la pièce, elle est bien charmante à lire et si vous êtes de ceux qu'on a empêchés d'aller l'applaudir en décembre, lisez-la.