‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 98 sur 150 · J . DES G · texte numérisé non relu

J . DES G

Le livre de la naissance, de la vie et de la mort de la bienheureuse Vierge Marie, légende de Ferdinand Hérold (Mercure de France, 1895).

Cette admirable publication de luxe contient, nous dit M. Hérold, la combinaison des principaux textes apocryphes consacrés à la Vierge Marie. La traduction en est simple, d'une simplicité vraie sans rien de l'affectation trop souvent choquante de Y Evangile de l'Enfance de M. Catulle Mendès. Chaque chapitre est orné d'une grande lettre de M. Ranson et la série forme un ensemble à la fois décoratif et original. Ce livre, un des plus remarquables spécimens artistiques de la typographie actuelle, fait donc honneur à tout le monde, à l'éditeur, à l'illustrateur et aussi à l'écrivain si profondément dévoué à l'art pur et à la poésie. S. A.

Les Mois, douze compositions d'Eugène Grasset (de Malherbe, J896).

L^loge de M. Eugène Grasset n'est plus à faire. Nul nom d'illustrateur dans la nouvelle génération ne peut être comparé au sien chez nous, et ce n'est que depuis qu'il a montré la route à une ardente cohorte que notre pays peut rivaliser avec la grande renaissance de l'art ornemental anglais. Chacune des douze compositions qu'il a consacrées aux Mois est à admirer et à étudier ; figures, accessoires et végétaux sont traités dans la manière personnelle et rythmiquement décorative du Maître, douze espèces de fleurs, lys, hélianthes, chrysanthèmes, relient comme en guirlande toutes les compositions. J'avoue une préférence pour avril et septembre. S. A.

L'Homme jeune, par Henri Vandeputte (Le Coq rouge, Bruxelles).

...« O petite âme de jeunesse et romantique, qui entends des baisers partout et t'extasie rien qu'à te découvrir. »...

...« — Ce que je suis ? Un homme — Non — Un enfant? — Beaucoup, mais hélas ! et joie 1 non plus totalement. J'ai les maturités pensives de l'un et les puérilités ineffables de l'autre. »...

Ces phrases que j'emprunte au début du livre de M. Vandeputte, me semblent le meilleur commentaire à l'Homme jeune, suite de courtes proses où une âme infiniment sensible et extasiée se raconte. Cette âme enregistrant toutes ses émotions et ses sensations jusqu'aux plus subtiles,, ne se replie point sur elle-même et ne se dessèche point en une égoïste

analyse ; elle se répand autour d'elle et vit de la vie universelle. Il y a dans ces pages une sorte de panthéisme lyrique.

M. Vandeputte est un poète, et nombre de ses pièces sont d'une prose rhythmée où tel passage significatif se répète en refrain. Certaines même, commencées en prose, se morcellent naturellement au cours de l'inspiration grandissante et s'achèvent en libres vers.

Mais j'avoue regretter certaines puérilités qui pour voulues qu'elles soient me choquent. Les émotions les plus vives s'expriment en des exclamations très quelconques qui hors de l'instant où elles furent proférées n'existent pas. Et le tort de l'auteur fut de croire que ces exclamations écrites garderaient leur valeur. A ponctuer une phrase de Oh! Oh! et de Ah ! Ah ! on ne peut qu'en diminuer l'intensité.

M. Vandeputte a aussi le goût du néologisme. Je comprends très bien quelle est sa pensée lorsqu'il forge de nouveaux vocables ; mais je crois qu'il ne faut user du néologisme qu'avec la plus grande discrétion et que notre langue est assez riche pour tout exprimer ; souvent un mot ne dit pas par lui-même tout ce que nous voudrions lui faire dire, mais il ne s'agit que de l'assaisonner pour en varier la saveur. Et vraiment les mots suivants pris au hasard dans l' Homme jeune : veloureux, multiflori, lilialité, embaigner, clairdeluné, vieildorer, intensiver, suprêmiser, affroidi, m'ont souvent déparé les pages où je les lisais. Ed. D.

Le livre des Reines, par Ernest Tissot.

Recueil d'articles très intéressants et fort adroitement documentés. L'heureux et jeune auteur de la Dame de VEnnui est décidément doué tout à souhait pour la littérature. Il est artiste jusqu'au bout des ongles.

Jacques Moreau, par Louis Roguelin (Société libre d'édition).

Sujet triste et peu intéressant. Style lourd et laborieux. Dur, bien dur à lire. T.

Livres reçus

Poésie : Ernest Jaubert: Fleurs de symbole (Lemerre) ; Georges Roden* bach : Les vies encloses (C. Charpentier); L'Année des poètes, morceaux choisis réunis par Charles Fuster; Emile Verhseren, recueil ornementé par Fernand Knopfîet Théo Van Rysselberghe, comprenant douze pièces, choisies chacune dans un cahier différent de l'œuvre du poète (Bruxelles, Deman); Tristan Klingsor : Filles- Fleurs (Mercvre de France).

Romans : Henri Delorne et M.Darsay: Le chevalier d'Esgrigny (Savine); Jean de Tinan : Erythrée, conte, orné par M. Delcourt (Mercvre de France) ; Jules Renard : Histoires naturelles (E. Flammarion) ; René Boylesve : Le Médecin des Dames de Néans (Ollendorff).

Divers : Rutebeuf: Le miracle de Théophile, texte du xm e siècle modernisé par Rémy de Gourmont, avec préface (tiré de I'Ymagier) ; Aimé-Li Pfinder : L'eau du soir (P. Lacomblez) ; Jean Jullien : Le théâtre vivant (Tresse et Stock) ; Maurice Griveau : Une nouvelle définition de l'art (Mercvre de France) ; Léon Riotor ; Des bases classiques allemandes (Librairie de la France scolaire).

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