‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 111 sur 140 · V. ÉCHOS · texte numérisé non relu

V. ÉCHOS

Mon cher Confrère, M. Vanor ayant parlé, dans V Ermitage, d'une épître « d'imploration » que je lui aurais adressée, j'ai le devoir de communiquer ce document à vos lecteurs • le voici donc : '

« Monsieur Vanor, «:Vous souvenez-vous qu'il y a une dizaine d'années, sortant tous deux d'une réception de la pauvre Léonide Leblanc, nous nous expliquâmes au sujet d'une petite note signée de moi, et parue dans une feuille de chou qui Rappelait le Paris- Moderne ? A la suite de cet entretien (je ne vous ai pas revu depuis), je ne fis nulle difficulté de reconnaître l'absurdité de cette note, écho des racontars menteurs d'une jolie femme qui s'était servie,, contre vous, de la crédulité d'un jeune homme de vingt ans, pour lequel toutes les souris rouges, échappées de ces lèvres roses, étaient des souris d'Évangile.

« Ayant confessé mon erreur avec d'autant plus d'empressement que vous ne m'en demandiez point raison (elle n'en eût pas valu la peine), — je croyais, depuis ce soir-là, que nous serions de bons et loyaux camarades, le jour où, tôt ou tard, la vie nous rapprocherait. Comme moi-même, vous vous , occupiez, avec passion,' de faire connaître l'œuvre de Richard Wagner; du fond de la retraite où j'ai cloîtré ma vie, je suivais vos efforts avec une sympathie que, jusqu'à ces dernières semaines ^ j'avais encore la naïveté de croire plus ou moins partagée. C'est vous dire combien vos attaques m'ont étonné : eh quoi ! vous vous souveniez encore ? Tant de fiel entre-t-il dans l'âme d'un poète ? Louis XII n'oubliait-il pas les injures du duc d'Orléans ? Et sommes-nous encore les enfants que nous étions il y a dix ans ? Pour moi, même à présent, je ne vous en veux pas : si les effroyables malheurs qui n'ont cessé de me frapper n'ont pas désarmé vos rancunes, ils ont placé, au-dessus de la vie quotidienne, ce cœur et cet esprit que vous ne connaissez guère, l'un qui n'a soif que de repos, l'autre qui n'aspire qu'au silence, au recueillement et au travail « Tapageur » ?... Ah I si vous saviez !

« Avant qu'il y ait entre nous aucune parole irréparable, je viens très simplement» très sincèrement vous dire : « Nous sommes deux forces wagnériennes ; tous deux, nous pouvons être utiles à une belle cause; JE NE VOUS DEMANDE ni de me louer, ni de me nommer, ENCORE MOINS DE VOUS RÉTRACTER ; mais, pourquoi nous neutraliser ?» J'ai eu jadis des torts envers vous, nous sommes quittes, car vous en avez assumé qui n'ont pas même l'excuse des miens : on avait abusé de la crédulité d'un sentiment de ma jeunesse, tandis que vous, VOUS SAVEZ BIEN que vos accusations ne sont pas justifiées.

Veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués, — Lows-Pilate de Brinn'Gaubast. »

M. Vanor a confessé dans Y Evénement, ces jours derniers, que cette lettre « l'avait acquis sincèrement à moi » ; on m'accordera qu'il eut tort d'y voir un ton d'« imploration », car j'y parle d'égal à égal; mais sans doute aurait-il raison de s'étonner

de mes procédés ultérieurs, si lui-même ne m'avait forcé de les employer en négligeant de me répondre et en redoublant ses attaques sans jamais publier mes rectifications irréprochablement courtoises.

Qu'on en ju^e (la série des faits est éloquente) : i° M . Vanor m'attaque dans YEvenement ; j'envoie non pas à lui, mais à son directeur,, un billet rectificatif, dont je réclamais l'insertion ; non seulement on ne l'insère pas, mais : 2P M. Vanor en prend texte pour m'attaquer une seconde fois en en dénaturant les termes. C'est alors que j'adresse, d'une part, à l'Evénement, par un huissier, un mot très court et très poli, réclamant simplement des preuves ; d'autre part, à M. Vanor, la lettre qu'on a lue ci -dessus. Or, non seulement M. Vanor ne me fit pas savoir que ma lettre l'avait « sincèrement acquis » ; non seulement son journal ne publia pas ma demande de preuves, bien qu'elle eût été faite par ministère d'huissier ; mais voici comment il lui plut d'interpréter cette même demande (n'oublions pas qu'il m'était « sincèrement acquis ») : « M. de B'.-G. nous fait sommer de déclarer que sa traduction est un chef-d'œuvre : puisqu'il est d'accord avec son huissier sur ce point, il faut bien que nous nous inclinions. » N'ayant pu obtenir ni de M. Vanor une réponse directe à ma lettre personnelle, ni de son journal l'insertion à quoi me donnaient droit les usages et la loi, que devais-je faire ? Ce que je fis : demander à l'une des revues auxquelles je collabore, à V Ermitage, l'hospitalité pour mes plaintes.

Je n'écrirai qu'un mot de la lettre de M. Barthélémy, adressée simultanément au Mercure et à Y Ermitage a mon insu : mon collaborateur peut dire que je l'ai vivement désapprouvé d'avoir compliqué, sans m'en avertir, un débat en lequel, de bonne foi, mais par erreur, il s'est cru plus ou moins visé.

Enfin M. Vanor s'est plaint de ce que j'eusse, à ce même débat, mêlé le nom de M. Ernst. M. Vanor oublie de dire qu'il m'y savait autorisé: « Je vous autorise à déclarer (m'écrivait M. Alfred Ernst à la date du 27 juillet) que je ne vous démentirai jamais — loin de là — si vous affirmez, ce qui est l'exacte vérité, que je n'ai nullement collaboré avec vous, que je n'ai eu aucun contre-sens à corriger, et que je me suis borné à relire avec soin, en vous faisant des remarques dont vous avez librement tenu compte ou non, un travail pour lequel je professe la plus haute estime (à l'appui, mon article de la Revue encyclopédique) ».

Et maintenant, comme M. Vanor a de l'esprit, et qu'il n'y a toujours entre nous « aucune parole irréparable », — s'il m'en croit, sourions tous deux et que ça finisse par où cela aurait commencé si j'avais habité Paris : par une poignée de mains sans rancune — et, surtout, sans arrière-pensée.

Veuillez rae croire, mon cher Directeur, votre tout dévoué,

Brinn'Gaubast.

Une lettre de M. Johannès Gravier

Paris, le 3o septembre i%gô.

Monsieur le Directeur de /'Ermitage, En rentrant à Paris, je trouve dans le dernier numéro de /'Ermitage la réponse de M. "Degachons. Oh oui III déclarons Vincident clos en ce qui me concerne II Seulement qu'il me soit permis de ne pas laisser passer pour inaperçus le TON et V ATTITUDE de notre jeune contradicteur lorsqu'il appelle « crapauds de follicule », MM. Hennique, Hervieu, Ancey, de Currel, Camille de Sainte-Croix, Duquesnel, Thalasso, Retté,Redonnel t

Polti, Ségard, Docquois, de Germiny, Ibels, MM™& Gyp et Rachilde et tant d'autres qui nous ont fait l'honneur de collaborer au numéro spécial de Simple Revue sur le théâtre historique.

Il y aurait un petit jeu cruel, celui des comparaisons, qui pourrait amuser la galerie. Je m'en abstiens et, c'est à présent moi qui demande à ne pas abuser plus longtemps de V hospitalité de /'Ermitage.

Receveç, mon cher Confrère, Vassurance de mes sentiments les plus

confraternels.

Johannès Gravier.

Je réclame Vinsertion de ma lettre en vertu du droit de réponse.

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