‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 116 sur 140 · WILLIAM MORRIS · texte numérisé non relu

WILLIAM MORRIS

Puis en 1891, William Morris entreprend la publication de « The Saga Library » qui doit contenir, traduites, la plupart des sagas d'Islande — et successivement paraissent « news from Nowhere » prophétique tableau de la société anglaise telle qu'elle pouvait être après la Révolution Sociale où tend la propagande de l'auteur ; « Poems by the Way » d'une perfection qui n'a pas faibli ; et des romans encore : « The Story of the Glittering Plain » ; « The Wood beyond the World » ; « Ghild Christopher » et d'autres qu'il laisse manuscrits.

Son œuvre certes ne serait complète si bornée au littéraire. William Morris dessina et fit fabriquer à MertonAbbey d'innombrables papiers- peints, des velours et des cretonnes pour tentures ; avec sir E. Burne-Jones il exécuta de merveilleuses tapisseries : les séries de la Nativité, du Saint Graal, les Saisons et la Primavera d'après Botticelli. Les églises anglaises s'ornèrent de plus de cinq cents vitraux que sir E. Burne-Jones dessina et dont William Morris combina les couleurs. Il fonda. les « Kelmscott press » d'où sortirent de si précieux volumes (1).

« Rêveur de rêves, né loin du temps qui lui convenait », comme il le dit lui-même, William Morris voyait les choses dans leur lumière vraie, avec une clarté absolue, et il eut le pouvoir d'éclairer aussi les autres. Dans la plus grande partie de son œuvre, la large vie de jadis l'attire irrésistiblement ; et la contemplation du présent l'attriste douloureusement. Mêlé pendant de nombreuses années aux affaires de la vie moderne, il a réalisé plus que personne le terrifiant contraste de la misère et du bonheur, sans que jamais ses écrits soient ceux d'un sans espoir pour ses frères ; une espérance raisonnée, incessante, irrésistible, décuple son désir magnifique de la vie. Ses derniers livres dépeignent les états d'une société dans laquelle le bonheur est possible pour chacun, même si ce bonheur est de mourir pour le bien général.

Sa foi fut inébranlable, sa droiture incontestable et le pire que

ses ennemis puissent dire de lui c'est qu'il est passé d'un beau rêve

dans un autre ; « du rêve regretteur d'un mythique passé, au rêve

prometteur d'un avenir possible ».

Henry D. Davray.

(i) Comme un homme d une telle envergure et d'aspects si divers ne se peut enfermer en de courts et incomplets compte-rendus, un numéro spécial de la Plume sera proch .inement publié qui veut présenter la multiple personne de William Morris, et M. Stuart Merrill est le protagoniste dévoué de cet hommage.

Vers

RHPSIHIie

à Andliré des Graciions

Les portes du paradis de vie

Ont ouvert large leurs vantaux d'or

A l'appel de lapée et du cor

De V Amant dont la route est gravie

Vers r Amante demandant aux roses Pourquoi, depuis qu'il partit un soir, Il n'est pas venu, le prince et l'hoir, Ceindre de bagues ses doigts moroses.

Mais le voici dans le crépuscule, Eclaboussé du seul sang des fleurs Et charmant du geste tous malheurs, Héros qui fait que V ombre recule.

Et la Princesse sur sa cuirasse Que bossela la dent du dragon, Pose son baiser comme un pardon Et le sceau de la future race.

Ils vont, lui flamboyant sous ses armes Où s'écrasent les dards du soleil, Elle ouvrant ses lèvres au vermeil Sourire, et ses yeux aux bonnes larmes.

vers 335

Et sur la marge de la fontaine Dont l'onde abreuve des fleurs de feu.

Ils ont, pour le baptême et le vœu, Ployé leur attitude hautaine.

Sans songer, à cette heure suprême, Que sur V Océan de l'avenir OU le lustral ruisseau court finir, Les attend la nocturne trirème.

C'est dans un domaine de l'automne, Dont les châteaux, aux bords des étangs, Rêvent aux musiques du vieux temps Sous leurs tours que le lierre lourd festonne.

Faible comme un regret, le soleil S'achève dans les vasques de marbre Où Veau verte croupit ; et chaque arbre Ouvre ses nids aux ailes du sommeil.

Le vent semble la voix d'un fantôme Revenu pour remourh' d'amour Au rendez-vous faux du carrefour Oit le petit temple arrondit son dôme.

Parfois on entend qu'un enfant rit Dans la maison lointaine du prêtre.

Dont la lampe au bord de la fenêtre Luit comme la flamme du Saint-Espriu

Puis rien ; seul un platane balance Sa cime dont les feuilles, la nuit, Se frôlant lentes, presque sans bruit, Font à peine frissonner le silence.

Le seigneur du domaine, c'est moi Qui traîne au fond des anciennes salles, Au pied des armures colossales, Sa honte de ne pouvoir être roi.

EU GRêPUSCyii€

Les cloches sonnent dans la pluie, La nuit tombe sur la mer, Vannée à petits jours s'enfuit Dans un bruit de vagues et de fer.

Les rideaux éteignent les fenêtres Vune après Vautre, au village ; C'est Vheure, près de Vâtre, du bien-être Et de la prière des enfants sages.

O ma sœur, qu'avons-nous fait, Nous deux que la Joie couronne, Pour mériter la grâce de Vête Et V indulgence de V automne ?

Nous avons effeuillé sur la mer Les fleurs de la guirlande des jours, Sans même penser à V hiver Qui fait peur aux fausses amours*

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