‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 115 sur 140 · WILLIAM MORRIS · texte numérisé non relu

WILLIAM MORRIS

Jusqu'alors William Morris s'en est tenu franchement et simple, ment au moyen-âge. Maintenant il va condescendre à son siècle, et sa naissance spirituelle à sa propre époque peut être datée de son suivant et substantiel ouvrage « The Story of Sigurd the Volsung aud the Fall of the Niblungs. » Ici, en un vaste cadre il enferme avec un art plus élevé et plus achevé un sujet beaucoup plus complet et général que la donnée de « Jason » ou même du « Earthly Paradise » et il avoue une pénétrante sollicitude pour les destinées de la race trop vive pour être celle d'un simple conteur. Il a déjà traité d'une façon impeccable et souvent parfaite l'amour et les aventures héroïques; une sympathique et intelligente compréhension des belles légendes se révèle en toutes ses œuvres, mais en cet ouvrage-ci, Sigurd est quelque chose de plus qu'un amant et qu'un guerrier; il est à la fois héroïque et tragique et il est entouré de personnages héroïques et tragiques. En sa personne mythique de hauts symboles se résument : il est le sauveur typique, tel qu'il est conçu par les races du nord ; et ce côté particulier du caractère de Sigurd est plus emphatique et évident dans l'œuvre de Morris que dans la « Volsunga Saga » qui est à la base de ce grand poème. Déjà la structure, la facture du récit, l'adoption d'un mètre et d'un système d'images purement islandais font de « Sigurd the Volsung » une œuvre magnifique : mais, où le génie du poète apparaît encore plus évident, c'est dans la conception vraiment personnelle des caractères et de leurs réciproques relations, et plus qu'ailleurs encore, dans la conception sauvagement et primitivement vraie de l'incestueuse Signy. La Signy réelle se tient en splendide et immortel contraste avec la Sieglinde avilie du grand poème de Wagner « Der Ring des Nibelungen ». Le crime de Sieglinde est égoïste et intéressé et celui de son frère Siegmund est conscient et réfléchi, tandis que le crime de la réelle Signy est absorbé dans la renonciation terrible et extraordinaire dont il n'est plus qu'une partie et le crime du réel Siegmund est inconscient et fatal.

Pendant qu'il se livrait à ces travaux littéraires, William Morris n'en continuait pas moins à diriger son entreprise d'arts appliqués. Forcé ainsi de connaître toutes les difficultés de la production des choses belles destinées à un usage commun et journalier, il fut amené bientôt à s'occuper de problèmes autrement importants. Commençant avec un art de propagande qui tendait â la réforme des arts décoratifs, il glissa graduellement à des questions sociales qui concernaient profondément tous les hommes. Il trouva la cause de la dégradation artistique dans les fondements vermoulus et mercantiles de notre système social et depuis lors tous ses efforts ont

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tendu vers une réforme sociale absolue. Ses viriles et vaillantes attaques contre le commercialisme lui firent publier depuis 1878 une innombrable quantité d'études, de brochures de propagande, de pamphlets, de chants socialistes, de poèmes de circonstance. Au début de i885 il fonde le « Commonweal », l'édite, le soutient de son argent, d'abord comme mensuel, puis comme hebdomadaire de mai 1886 à la fin de 1890. La plupart des articles écrits par William Morris pour son journal présentent un véritable intérêt littéraire : « The chants for Socialists », « The table turned », « Death song » et surtout le « Poème de vie moderne » intitulé « the Pilgrims of Hope », qui, quoique traitant un sujet de socialisme actuel, est écrit dans la grande manière de « Sigurd the Volsung ».

En 1887, au grand étonnement de tous, William Morris, qu'on croyait complètement absorbé par ses incessantes polémiques, son activité extraordinaire et toutes les occupations dont il avait la charge, fit paraître l'Odyssée d'Homère en vers anglais, version aussi littérale que l'Enéide et meilleure comme qualités métriques. Beaucoup d'autres proses et poèmes originaux sont publiés entre temps par William Morris, mais tous sont des propagandes ou des discusions socialistes et révolutionnaires. Si peu porté que l'on soit vers de telles littératures, on est forcé en parcourant ces oeuvres spéciales d'avouer la grande valeur de l'artiste et la sincérité absolue de l'homme.

En 1889, nouvelle surprise, témoignant de l'étonnante puissance de travail du poète qui publie: « A taie of the House of the Wolfings » l'histoire de la période primitive des peuplades gothiques. Ici encore la même grandeur de conception, la même splendeur de forme. De nombreux passages en vers sont réservés aux phrases du dialogue les plus exaltées et les plus émotionnelles et parfois atteignent aux plus beaux endroits de « Sigurd the Volsung».

A la lin de la même année paraît « The Roots of the Mountains » histoire d'une période plus récente des Goths. En réalisation de lieu, de personnages, de costumes, d'institutions, l'œuvre est inégalable; mais il s'y trouve moins d'exaltation poétique. L'époque des communautés et des villages ne prête plus aux mythes héroïques et aux légendes iabuleuses. En compensation, un motif d'amour largement humain, traité avec sympathie et vigueur, se détache en beauté des nombreux personnages, eux-mêmes plus près de la vie parce que moins légendaires. Et toujours en les intervalles de ces publications, des pamphlets, des conférences ? des études, des vers.

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