LÀ MAISON D'EXIL
Vois : il a cru que nous étions endormis Parce que nous n'avons pas répondu.
Et, entends-le, au loin s'en aller Avec sa faux cognant les arbres, Avec sa faux de fer battu Cognant au loin les arbres A travers les allées !
Il est loin, il est très loin, n'est-ce pas ?
Et nous sommes encor là, tous les deux ;
Nous sommes encor là toi et moi ;
Personne n'a pu délier nos doigts,
Et la vieille faux, la faux là-bas,
Oh ! entends-la,
Elle s'éloigne à travers bois,
Loin de nos cœurs et de nous deux...
Prions un peu...
SOIiEIL D'APRES-MIDI
J'aime le doux soleil d'après-midi ;
Il a l'éclat léger de tes cheveux,
Il a l'aurore de ta vie ;
Il est si léger qu'il rend heureux,
Il est si tranquille qu'il rend paisibles
Les plus rudes, ce doux soleil d'après-midi..,
Sa splendeur éveille
Des frissons de pourpre aux fruits
Des espaliers d'automne ;
Il ensoleille
Le bahut' vieux où la lavande est bonne ;
C'est lui
Qui met de l'or à ton visage ;
C'est sa splendeur qui me réchauffe
Et me rend clair le paysage ;
Et maintenant, à cause de toi et de tes ris
Dans l'aurore douce de la Maison,
Il semble notre frère d'autres saisons
Ce bon soleil léger d'après-midi...
35o l'ermitage
KIaKGIK
Un chant discret de petite voix humble,
Un chuchotis de paroles simples,
Un ferme éveil et une surprise
De tant d'aveux dans la nuit grise,
Voilà ce que Ton entendrait,
O chère, si Ton écoutait
A travers les fenêtres fermées
De la petite maison,
Le secret que nous faisons
De nous aimer ;
Le geste sur l'étoffe, à tes mains, des ciseaux
Dont la dent d'acier brille, tranche et coupe,
Et peut-être — qui sait ? — entrés là, des oiseaux
Qui gazouilleraient par folles troupes
Au bruit de ta voix vive de Printemps frais,
Voilà ce que l'on surprendrait,
O chère, si Ton cherchait
A deviner et à savoir
Par les volets fermés de la Demeure
Le secret que nous faisons de nous parler
Avec des chansons qui sont meilleures
Que toutes les paroles qu'il faut croire 1
Et, avec des mots qui ont jailli
Plus souvent que les serments qui meurent
Et sont aussi vite oubliés que dits...
De hautes fleurs vives se mourant dans l'air,
Des violettes pâmées au cristal d'une coupe ;
Des baumes de baisers et des parfums clairs
D'aubépines mourantes et de bouquets,
Voilà ce que respirerait,
Par la croisée laissée ouverte,
Derrière la trame de vigne verte
L'indiscrète ou l'indiscret
Passant par là et désireux
De savoir quels yeux bleus
M'ont charmé et captivé
Et retenu leur prisonnier...
Edmond Pilon