‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 118 sur 140 · LÀ MAISON D'EXIL · texte numérisé non relu

LÀ MAISON D'EXIL

Vois : il a cru que nous étions endormis Parce que nous n'avons pas répondu.

Et, entends-le, au loin s'en aller Avec sa faux cognant les arbres, Avec sa faux de fer battu Cognant au loin les arbres A travers les allées !

Il est loin, il est très loin, n'est-ce pas ?

Et nous sommes encor là, tous les deux ;

Nous sommes encor là toi et moi ;

Personne n'a pu délier nos doigts,

Et la vieille faux, la faux là-bas,

Oh ! entends-la,

Elle s'éloigne à travers bois,

Loin de nos cœurs et de nous deux...

Prions un peu...

SOIiEIL D'APRES-MIDI

J'aime le doux soleil d'après-midi ;

Il a l'éclat léger de tes cheveux,

Il a l'aurore de ta vie ;

Il est si léger qu'il rend heureux,

Il est si tranquille qu'il rend paisibles

Les plus rudes, ce doux soleil d'après-midi..,

Sa splendeur éveille

Des frissons de pourpre aux fruits

Des espaliers d'automne ;

Il ensoleille

Le bahut' vieux où la lavande est bonne ;

C'est lui

Qui met de l'or à ton visage ;

C'est sa splendeur qui me réchauffe

Et me rend clair le paysage ;

Et maintenant, à cause de toi et de tes ris

Dans l'aurore douce de la Maison,

Il semble notre frère d'autres saisons

Ce bon soleil léger d'après-midi...

35o l'ermitage

KIaKGIK

Un chant discret de petite voix humble,

Un chuchotis de paroles simples,

Un ferme éveil et une surprise

De tant d'aveux dans la nuit grise,

Voilà ce que Ton entendrait,

O chère, si Ton écoutait

A travers les fenêtres fermées

De la petite maison,

Le secret que nous faisons

De nous aimer ;

Le geste sur l'étoffe, à tes mains, des ciseaux

Dont la dent d'acier brille, tranche et coupe,

Et peut-être — qui sait ? — entrés là, des oiseaux

Qui gazouilleraient par folles troupes

Au bruit de ta voix vive de Printemps frais,

Voilà ce que l'on surprendrait,

O chère, si Ton cherchait

A deviner et à savoir

Par les volets fermés de la Demeure

Le secret que nous faisons de nous parler

Avec des chansons qui sont meilleures

Que toutes les paroles qu'il faut croire 1

Et, avec des mots qui ont jailli

Plus souvent que les serments qui meurent

Et sont aussi vite oubliés que dits...

De hautes fleurs vives se mourant dans l'air,

Des violettes pâmées au cristal d'une coupe ;

Des baumes de baisers et des parfums clairs

D'aubépines mourantes et de bouquets,

Voilà ce que respirerait,

Par la croisée laissée ouverte,

Derrière la trame de vigne verte

L'indiscrète ou l'indiscret

Passant par là et désireux

De savoir quels yeux bleus

M'ont charmé et captivé

Et retenu leur prisonnier...

Edmond Pilon

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