‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 126 sur 140 · AUTOMNALES · texte numérisé non relu

AUTOMNALES

Les chevelures pourpre et or des chrysanthèmes jonchent déjà d'orgueils défunts les jardins mornes. Des vols d'oiseaux criards s'essorent des viornes et les grands cygnes noirs, éperdument, battent des ailes.

Voici V automne. Aux lointains d'ombre de tes yeux j'ai vu flotter les plis de sa robe de deuil, ô maîtresse ! et sur ton front blême, tes cheveux retombent comme les lourdes moires d'un linceul.

C'est le silence en la chambre close et tes mains pâles mal nous gardent du vieil effroi que sur nos âmes neigent les tentures hivernales.

Voici novembre,

ô 'Bien- Aimée! et c'est silence dans la chambre

où la pénombre sépulcrale

nous berce d'une extase pâle.

Louis Raymond

Les Portraits

prophétiques

(suite et fin)

Après le mariage de Walter et d'Elinor, les deux portraits constituèrent le plus bel ornement de leur demeure. Ils étaient placés l'un à côté de l'autre, séparés par un étroit panneau, et avaient l'air de s'appeler du regard, tout en répondant aux yeux du spectateur. Des personnes capables d'apprécier s'arrêtaient en cours de route pour venir admirer lesportraits et les classaient au nombre des plus belles œuvres de la peinture moderne ; tandis que les observateurs vulgaires, les comparant avec les originaux, traits par traits, s'extasiaient sur la parfaite ressemblance. Mais c'était sur une troisième catégorie d'observateurs, — les gens de sensibilité naturelle, — -que les portraits faisaient le plus d'efiet. Au premier abord, elles regardaient distraitement, puis, l'intérêt devenait plus vif, et finalement elles revenaient pour étudier ces peintures comme les pages d'un livre mystique. Le portrait de Walter Ludiow les attirait d'abord. En son absence et en l'absence de sa femme, ils discutaient parfois sur l'expression que le peintre avait voulu leur donner ; tous étaient d'accord pour dire que le visage dénonçait une extrême émotion, mais il n'y avait pas deux personnes qui l'expliquaient de la même façon. La diversité des opinions était moindre pour le portrait d'Elinor. Certes, Ton expliquait différemment la nature et la profondeur de la mélancolie qui régnait dans son regard, mais tous étaient certains dans leur affirmation de cette mélancolie, tout à fait incompatible avec le caractère jeune de leur amie. Une personne douée d'une imagination très vive certifia, après avoir examiné de très près, que ces deux figures faisaient partie d'un dessin et que la douloureuse mélancolie d'Elinor se rapportait à l'émotion plus vive encore ou, comme elle disait, à la passion qui se faisait jour dans le portrait de Walter. Quoique fort inhabile, elle avait même commencé un croquis dans lequel l'attitude des deux personnes représentées correspondait à' leur mutuelle expression.

La rumeur courut bientôt après parmi les^amis des jeunes mariés que, peu à peu, le visage d'Elinor prenait une expression de sombre inquiétude qui menaçait de la rendre par trop fidèlement res-

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