A.- 1S/L B "5T IB JR, SC FILS
PARIS — 17 bis, rue Vlsconti — PARIS
RELIURES EN TOUT GENRE POUR BIBLIOTHEQUES ET AMATEURS
Cartonnages de Fantaisie. — Entoilage de plans et cartes.
LE COURRIER DE LA PRESSE
21, bo ulevard Montmartre. — A, Gallois, directeur.
REVUES
LE MERCVRE DE FRANGE, i5, rue de l'Echaude'-St-Germain.
LA REVUE BLANCHE, i,rue Laffîtte.
LE LIVRE D'ART, 14-12, rue Séguier.
L'YMAGIER, 9, rue de Varenne.
DOCUMENTS SUR LE NATURISME, 10, rue des Tenneroles,
Saint-Cloud.
LE MAGAZINE INTERNATIONAL, 91, avenue Niel.
L'EFFORT, 8, rue des Puits-Creuse's, Toulouse. LA COUPE, 1 1, rue de la République, à Montpellier. ARTE, Coïmbra, Portugal.
L'ART JEUNE, 1 3 1, rue de Brabant, Bruxelles. L'ART MODERNE, 3s, rue de l'Industrie, Bruxelles. LE RÉVEIL, 5, rue de la Roue, Bruxelles.
LA SOCIÉTÉ NOUVELLE, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles. LA LUTTE, i5, place Van Meyel, Bruxelles.
LE MAGASIN LITTÉRAIRE, place Saint-Bavon, Gand.
Francis Vielé-Griflîn
(Shevstlîeif d<^ la Lésion d'honneurçW
Pour qui n'y attache qu'une importance impondérable et ne considère qu'un vain hochet la pendeloque d'émail et d'or dont Je gouvernement d'un pays a. coutume d'orner la poitrine de celui qui s'est signalé à sa reconnaissance, il paraîtrait peut-être oiseux de relever, dans la liste des nouveaux chevaliers de la Légion d'honneur, le nom de M. Francis Vielé-Grifrin, si la récompense n'empruntait ici, du fait d'un talent hors pair, une remarquable valeur.
Par des poèmes qui resteront l'honneur des Lettres de France, M. Vielé-Griffin a conquis un droit excellent au mérite de la distinction que la France lui accorde aujourd'hui. Ceux qui l'ont approché ont pu apprécier le caractère supérieur, si digne d'admiration, qu'il apporte à édifier son œuvre déjà puissante et belle dans notre ciel. L'art littéraire est pour lui un sacerdoce, comme il fut paradoxalement pour d'autres une « bague au doigt » ; et le précieux choix de Poèmes et Poésies que naguère édita de lui le Mercure de France s'ouvre sur le blason de ces simples et saintes paroles : « Au fin parler de France un très humble et passionné servant. »
Aussi tous ceux qui se recueillent en la probité et la décence des Lettres se réjouiront-ils delà haute récompense que notre ami vient de recevoir. Parmi les distributions annuelles et hasardeuses de palmes et de croix, la rareté de tels justes bienfaits doit en augmenter le prix. M. Francis Viclé-Griffin, dignement nommé chevalier de la Légion d'honneur comme poète français, a forcé la consécration officielle par quoi s'affirme désormais la virtualité d'une littérature à laquelle on ne sut refuser ni la moquerie, ni le dédain.
C'est avec joie que nous le proclamons à la gloire des Lettres françaises.
Albert Saint-Paul.
(ij Nous donnons aujourd'hui cette notice qui nous parvint malheureusement trop tard pour pouvoir paraître en notre numéro d'août.
VII e Année* gp Livraison. 36.
Repos
à Edmond Pilon
Sur la petite place ensoleillée de V église Oà passe parfois, suivie de son ombre bleue, Une femme portant un panier de cerises, Je laisse reposer mon âme lasse des lieues.
Les colombes gémissent sur le toit de l'auberge Dont la salle sent bon la lavande et le linge frais; La servante blonde et rose a Vair d'une vierge Qui me tend, les bras nus, l'écumeuse tasse de lait.
Il fera bon dormir sûr un coin de la table Près du pot plein de fleurs dont s'effeuillent les pétales. Comme des pensées de mai, sur ma tête pitoyable Oà s'éteignent peu à peu toute fatigue et tout mal.
C'est comme en rêve le bruit des roues sur la roule, Et les heurts d'un marteau abattu sur V enclume, Et le tintement des clarines des bestiaux qui broutent Vherbe des prés lointains, près du fleuve sans brumes.
C'est ici que je voudrais aimer et mourir, Comme le chantent les paroles de la vieillotte chanson, Vivre, aimer et mourir sous Vindulgenl sourire De celle dont les pas sonnent doux dans la maison.
Hélas ! pourquoi devoir, pauvre âme indécise, Gagner laVille immonde qui souille Veau de ses berges) Il a tôt fait de passer, le temps des cerises, Et les colombes gémissent sur le toit de l'auberge.
Stuart Merrill.
Un Vieux Botaniste
€tude dç Style et de ffîosurs
A Maurice Barrés.
Extrait du testament de Jacques de VArtibonite, navigateur et chercheur de plantes français^ décédé à Bordeaux le 2 décembre 1808^ ayant voyagé da?is différentes îles et colonies,
« fidélité.
« Ces dispositions étant formulées, mon âme recommandée à l'indulgence du Créateur, qui dispense les joies, qui est le Souverain Maître autant que le Souverain Pardon, qui ne voulut point la mort du pécheur, lui demandant grâce humblement pour les écarts où m'entraînèrent la fougue et Pirréflexion d'un jeune sang épris de galanterie,
« Je lègue encore mon herbier à Monsieur Henry Mouchette, mon ami, sociétaire de l'Académie des Sciences de notre belle ville en lui recommandant de faire parvenir aux personnes que je vais lui nommer, ou à leurs survivants familiaux, et pour les raisons que je vais lui exprimer, ici, confidentiellement, deux plantes bas-nommées de ma collection de fleurs sèches.
i° A mademoiselle Dorothée Flora de Lisle-Andin, qui avait dix-huit années lorsque je la connus en 1756 dans la Plantation des Grandes- Vases, près les Cotonnières, Caroline du Sud, — appartenant à son père, colon, et faisant le commerce du tabac et des petits mammifères ;
le végétal compris dans mon herbier sous la rubrique et le numéro suivants :
1046, LABIEES.
Physostegia Virginiana
Vulg. : Cataleptique de Virginie
Amer. Bor.
N.-B. — « Fleurs qui, comme les personnes frappées de catalepsie, gardent la position qu'on leur donne. » Année 1808.
ï32 l'ermitage
« Je demande à Monsieur Mouchette, qui est mon ami, la plus grande discrétion, de telle façon qu'un tel agissement ne puisse nuire à ladite demoiselle, *sr elle l'est encore, ni à sa parenté. Je crois devoir, cependant, lui donner, en tant qu'il est mon mandataire, l'explication de mon désir, afin qu'il ne pense point agir contre la civilité en accomplissant ce vœu.
« Je m'embarquai au Havre, le 8 juin de l'année 1756, à destination de la Nouvelle-Orléans, dans le but d'étudier, dans ces parages, diverses plantes et un poisson de la famille des esturgeons, et dont la mauvaise foi de plusieurs Académiciens nie, encore aujourd'hui, l'existence.
« Je posai pied à bord du Tropique furieux, par un beau temps. Je jouissais alors de vingt-neuf ans et d'une bonne santé.
« Le capitaine avait nom Monsieur Georges. Il était brave homme, citoïen fidèle, natif de la Normandie, mais adonné aux vices de l'alcool et des femmes. J'ai observé que ces deux défauts sont habituels aux gens de mer, et j'attribue cela à l'excitation et au dessèchement provoqués par le sel de cuisine qui est contenu dans l'Océan, théorie qui m'appartient et fut réfutée par le mauvais vouloir d'un journaliste qui cache son nom sous le pseudonyme de « le Satyre du Beaujolais ».
« Je n'ai pas cru devoir répondre à ce monsieur.
« Toujours est-il que je fus victime du mal de mer durant la moitié du voyage. Je partageais la cabine d'un Procureur du Roy, personnage fort impoli et que je faillis conduire sur le terrain, à mon arrivée. Une fois que je fus guéri, je me mêlai aux autres passagers et débouchai avec eux plus d'une fiole d'excellente boisson anti-fiévreuse, limoneuse et gazeuse, d'une sapidité à peu près semblable à celle du vin originaire de la Champagne.
« Nous vîmes, en arrivant près du port, plusieurs oiseaux dont j'ignore le nom. Ils sont noirs et blancs.
« Il n'y eut d'autre incident, pendant la traversée, que la mort d'une vieille femme que l'on jeta presque immédiatement à l'eau. J'ai déjà protesté, dans divers écrits, contre cette coutume barbare des inondations précipitées, et je désire que les directeurs des pompes funéraires essayent, avant de m'enseveiir, d'un fer rouge sous la plante des pieds de ma dépouille mortelle.
« Je retrouve, dans des notes, certaines proportions de notre vaisseau le Tropique furieux et qui pourront intéresser tous ceux qui s'occupent dans l'art de la navigation.