PARMI LES COUPES I
Chantent la liberté, le retour et Vivresse!
L'un songe à la patrie; un autre à sa maîtresse, Et V astre qui devine ; indiscret, dans Véther Sourit, et des flots purs rougissent le krater. Sous les flambeaux, pieux et gais, selon les rites. Ils boivent en Phonneur des divines Kharites, Mêlant, près des lauriers aux branchages fleuris Les coupes et les chants, les myrtes et les ris Que baignent les senteurs marines de la grève.
La brise embaume... Âlce'e au plectre d'or se lève! La lyre, éblouissante en ses mains, gronde. Éclairs D'un chantre génial qui forge les sons clairs, Descendant aussi vite au milieu d'une fête Que V encens bleu du temple en dépasse le faite : Les pensers éloquents jaillissent des accords! Alcée est grand; et fleuve épandu sur ses bords, Mariant un beau rhythme aux simples attitudes. Il se souvient : — Hasards, naufrages, servitudes, Exils et bruits de mer, souffrances et retours, Chocs, blessures, combats, clameurs du haut des tours Qui dominent la plaine et la fauve poussière; Dans une éclosion vernale de lumière Guerriers au front d'airain qui s'élancent, pareils Sur le mont infertile où marchent les soleils, Aux centaures géants qui domptaient les abîmes, Forts et fiers, et narguant les tempêtes sublimes :
Tout revit sur sa bouche où. la Muse a passé !
Les convives, essaim trop longtemps dispersé, Comme un chœur, sur VHaîmos encerclé par la nue, Qui boit les nouveaux sons d'une lyre connue, Se rapprochent, Voreille avide du nectar, Et semblent butiner les fleurs filles de l'Art, Grappe sombre, pendue aux roses de sa lèvre 1
Auprès, Sapphô tressaille et partage leur fièvre :
Familière, au doux rire, au parler radieux,
Et moins svelta est Kypris à la table des dieux,
Sa tresse d'ambre errant sur sa tempe nacrée. Salut, Sapphô ! — Salut, ô sereine inspirée ! Ta beauté resplendit comme Varbre au matin, Pacifique; et ton hôte en un passé lointain Relit Vaveu du cœur que la bouche recule Et se tait, conseillé par for du crépuscule.. . Tes grands yeux, fleurs d'azur que jalouse le ciel, Exhalent un parfum tout immatériel !
Rayonne, ô créatrice, altière charmeresse, Lys penchant sur ta tige élancée, ô prêtresse Du Beau, qui possédas l'ineffable secret De parler à la nymphe, au lac, à la forêt, Et, devinant le monde en ses métamorphoses, D'aller par les blés verts pour t' enivrer des choses! Sapphô, dans le silence, amoureux de sa voix, Chante, avec la phorminx harmonieuse aux doigts ;
Dans V oubli, loin des feux de la guerre sonore, Loin du carnage noir qu'empourpre le soleil, OU le brave ignoré dans l'éternel sommeil Roule, butin d'Hadès, sans mère et sans aurore;
Loin des clartés vibrant sur le temple vermeil, Quand le ciel des matins mélodieux redore L'enceinte consacrée où le blanc néocore Expulse les oiseaux rhapsodes du réveil :
Arôme vespéral dans le pré solitaire,
Divin fleuve de lait qui chemines sans bruit
Sur l'ombre, oh ! parfume^ et mon âme et la terre ;
Car Toi seule tu sais, pâlissant mon ennui, M'emporter palpitante au fond du bleu mystère Et c'est pourquoi je t'aime, Ô sœur, ô blonde Nuit !
Frais comme une lumière émergeant aussi prompte. Le chant éolien vers le calme asfur monte :
Tandis que^ frisson clair, suave comme un chant, Plus haut que les rubis effacés du couchant,