‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 62 sur 140 · M. CHARLES TENIR · texte numérisé non relu

M. CHARLES TENIR

Ce livre, Les Amours Errantes, palpite d'une très évidente luxure. Mais on peut dire, en paraphrasant une parole de Stéphane Mallarmé : —Votre luxure importe peu, ô poète, seule nous intéresse la musique que vous avez faite avec votre luxure. — Or la musique de M. Charles Ténib est trop de pacotille; les images banales abondent dans Les Amours Errantes; on y trouve aussi de vieillottes parnasseries, d'une plastique inférieure, et d'indécentes allusions qui rappellent Odes en son Honneur :

la bouche discrète sait des hauts secrets le menu détail.

Et cependant il faut admirer des vers tels que ceux-ci :

C'est un rêve de fraîcheur, et les tiges à l'écoute se penchent vers la douceur du fin clapotis des gouttes.

M. S. PIERRE MASSONI

Je bénis les poètes qui joignent à l'envoi de leurs œuvres un discret inseratur! Ils allègent ainsi la tâche, souvent amère, du chroniqueur. M. Massoni parle en ces termes de son livre les Joies prochaines :

« Cest la lutte atroce de VA me et de la Chair ; et le' drame se déroule en des Poèmes clairs et exacts, tantôt discrets et pénétrés d'une douce mélan-

colie, tantôt amèrement ironiques, puis rigoureusement énergiques oà la Chair sanglote pour le triomphe définitif de l'Ame.»

Cette lutte de l'Ame et de la Chair n'offre rien de neuf ; c'est la très vieille histoire où s'essouffle un conteur un peu terne. Des strophes, çà et là, sont exubérantes de vie et de vers sonores :

Toi qui surgis des eaux pour le repos d'un dieu, s'en ètait-il allé sans regretter tes rives celui qui, sur tes monts, la face vers les deux, avait dormi tout près des étoiles pensives ?

Tes doux et blancs vieillards nourris aux ruches d'or-

M. LÉON RIOTOR

Hélas ! Je crains bien que M. Riotor n'ait perdu son temps quand il versifia Le Sage Empereur. Ce livre, écrit Fauteur, énonce que l'orgueil est la vertu primordiale de l'homme, mais qu'il n'est vraiment digne de s'en revêtir qu'après avoir su cultiver V humanité.

11 faut estimer la solide composition du livre de M. Riotor ; mais on ne trouvera dans ses vers ni plastique ni mélodie — parfois cependant une certaine musique barbare et des rhythmes qui semblent calqués sur des pas de reîtres ; il est rare qu'une image neuve surgisse ; pas de relief où l'esprit se puisse accrocher : on traverse une immense plaine monotone. Quelques passages prêteraient à des interprétations malséantes; ici, il s'agit d'hétaïres :

On les voit se plier, tomber, se tordre, et chacun dans cet excitant désordre, comme en quelque savoureux fruit semble pouvoir sucer et mordre et replanter V arbre détruit.

L'idée autour de laquelle M. Riotor a construit son livre était heureuse ; il est regrettable qu'il l'ait développée en philosophe et non en poète ; car quel poète doit être M. Riotor aux heures où il en a la volonté, lui qui trouva cette image merveilleuse : on voit glisser sur la rivière

des bacs, des barges, des drainons, tels des navettes sur la soie.

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