‹ L'Ermitage - 1896 - volume 13Chapitre 64 sur 140 · H. UN COURS D'ESTHÉTIQUE EN SOEBONNE · texte numérisé non relu

H. UN COURS D'ESTHÉTIQUE EN SOEBONNE

M, Maurice Griveau vient de terminer en Sorbonne son cours libre sur l'Histoire esthétique de la Nature, Le programme vraiment nouveau, corn, portait les leçons suivantes : les Ciels , Y Arc-en-ciel et le coloris, les terrains, les eaux, Y Océan, Y Orage dans la Nature et dans l'Art, la Botanique résumée dans la Vie à! une rose, puis les physionomies animales, le visage humain, enfin la synthèse de tous ces éléments en un paysage. Ne pouvant donner ici le résumé d'un cycle aussi vaste, nous choisirons parmi les sujets traités, quatre des plus originaux : Y Arc-en-ciel, YOrage, la Rose, la figure humaine.

La première de ces leçons était ainsi divisée : Y Arc-en-ciel dans la Nature, spectacle et phénomène; — TArc-en-ciel au laboratoire ; révélateur des Astres et gamme harmonique des tons ; — l' Arc-en-ciel dispersé, répartition de ses teintes sur les objets naturels. En ce cadre le professeur a fait tenir la théorie du prisme, du spectre solaire, et les résultats vraiment merveilleux, esthétiques, de l'analyse spectrale : elle devine, dit l'auteur, les atmosphères et les textures steîlaires lointaines, inatteignables, démasque l'hydrogène des nébuleuses et le carbone des comètes, va jusqu'à saisir le mouvement réel des étoiles, à des milliards de lieues, sur la déviation éprouvée par leurs raies. Mais l'attrait principal de la conférence fut dans la localisation des teintes, hors de la gamme irisée, sur les ciels levants et couchants, les terrains, les eaux, les feuillages, les fleurs, le sang des nnimaux.

La conférence sur l'Orage n'offrit pas un moindre intérêt. L'orage qui brise le ciel de sa foudre, qui ravine les terres, enfle les eaux, est, de soi, un phénomène perturbateur. Et pourtant, l'effroi mis de côté, l'on admire, on parle de beau, de sublime. Ces éclairs qui font tressaillir, sont superbes,

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ces roulements de tonnerre impressionnent, et suggèrent l'âme à la fois. M. Griveau fait un parallèle ingénieux des manifestations de l'énergie cosmique, au dehors, — et de l'énergie psychique, au dedans. Il montre le langage appuyant, d'instinct, ce parallèle, lorsqu'il dit : « l'éclair de la pensée, » un geste « foudroyant », une âme « électrisée »... La seconde partie, sur l'interprétation de l'orage par les divers arts, et notamment la musique, a beaucoup plu, surtout par l'analyse du plus bel orage d'orchestre, celui de la « Symphonie pastorale ». Il en ressort que Beethoven n'a point fait là d'imitation, mais une interprétation psychique de la Nature. Pour le musicien de génie, comme pour le peintre, un paysage est « un état d'âme »,

La Vie d'une rose tranche sur le sujet précédent, encore que la méthode soit la même. Plus que mile autre fleur bêle, écrit Chrestien de Troyes. La reine des fleurs fut suivie dans ses évolutions naturelles et ses transformations artistiques : églantine simple à cinq pétales, puis rose à cent feuilles, thème initial d'où surgirent les mille variations connues. — Puis la rose sculptée dans la pierre; ou rosace, la rose ajourée, de pierre et de verre, des cathédrales ; enfin la rose symbolique, celle des poètes, des musiciens. Cette monographie totale de la rose fut illustrée par des figures, des échantillons naturels.

Enfin, pour couronnement, une analyse du visage humain, l'histoire parallèle des beautés et des utilités de chaque trait. Il fut expliqué, pour la première fois, peut-être, comment la pureté d'un ovale féminin, la finesse de lignes du nez, le dessin délicat et subtil des lèvres, l'hélice d'une oreille élégante, et surtout la poésie profonde et pénétrante des yeux, — se rattachent à des prévoyances vitales, à des adaptations harmoniquement" combinées.

Par ces exemples on peut juger de l'esprit du Cours d'Esthétique, et de sa portée. L'idée-mère, partout sensible, est que le beau, dans la Nature, dérive, exactement, d'une harmonie. Conçue pour le profit de l'être ou de l'objet, expressément, elle s'impose à nos facultés spectatrices, à nos instincts d'amour. Le beau n'est donc pas, il devient : Genèse d'abord extérieure, qui le conforme anatomiquement pour la vie ; genèse ensuite interne, qui le conforme psychiquement pour l'intelligence.

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