III. NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES
Un type gallo-romain : Paulin de Pella, essai de psychologie historique,
par Jacques Rocafort (Picard, 1896).
Paulin de Pella ne joue dans l'histoire du v* siècle qu'un rôle bien effacé. On sait qu'il était d'une riche famille sénatoriale, qu'il fut ruiné par l'invasion des Goths en Aquitaine, se convertit et mourut vieux à Marseille,
vivotant avec le prix d'une de ses terres que lut envoya un des barbares qui s'en était emparé et voulait se mettre en paix avec sa conscience de Goth. Ce fut donc un represantative man de son temps, ce qui ne veut pas dire un surhomme comme pourrait le croire l'annonciateur d'Emerson; Paulin n'eut rien d'héroïque, sa conversion elle-même est assez terne et le poème qu'elle lui inspira, son Action de grâces, est sans éclat. Mais cette vie, dans ses traverses et ses malheurs, est d'une indication précieuse et c'est ce que fait ressortir de façon remarquable M. Rocafort. Il'nous faudrait beaucoup de monographies semblables ; de telles psychologies historiques font mieux connaître une période que bien des savantes dissertations ; quand on a lu l'élégante plaquette de M. Rocafort, on sait ce qu'était la vie d'un noble gallo-romain avant l'arrivée des barbares, ce que fut cette arrivée pour cette élite lettrée et polie mais molle et timide, l'ébranlement qui dut en résulter dans beaucoup d'âmes, le besoin croissant des consolations religieuses, bref une foule de points intimes sur lesquels Salvien et Orose ne nous enseignent guère. Le v e siècle est un des tournants de l'histoire les plus angoissants, il faut avoir une profonde gratitude pour ceux qui comme M. Rocafort y jettent quelque lumière nouvelle. On ne peut guère finir une critique qu'en critiquant : Pourquoi l'auteur n'a-t-il pas donné in extenso le texte de V Action de grâcest La monographie aurait été tout à fait complète et les latinistes (je ne le suis pas trop, hélas I) auraient été enchantés. S. A.
Théâtre du Peuple : Le Diable marchand de goutte, par Maurice Pottecher
(Ollendorff, 1896).
Voici une tentative qu'il faut faire connaître. Les « théâtres du peuple » que nous avons pu voir jusqu'ici n'étaient que de simples bastringues dignes des sottises anarchistes ou socialistes qu'on y débitait. Tout autre est Pceuvre de M. Pottecher. Ce théâtre n'est pas à Paris, dans quelque faubourg équivoque et fétide, mais à Bussang, en pleines Vosges ; il ne consiste qu'en une avant-scène couverte, trois mètres seulement pour renvoyer les répliques importantes ; au-delà les acteurs jouent à l'air libre avec l'horizon des montagnes pour décor ; quelques sapins fraîchement coupés et plantés, un angle de ferme à charpente démontable, modifient suffisamment le décor d'acte en acte ; d'ailleurs une toile de fond peut, s'il le faut, clore la vue et représenter un intérieur. Le public s'entasse dans une prairie sur des bancs, des estrades et des charrettes. Vraiment, comme dit le vieux Ruy Gomez :
Accourez ! Cela vaut la lumière et le bruit 1
Un théâtre vraiment populaire devrait être religieux, comme à Oberammergau. Mais en France la religion n'est plus à la mode, et les Vosgiens ne s'intéresseraient peut-être pas assez à des Mystères ou des Légendes. Du moins M. Pottecher a bien compris qu'un pareil théâtre devait être éthique et comportait le merveilleux. Sa pièce est 1-épopée lugubre de l'alcoolisme, et celui qui vend la goutte aux hommes c'est le vieux Satan en personne ; le drame se passe en pleins champs entre
CHRONIQUES iy3
laboureurs, les caractères sont simples et vrais, la langue saine, le pathétique d'une réalité sobre et pourtant intense ; il y a dans ces trois actes plus de puissance dramatique que dans les neuf dixièmes des spectacles que nous pûmes voir cet hiver sur les boulevards.
Ainsi peu à peu se constitue le véritable théâtre de ce dernier quart de siècle. Quand le recul sera suffisant, on s'apercevra peut-être que ce n'est ni la Comédie-Française ou l'Odéon, ni le Théâtre-Libre ou l'Œuvre qui auront révélé ce théâtre-là. Les œuvres qui le composeront auront obscurément paru çà et là ; quelques-unes auront été jouées au loin, à Bussang comme le drame de M. Pottecher, ou à Arles comme celui de Mistral, d'autres auront eu deux ou trois représentations à Paris comme Babylone du Sar Péladan, d'autres n'auront jamais été jouées. Et pourtant ce sont ces œuvres-là qui resteront quand tout le reste aura disparu, un peu comme le théâtre longtemps injoué d'Alfred de Musset subsiste seul de son époque... S. A.
Ernest Renan, Henriette Renan : Lettres intimes (CaJmann Lévy, 1896).
Il est des livres qui nous intéressent autant qu'on s'y attendait ou davantage même, mais point de la façon qu'on attendait ; la correspondance intime de Renan et de sa sœur en est un. Si l'on y cherche des notes sur la crise de conscience de Renan, des jours de souffrance sur ce « nephtali » comme il appela cette période de sa vie, on court risque d'être déçu ; nulle part on ne trouve trace d'un déchirement intérieur, d'une lutte entre deux fois. C'est qu'il semble bien que Renan n'a jamais été croyant ; sa jeunesse a sans doute baigné dans une atmosphère catholique, mais du jour où son âme a vraiment commencé à vivre, elle s'en est dégagée. Dès le mois de mars 1842, lorsqu'il vient à peine d'entrer à Issy, il constate que « les jugements philosophiques qui paraissent les plus certains doivent être mis au rang de problèmes ». Ce n'est pas là le langage d'un séminariste. Il se réjouit « de n'avoir fait encore aucune démarche décisive et irrévocable », et il avoue que « ses convictions ont été ébranlées par les premières études de la philosophie qui donnent toujours un peu de fièvre. » Voilà qui est clair à mon avis. Bien avant d'entrer à Saint-Sulpice, Renan n'était plus chrétien. Ses lettres de Saint- Sulpice confirment ceci : aucune fièvre mystique, le mot Dieu ou Providence déjà employé dans le sens de Nature, pas de prière, pas d'oraison jaculatoire à la Vierge (cette absence totale de la Vierge Marie suffirait à prouver qu'il n'est ni prêtre ni même catholique) ; les délais qu'il s'impose pour la tonsure et le sous-diaconat ont pour motif moins la question foi que la question irrévocabilité de l'avenir. Le souci de ne pas se lier pour la vie, voilà ce qui apparaît surtout dans cette correspondance intime. J'ajoute le souci de ne pas blesser le cœur d'une mère tendrement aimée ; c'est là qu'a été le point douloureux de son changement d'état, ce n'a pas été une crise de conscience, ce fut une préoccupation d'amour filial.
C'est sur ce point précis que sa sœur Henriette lui fut d'un grand
secours. Il ne semble pas, comme on aurait pu ie supposer, qu'elle ait eu la moindre influence sur l'évolution de son esprit, achevée d'ailleurs de si bonne heure, mais elle l'entoura d'une chaude affection de femme, au moment où il était obligé de se tenir sur une absolue réserve avec sa mère. Fut-elle pour quelque chose dans son changement de situation sociale ? ïl semble bien que oui ; le souci d'une carrière s'exprime d'une façon plus virile chez la sœur que chez le frère ; les doutes, les hypothèses qu'Ernest formule timidement dans ses lettres sont repris avec une autre vigueur dans celles d'Henriette ; en septembre 1845 elle se montre étonnante de décision et de lucidité, et l'on pourrait croire que c'est à elle seule que Renan doit d'avoir franchi cette passe difficile. Pourtant quand on voit l'habileté et la décision avec laquelle lui aussi, sous ses apparences contraires, manœuvre quand il est livré à lui-même, on se demande s'il ne mettait pas une certaine coquetterie dans ses hésitations et ses consultations, et si depuis longtemps son parti n'était pas pris. Du moment qu'aucune question de foi ne le gênait, Renan voyait avec son intelligence habituelle, qu'il arriverait plus vite au studium cum dignitate dans le monde laïque même universitaire que dans le monde clérical, livré alors comme aujourd'hui à la brigue, à l'intrigue, à la petitesse et à la tracasserie épiscopale.
En somme, cette correspondance est d'un très grand intérêt et pourtant sa publication n'était pas indispensable. On savait déjà que R^nan fut un jeune homme sérieux et laborieux, bon fils et bon frère, capable de « solliciter doucement les textes», mais non de les nier ou de les travestir, d'ailleurs d'un amour sincère et désintéressé pour la science. Mais on aurait pu croire aussi qu'il fut, comme Pascal ou seulement JoufFroy, victime de luttes intimes, douloureuses et pitoyables. Sa correspondance confirme le premier point et détruit le second. Sa sœur Henriette, elle, en sort plutôt grandie j c'était une âme vraiment dévouée, d'une force étonnante et d'une tendresse plus étonnante encore ; Renan dans son opuscule sur elle emploie volontiers le mot amour pour désigner leur affection ; si l'on ôte à ce mot toute allusion charnelle, il est juste; l'amour d'Henriette pour son frère est aussi violent que celui de Chateaubriand pour sa sœur, étrange ressemblance de deux familles issues de la même race et du même sol,
O terre de granit recouverte de chênes !
Les Odes d'Horace, traduites en vers parÈ. Bourette (Quantin).
îl est suranné de tourner en ridicule les traducteurs d'Horace. C'est une tâche qui a droit au respect, ou c'est un plaisir des plus nobles que de décanter en strophes modernes le vin de la sagesse antique. Pour M. Edouard Bourette, ce fut certainement un plaisir. Sa traduction n'est pas lourde comme celle d'Anquetil, ni follement infidèle comme celle de M. Ernest Figurey, qui rendit ces Odes funambulesques en y mettant le ton moderne (M. Figurey, s'adressant à Glycère et à Mécène, parle
« Bullier, sport, raoût, Madagascar, grisette, hourra, etc.»), M. Bourette a pénétré le sens du latin et su rester élégant. Il donne certainement une idée juste du poète de Tibur. Quelquefois cependant il aurait pu s'attacher plus scrupuleusement à l'exactitude tout en restant poète, comme on Ta tenté, par exemple, ci-dessous :
Contre l'Ail (3<* Epode)
Si jamais quelque monstre a de sa main impie
Tordu le cou de son vieux père, qu'il expie
Son crime avec de l'ail, suc plus empoisonneur
Que la ciguë ï — Oh ! l'estomac des moissonneurs ! —
Quel est dans mes entrailles ce venin acerbe ?
A-t-on mêlé du sang de vipère à ces herbes
Que je mangeai trop vite et pour tromper ma faim ?
Ou Canadie a-t-elle ici voulu ma fin ?
Quand Médée au milieu de tous les Argonautes
Eut distingué leur chef, le plus beau de ses hôtes,
Pour qu'il mît les taureaux au joug nouveau pour eux,
C'est d'ail qu'elle frotta le héros valeureux ;
C'est d'ail qu'elle enduisit, — avant de fuir sur l'aile
D'un dragon — ses présents à l'épouse nouvelle.
Jamais des feux du ciel ne vint telle vapeur
Sur l'Apulie aride, et d'Hercule sans peur
Le funeste manteau brûla moins les épaules.
Tu me railles, Mécène, et tu me trouves drôle.
Si jamais tu prends goût à pareil aliment,
Je veux que ta maîtresse oppose prestement
Sa main à ton baiser et, repoussant ta bouche,
Se recule d'horreur tout au bord de ta couche.
Marc Legrand.
Erreur d'amour, par Pierre Mael {Ollendorff).
Le brave petit roman mondain, pas trop bête, pas trop intelligent, que l'on emporte en voyage pour se procurer quelques heures d'un réconfortant sommeil. Recommandé à cet effet. Soporifique supérieur. Y. R.
Tante Rabat-Joie, par Roger Dombre (Armand Colin). Un papotage sans conséquence. Y. R.
Années de Printemps, par André Theuriet (Ollendorff)
Biographie de Theuriet par Theuriet. Je n'ai pas besoin de dire l'intérêt de ce document. Y. R.
Le chevalier d'Esgrigny, par MM. H. Delorme et H. Darsay (Savine). Un roman d'aventures* qui n'engage pas à celle de le relire. Y. R.
La force du Mal, par Paul Adam (Armand Colin).
M. Paul Adam, un des trois ou quatre cerveaux les plus intéressants de sa génération, montre un efiort de vie allié à une curiosité accueillante
et à une compréhension aiguë qui le posent de la véritable lignée de Balzac, en passant par-dessus Zola dont l'œil est tout et le cerveau rien. M. Paul Adam est actuellement le seul écrivain capable défaire mouvoir dans toute leur sinistre beauté les fouies grouillantes, en donnant, à la fois, la sensation d'élément de leur poussée physique et l'angoissant sentiment de leur âme mystérieuse.
La Force du Mal est aussi la mise en action d'une foule, celle d'une terrible foule impalpable, celle du Mal qui nous cerne de tous côtés, par la malignité des larves et des puissances occultes ou par l'imperceptible microbe de la maladie et la fatalité de l'atavisme, plus encore que par la naturelle noirceur humaine.
M. Paul Adam produit trop vite et dans cette production surchauffée a parfois négligé l'écriture de ce roman qui laisse cependant l'impression d'une œuvre puissante. Yvanhoé Rambosson.
Un ami du peuple, par Amédée Pigeon (Colin).
La maison Colin vient de faire paraître dans sa collection de romans historiques un ouvrage de M. Amédée Pigeon, intitulé Un ami du peuple. Compilation consciencieuse sous la forme d'un vague roman, de souvenirs et de documents, peu ou prou connus, relatifs à l'histoire et à l'état des esprits en Bretagne durant la courte République de 48. Je voudrais louer sans réserves M. Amédée Pigeon de son honnête et long travail ; mais je dois à l'impartialité de lui dire qu'il a parfois dormi et fait dormir son lecteur sur de longs et fastidieux documents. L. F.
Théâtre de salon, par Jeanne France. — Rêves d'une heure, par Jeanne France et Achille Magnier (Société libre d'édition des Gens de lettres).
Mme France a déjà publié, seule ou en collaboration avec M. Magnier, deux volumes de poésies, douze de contes et nouvelles, et vingt romans. Plusieurs de ces ouvrages obtinrent, en outre d'un nombre considérable d'éditions, des médailles d'honneur de la Société d'encouragement au Bien.
Toutes ces éditions, ces médailles et enfin cette quantité considérable de productions ne laissent point que d'imposer au critique. Aussi je laisse la parole à l'imprimé qu'on nous prie d'insérer : « L'un de ces volumes signé de Jeanne France et d'Achille Magnier, le poète penseur, a pour titre : Rêve d'une heure, du nom de la première pièce du livre, un petit bijou de délicatesse tendre et de passion pure. Le second, signé de Jeanne France seule, contient, sous la simple désignation Théâtre de Salon, cinq ravissantes pièces en prose, dont plusieurs ont été jouées avec succès dans de vrais théâtres.»
On voudrait être sévère» mais après ce modeste avis, on doute de soi.
Ed.D.
Portraits intimes, par Adolphe Brisson, deuxième série (A. Colin). Ces portraits me font l'effet de ces nh otographies de fêtes foraines, où
CHRONIQUES jjy
derrière un brouillard on aperçoit une vague image en laquelle on aurait peine à se reconnaître si l'exactitude de la canne, de la cravate ou du chapeau n'était là pour vous rassurer. Dans ce volume on voit, comme aux étalages de la rue de Rivoli, se coudoyer de notoires — et peu notoires — contemporains. M. de Bornier, la présidente des Halles, le père Ollivier et Yvette Guilbert s'alignent derrière la vitrine. M. Brisson s'est promené avec son objectif et il a condensé en trois cent cinquante pages la quintessence de la plate interwiew en usage.
Promenades subversives, par Adolphe Retté {Bibliothèque artistique et littéraire).
Cette plaquette est une nouvelle édition des Réflexions sur VAnarchie^ suivie d'une série de propositions touchant la doctrine libertaire et de quelques documents pris sur le vif de Vétat social actuel.
La haine de l'état social présent où tous les esprits sont ramenés à l'étalon de la médiocrité est un sentiment naturel à un artiste qui comme l'auteur a une haute et légitime opinion de sa mission de poète. L'anarchie de M. Retté est un individualisme exaspéré.
Nous allons à pas rapides vers ce socialisme monstrueux qui supprimera l'homme au profit de la collectivité ; c'est alors que l'individu se révoltant contre ce nouvel esclavage cherchera à s'épanouir librement. Mais cette libre expansion nous ramènera à la suprématie de certains et à l'aristocratie nobiliaire ou pécuniaire succédera la seule aristocratie : celle des Aristes. Ceci est ma ferme conviction et je ne saurais comprendre la société anarchiste telle que la rêve M. Retté.
L'individu, nous dit-il, n'obéissant plus qu'à lui-même, aura pour seul droit celui de satisfaire librement ses besoins et de développer librement ses fonctions, pour seul devoir celui de ne pas faire à autrui ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fit à lui-même. Ce droit et ce devoir ne se contredisent-ils pas radicalement ? La libre expansion de l'individu commande le conflit et par suite l'oppression ou la destruction du plus faible. Le devoir de charité ne sera plus que la pitié du vainqueur s'il n'est déjà un obstacle à son triomphe. Ed. D.
Le chant de la cloche de Schiller, translation par M. Emile Strauss
'Edition de la Critique).
M. Emile Strauss, en cherchant à translater exactement le merveilleux Chant de la Cloche a entrepris une tâche ardue mais stérile. Quelle que soit l'habileté du traducteur, il est impossible de fixer le rhythme et l'agencement verbal d'un poème. Ed. D.
La Chevalière de la Mort, par Léon Bîoy (Société du Mercvre de France).
La Chevalière de la Mort, c'est Marie-Antoinette. M. Léon Bloy, disciple exaspéré de Barbey, rugit, sur son tombeau, d'admiration, d'amour et de colère. C'est toujours le même style forcené, la même orgie d'invectives .et de mépris. On ne nie pas que M. Bloy ne trouve dans sa furie de
mégalomane et de persécuté des cris assez vibrants. Mais, à la longue, il est bien ennuyeux 1
Pour son catholicisme, il paraît tout juste d'aussi bon aloi que celui de M. l'abbé Charbonnel. B.
Tortori Alfredo : Sociologio o diritto commercial, vol. I v l'unita del diritto privato e la sua riconstruzione a base socioLoGiCA, Rome, Turin, Florence, (Bocca, 1895). In-8 de xv-359 P-
C'est aux revues juridiques qu'il appartiendra d'apprécier cet ouvrage. Nous nous bornerons à dire qu'il paraît fait avec beaucoup de soin et de campétence, et que l'auteur s'applique de plus (mérite plus indispensable que commun dans les matières qui touchent aux intérêts publics) à ne pas faire appel aux passions. Son style finit même par être prolixe et obscur, à force de vouloir être calme et scientifique. Voici un passage où il explique pourquoi il n'a pas conçu le sujet d'une certaine façon : « Nous avons réfléchi que, tout en faisant entrer par des efforts herculéens et d'inopportunes contorsions dans le cercle de. nos recherches le phénomène commercial dans toutes, ses manifestations complexes, c'està-dire sous l'aspect social dans ses rapports économiques, moraux et politiques, et sous l'aspect juridique dans ses rapports rationnels et positifs, nous n'arriverions qu'à envahir indûment le champ du phénomène civil, qui à tout prendre est susceptible lui aussi d'une discussion conduite par la méthode positive aussi bien sous l'aspect moral que sous l'aspect juridique ». Souhaitons que, dans les prochains volumes, l'auteur, sans se départir de sa sérénité, adopte un style plus accessible aux personnes moins versées que lui dans le métaphysique. Gh. Dejob.
Ecrivains étrangers, par Téodor de Wyzewa (Librairie académique Perrin).
Tout à fait remarquable et d'une lecture attachante, le dernier volume où Téodor de Wyzewa, le polyglotte, a recueilli ses derniers articles sur la littérature étrangère, parus récemment dans différentes revues. On ne saurait vulgariser, d'un style plus agréable et dans une langue plus sincère, les noms et les œuvres de ces philosophes, penseurs ou poètes avec qui le public français est, pour l'ordinaire, si peu familier. Trenmor.
Livres reçus :
Poésie : Jean Baslin : Le vain Exode (Fischbacher) ; Léon Hèly : Mentis, préface par Anatole France (Fischbacher) ; Edmond Blanguernon : Rimes blanches (Fischbacher) ; Louis Raymond : Le livre d'heures du souvenir (Bibliothèque de la Plume).
Romans : Catulle Mendès : L'homme orchestre, illustrations de L. Métivet (OllendorÛ*) ; Gyp : Bijou (Caïman Lévy).
Divers ; A. Van Beveri Méditation sentimentale sur Desbordes^Valmore (Bibliothèque de l'Association) ; Joseph Turquan : La reine Hortense (Librairie illustrée) ; Gaston Deschamps : La vie et les livres, 3<* série
(A. Colin) ; Adolphe Brisson : Portraits intimes, deuxième série (Colin) ; Adolphe Reîté : Promenades subversives (Bibliothèque artistique et littéraire) ; 'Paul Arden : Des Enfants (Bruxelles, Lacomblez).
Théâtre : Jeanne France : Théâtre de Salon (Société libre d'édition des Gens de lettres) ; Jeanne France et Achille Magnier : Rêves d'une heure (Société libre d'édition) ; Henri Rainaldy : La voix de la mer (id.)
Littérature étrangère : Luciano Zuccoli : La morte d'Orfer (Milano, Chiesa) ; Filippo Ermini : Paolo Verlaine e i poéti decadenti.