‹ L' ermite toulonnaisChapitre 7 sur 31 · r Promenade · texte numérisé non relu

r Promenade

Sortie de h nlle par kk quarte iid France, Cimetière^ Marroniers, MœwSy Bastides, Foyage à OlUouhs j Anecdoie d'un moine de la Ste. ^aume . Anecdote de M* B''* , eX'^recieur du théâtre de Toulon.

J'ai toujottra aimé k» voy^s deux motifs que mon caractère de grand papa reudxa chers à tous ceuE qui courent le monde : le preimer est le 4ésir d'apprendre beaucoup ; ie second celui de propager Içs découvertes utiles à l'humanité«

Digitizea by <jOOgle

( ia8>

Sous 1 égide àvt bon Ermite j'avais visité la majeure partie de- Toulon. ^ 6t pour varier un peu mes plaisirs je voulais arpenter ( avec mes jambes j euteuds ) quelques milliers de mètres de la Banlieue ; Fobligeance de mon ami aecéda- si bien à* mes vceux que je vais présenter ici la moisson que nous recueillîmes ensemble pendant nos excursi€»ns«.

Désirant étudier de près les sitess que mes yeux avaient embrassés, lors de mon arrivée à Toulon , nous sortîmes de grand mâtin hors des remparts ^ afin de suivre la route d'OlliouIes. » village situé ii. une lieue de Toulon. Le cbemin en est poudreux, et par son inclinaison naturelle, le soleil y semblefrapper ses rayons plus perpendi-culairement qu'ailleurs. La Provi-

Digiiizeu by <jOOgIe

éence et précautions avaient conjuré une partie de ces ineonvé* niens. U avait plu durwt la imit^

le ciel était nuageux encore; nous étions naati de Tégide cfainoîse, les towbitlons de poussière , les ondes de feu ne pouvaient donc

pas composer une épisode de notre course»

Le cimetière de la porte de France jest sur la voie la plus fréquentée (i).

A côté se déploie un vaste terrain orné de platanes vigoureux, aymét triquement rangés , susceptibles <tç circonscrire un lieu de repos pour

(i) Ce cimetière est beaucoup trop rapproché de la ville phudeiiii» fm U » ét^ question de le reculer; Ou le souliaite ar-*. demineiity autant pour la salubrité que ponif échapper à l'aspect d'un lieu qiii x appelle tôu jours de tristes souTenirs.

\ ^ ( Note de4'£dii€M\ ) *

Digitiz

les «aorts , dont Toulon est en quel-»^ ^fat sorte privé.

Nous laissons à notre gauche ia boulangerie de la mari&é ^ les marais de Ca^tigneau , dont les nom« breux jaftiins alimeiitent ^ partie le marché potager de ia ville €t trente mille habitans dont elle est peuplée.

deux cents pas^ de )à , nous voyons sortir d'nne guinguette nom* mée les Marroniers , une foule d'out vriers faisant la conduite à l'un lie leurs compagnons du devoir qfui altaît chercher fortune en loin^ tain pays. Il était échev^ ^ dans une explosion de sensibilité ; il chan* tait d'ua ton lamentable, les rer grets de la séparation. Je citerai* volontiers le couplet si je n étais convaincu (jue la poésie du sol destroubadours n'est plus en possession

de charmer Foreille des amateurs

Digiiizeu by <jOOgIe

d'une suave poésie , et de ceux qui ne Teulentphis reooniiaitre la langue dans ridiofioe provençal.

La guiuguette des Marrooiers est le rendez-vous des adieux. On r vient noyer les regrets dans le vin 9 la bière ou toute autre li* Joueur, en attendant la voiture qui doit les tran^rter i^Ueurs.

let Too sait comme en^ taaà lieux eiiploiter la faiblesae humaine.

Tandis que nous faisions cette réflexion, une multitude de petits bourgeois passèrent près de nous, -allant à la bastide , manger layé.

Leur costume était rendu bigarre par les grands chapeaux de paille grossière qui .tranchait avec leur teint brujii. le souris en voyant un homme dans la force de l'âge , .moftté sur ita àiion, et suivi de sa femme et de ses enfants, mar<-

Digitizea by <jOO^it:

chaiu a pied et haletaut pour Tac^ compagner. Ce genre Albanais m'eût donné une tariste idée des habitans.

Ail pays, si je n'avais appris dès»

long-4:e]iip& à ne pas juger d'après.

' des exceptions.

Non loin de là> YEmùte* me fit adn^rer la l>eUe propriété de M.

lamiral Missiessy^ Cette propriété porte le nom d'Elysée. « Ce nom » peut être juste pour u» autre ^ 3> m'écriai-je ; quant à moi je n*ai y> jamais habité de pays ou , content » de mon sort et heureux des boi aes Tf> posées à mon espérance , je pusse^ )» me fixer en ïe saluant du doux » nom d'Ëlysée

Nous passâmes deux ponts eir pierre, jetés sur les lits de torrens desséchés , laissant à notre gauche le fort Malbousquet (i). Je maudis

(i) Cesl m fort Malbousquet qu'une

Digitizea by <jOO^it:

pitis d'une fois les grands murs qui bornaient ma rue de cbaqnecoté 9 et je souriS' à Taspect des édaircis <^ue les violentes rafïâles du Misimou y pratiquent de temps à autre ;. tes longs pans de muraillas^ qu'il renverse dans sa fureur , sont ^ à. mes yeux autant de monuments d'une juste punition infligée à Tégoisme. il est si doux de pouToir promener ses regards sur uu terrain embelli par la vigne et F olivier, quë le moindre obstacle opposé à cette délicieuse satisfaction

bombe éclata assez près de Bonaparte qui.

dictait à son secrétaire, pour les eonvrir' tous les deux de terre et de cailloux jastement, dît le sergent Jtinot , en tonmant la page y j'avais besoin de sable pour sécher non papia*^ Napôléon se rattacha |»li»tard' aomme aide-die-cao^ Cette anecdocte est prise des guerves de la Péninsule par le

Note iie r Éditeur. J

Digitizea by <jOOgle

me semble coupable. Quoi qotil eu soit 9 il iaut savoir adxmrer partout les productions variétîs de là nature, pour se complaire au tableau champêtre offert par quelques buttes éparses , décorées ^du nom de biastides^ et la perspective si monotone des touffes de la sombre verdure de rdivier^ mariées à la teinte cuivré de Tbumble pampre; spectacle qui vous poursuit eu quel* que sorte durant toute la route de Toulon à ûUioules.

Cependant cette imuiotonie est coupée çà et là par quelques liabitations assez élégantes , où les LucuUus de la contrée vont passer les beaux jour% de Tannée* Celle de M. Caguard, ex-receveur général du département, bâtie dau& le goût moderne , ùffre à ia fois lea

Digitizeu by L^OOgle

délices des dhamps et le luxe des;

Point d ombrage 9 point de fraîdieur, voilà ce qui désenchante lés eiHriroais de Toukm; son sol se refiise aux belles végétations, et un propriétaire croit y posséder les jardins d'Armide, lorsqu'il est parvenu à former une tente de verdure en mariant la vigne au

mûrier. ^

Je m'étais engagé dans iine <Kscussion agronomique avec FErmite, lorsque ma montrant du doigt une maison de campagne de belle ap* par en ce : « Voici , ' me dit^tl , le » terme de notre première étape- » C'est le jardin des Hespérides » d'Ollioules; mais tu peux te » rassurer^ aucun monstre n*en » défend les ' avenues Nous pénétrâmes donc sous le dome d'une

Digitizea by <jOO^it:

nmiaise treîUe ^ et je fis- observer à mon ami que notre présence avait Ëût fuir qiieiquuxi^ ce sont

les mo/istres du lieu que nos cheveux gris ont effirayés , me répliqua«t-ii , ea relevant sa cravatte ^vec une préteution, reste des folies du jeune âge y et seul défaut que je lui connaisse»

Nous ajrrivàmes de bonne heure au joli village d OUioules , ainsi nommé , suivant Papou , à cause des oliviers qui en couTrent le territoire, lie jour anniversaire de Laurent ^ patron de l égii^e paroissiale ^ attire ici de tous les lieux drconvoîsins une affluence considérable de âdèles qui viennent à ce quon nomme au ro^ merage. Ce .sont les assemblées des autres parties de. la France f

Digitizea by <jOO^it:

les Keitnms de la Flandra ; ies yfi-

gues des Alpes.

Les divertissemeiis qui font suite aux exercices de piété y rappellent un peu l'origine grecque de la Provence : la course , le saul , la boule au lieu du disque en sont le prélude ; à la chute du jour la jeunesse de tout rang s'é* tablit sut des tapis de verdure ; . le galoubet, le tarabouiiii doiiiient lé signal ^ et la danse commence alors r ^ prolonge jusqu'à l'aube suivante. Ou se sépare enfin en bénissant le brave S.^ Laurent qui sansi les menacer de réternelle damnation permet aux^ jeunes filles les plaisirs de la danse,.

Nous sortons ilu village pour nous claquemurer aiprès quelques minutesi de marche dans un chemin tiien entretenu^ flanqué des deux

<Vtés''pâr de liautés œofttagnes de nature volcanique. Les géolc^ues les considèrent comme Fancieu diéàtre des bouleveraemen» terrestres. La phyttonosuie de ces montagnes donne à la pensée des impressions solennelles. J'appellerais volontiers les vaux ^'CNlioules les Theruoopiles du midi d^ la France ^ si des sources minérales en étaient voisines. Il est certain que la défense de ce défilé serait plus fil* cile 4}ue celle éa passage si fameux pir le tombeau de Léonidas. t Le col d'OIlioules décrit dans son cours des ^ireft nombreuses , projetant çà et . là les accidens multipliés d'un sol jadis en fusion.

Cette disposition déroule aux yeux du voyageur de Toulon ^ une série de tableaux pittoresque doiit le pinceau le mieux Qxeroé suivrait \ 1 f

Digitiz

peine les agrestes détails. Une ai>-'

ridité eârayante règne à la sur&ce de ces solitudes. La vue y di&* tingue à pMie les débris de quel* ques babilaUMM dont la ihaîq d'un autre âge assit les iondameos et que le temps dévore incessamment.

Ces fondations monastiques et féo* dales ue sont plus visitées que par. les sav^u;is et les moines de la Baume (i) ; t(ri est le sort

(i) Vu noiae tcaYersait ks Tau d'Uiiiouies postant HM SMune asscm considérable dont il ayait été chBXgé pour aoo cauveqi. X>€u^ Tofom ratleaAaÛBt a« ^Mtiige : la borne ou la viei lui àixeo^Us* J'aime xnieux , lew 4it«a^ Toas laisser la borne que de perdre la Tie ^ mm vou$ ne comiaisses pas les sMiaes, tovs ne eoimaisseft pa«eoiiibîea il:» soal soupçonneux &i je leur dis que j'ai été volé et que je ne présente avcané l^reuve que j'ai défendu l^ui^ argent, ib

de6 ruines de iialbec. Le bourg d'EVenos bâti au sommet d'un pic inexpugnable a seul résisté à la

M me croiront pas etpenMront que je' me

«uis approprié cette sommes et qui sa^t les persécutions qu'ils me feront souffrir. Vous ne voudriez pas, pour récompenser ma complaisance à tous céder si Aciiement oit argent que je fusse tourmenté.

£h- bien , qtte faut-il iaâjte i II faut que j'aie l'air d'avoir soutenu contre vous un TÎolent combat : tenez , Toilà mon manteau »

ajustez contre lui tos pistolets en sorte que * lés balles le traTenoir; je montrerai alors les preuves de mon courage, et ils s'imagineront qnej'ai exposé ma yie pour dé^ fendre leurs intérêts. Les deux voleurs y çonsentirenr; mais quand le malin moine qui connaissait toute la vigueur de sou.

bras, les rit ailisi désarmés ^ il tomba sur eux à son tour et se servant av^ adiesse*^ de son gras bàtoo il les laissa pourmorfc sur la place et emporta son argent.

Digitizea by <jOOgle

^èstruction. Il rappelle aux pnn Yençaux le souvenir des bonnes cérises dont Toulon et Marseille ^ disputent raboadante récolte.

Nous revînmes au village oublier les noires pensées qui nous avaient assiégés dans la gorge d'Ollioules »

^nsi que les tristes débris des claAteaux féodaux des Maures , des nobles Chevaliers et des Moines du bon vieux temps.

Nous dinâmes chez les demoiselles J!tfonier(i), aubergiste du village.

' (i) C'est dans cette auberge qa'im wieux camarade àé rex-^irectear -da théâtre de Toulon nous raconta i'anecdote qpe nous rapportons ics.*

Les vaux d'OUiouies^ aujourd'kui aassi êêm pour les voyageurs que te chemin de Paris à Versailles, furent jadis un manoir ia^pugnable de Toleurs : on ieat bien que je pourrais grossir les fastes historiques

Digitizea by <jOOgle

ht m^eup ches eUes est sans

de ces messieurs d'une foule de traits £gtU

connus de la contrée ; je me borne à un seul dont rnuihentkilé est lecoauue. M. B.

ex-diiecteui du tliéâtre de Toulon , fort Jbon homme et très-plaisant surtout , est

dévalibé par une bande de voleurs ; il avait

une montre à répétitLon à laquelle il tenait

fort et dont il fallait se âéparer. Il la

donna donc a^ec une ^pression de regret

qui aurait toucb^ tout autre cœur hormis, celui des Toleors : « Me es a amis les voleurs» » dit-il en baigajant ^ jé é vous fais ca a d^au » d'ime montre ex excellente , i i il fallait

» cette occasion pour m'en débarrasser , elle

» é est bonne et -vous conseille de la a a

» garder Ion o a ong-temps; si vous voulez,

» la revendre t adresaeB*Tcms i i M. ,

» directeur du théâtre de Toulon ; mais puis-

» fae je voue ai tiout donné , préfeea*»moi six

» francs pour continuer uia route , je vou* - • piwnet» de VOUS im vendre à Toulon ».£a effet 9 do«Ke mois après les voleurs furent \ enn dan m g s par le tiilmal .de Cahoce el

Digitizea by <jOOgle

contredit la grâce et la fraîcheur des jeunes filles qui servent l'étranger. Nous errâmes ensuite un moment sous le dôme des arbres de la promenade et après avoir jeté un regard sur la belle et intarissable fontaine qui la décore, nous saluâmes les murs d'Ollioules et ses a^ôoo habitans.

If

^^iiiieiit subir leur peine à Toulon. M. B.

fidèle à' sa promesse , se présenta pour demander l'heure , et suiloat en homme délicat pour acquitter la «dette qu'il avait contractée

dans les gorges d Oiiioules le pistolet sur la poitrine.

C Note de PJÉditeur J,

Digiiizeu by <jOOgIe

Digitizea by <jOOgle

yallèe de Dardennes ; Jardin de Plaisance du général Allemand; Laçoirs à bled et source des eaux des fontaines de Toulon.

Le lendemain de notre voyage aux thermopiles, TErmite frappe à ma porte vers les cinq heures du matin. — £h ! bien, quel temps iait-il ?

Beau. — As-tu arrêté un cabriolet ?

— ' Il est à la porte. — En ce cas je m'habille et partons.

Nous prîmes le chemin qui conduit à la vallée de Dardennes. — Est-il vrai , mon ami , (jue ces montagnes rocailleuses el cendrées aui bordent

Digitizea

Touluxi , ont été recouvertes par le pin mélèze et que leur dispa-»

ration soit Foeuvre des fondateurs de la ville 9 qui les auraient ar* raciiés pour les employer à la charpente de la ville ? — Si nous en croyons la tradition , le £iit est vrai; Papon lui-même ^ le flambeau des temps mystérieux de la Provence, admet cette hérésie végétale. Non , mon cher , nos bons ayeux n'ont jamais contemplé sur ces montagnes un rideau de verdure porté sur le tronc des mélèzes. Pour t eu coiivaiiicre , M.

R.... directeur du jardin des plantes, te dira que le pin mélèze est un enfant des Alpes , qui n aime que les frimats. D'ailleurs si des mélèzes avaient existé sur ces rocs arides , il en resterait quelque témoin végétal 9 et le versant opposé

Digitizea by L^OOgle

à travers les plsuatations qu'il nourrit, offrirait quelques traces de$ anciens habitan» du sommet Or les plus sévères investigations n'ont pas permis de saisir dans toute cette zone botanique , un embryon de mélèze. Je pense qu'un seul arbre y pourrait croître : c'est le prunier de Briançon, pour qui la terre est presque inutile , et le climat indifférent. Une plantation bien entendue de cet arbre, donnerait peut-être la possibilité de fertiliser ces rochers dans moins d'un siècle.

Après cette conversation nous entrâmes dans le jardin de plaisance que mon ami n'avait point visité depuis 181 5, époque à laquelle ce jardin aequit une célébrité éphémère en servant de retraite au malheureux et intrépide Murât. C'était naguères

Digitizea by <jOO^it:

rhabitation du vice^^uniral AUemand, qui 1 avait embelli durant les jours de sa grandeur, espérant y trouver -un azile pour sa vieillesse. Son espoir ne fut point trahi, ce général y a passé quelques années retiré du service» Il a voulu que sa dépouille mortelle y fût déposée.

Lui-même avait tracé le plan de son mausolée et il en dirigea les travaux. 11 redoutait terriblement le poids de Foubli qui pèse plus ou moins sur les cendres vulgaires , et pour y échapper il érigea deux monumens : le premier où reposent ses restes , offre une inscription qu'il composa lui-même à sa doire ; le second est un monument de reconnaissance qu'il s est élevé dans le cœur de ses héritiers , en les choisissant hors de sa fiimille

Digitizea by <jOO^it:

et dans Fhumble condition de la domesticité.

En suivant notre route nous avons examiné les lavoirs à blé, le béai , les moulins mécaniques, la marbrerie, cl soudain la belle vallée deDardennes s'est déployée à nos yeux. Que dire d'une vallée, hoi^ ce que les poètes ont déjà chanté. C'est toujours la fraîcheur des ombrages, la verdure et Témail des gazons , les trésors de Flore et de Pomone durant les mois du printemps.

Nous allâmes respirer un instant sur une éminence qui bordait notre route, et bientôt nous nous dirigeâmes dans un ^asle vallon.

Ici, me dit TErmite, se trouve la source mère qni alimente les nombreuses fontaines de l'enceinte de Toulon ; après avoir visité les deux rochers d'où surgit une si

Digitizea by <jOO^it:

grande quantité d'eau , nous can* tinaâmes notre route jusqu'au Re--^ vest et nous, revinmes sur no6 pas l'estoiuac vide et nos boui^es dé-^

garnies.

Les beautés agrestes de Vaucluse se trouvent ici avec toute leur sauvagerie naturelle et placées sous un ciel toujours azuré; ces lieux sont souvent visités par les amateurs dte la belle nature. Nous appdtmes par les paysans de l'endroit, qui sont loin d'être aussi brusques que M. Millin nous les représente, que M. l'amiral Hamelin visitait souvent ^ ces campagnes. On sait que ce général de mer, cultivait avec passion l'étude des plantes , et que son nom est inscrit avec honneur dans les fftstes de la science botanique, comme dans ceux de la gloire maritime.

Digitizea by <jOOgle

La Rade , La Sejne , Six-Fours , Cathédrale de Six-Fours , Petit Gibraltar j Hôpital S} Mandrier,

• Cap Cépé, anecdote sur Napo^lé on.

Lb jour suivant le soleil se leva brillant et radieux, et nous présagea . une de ces belles journées dont on ne jouit en France que sous le beau ciel de la Provence»

Nous nous embarquâmes dans un Baffio f et un vieux nocher à notre premier signe, cingla vers la Seyne, bourg situé au fond de la rade de Toulon.

Digitizea by <jOO^it:

Sa population s'élève à 6^0 âmes ; point de commerce , beaucoup de

silence, et du fumier sur le pavé des rues, tels sont les premiers traits que nous dessinâmes sur notre album. Les jeunes Seynois se destinent à la marine, et par conséquent respirent loin de la mère patrie. Un petit nombre d'entre eux sont employés aux chantiers des bàtimens marchanda que l'on construit sur le quai de la Seyne (i). On nous a cité M.

(i) La Seyne ne. remonte pas au-delà du 1 5.^ siècle : ce bourg fut d'abord ba* bité par des pécheurs; mais sa situationavantageuse et la fertilité de son terroir y ayant attiré des babitans de Six-Fonrs et des Tillagcs voisins 9 le nombre des maisons, y a beaucoup augmenté ; il ne manque à lik Seyne quun peu de commerce.

C Note de V Éditeur^ J

Digitizeu by <jOOgle

Lombard y comme celui des cons-^ tructeurs qui mérite une mention spéciale; on nous fit remarquer auasi plusieurs £gd>riques de cordes.

J'en étais là de mon iracé géograpluquCy lorsque mon vieil ami me dit : « Quel dommage de ne yt point . utiliser tous les points de 3» notre magnifique littoral et de » ne l'avoir pas couvert d'établis* 3» semens utiles à notre marine.

if Par exemple, la Seyne deviradrait i> une jolie petite ville, si l'école » des jeuaes officiers de mer, v©»- * nait animer cette plage déserte, jk qui a mille fois plus de droits » à cette faveur que la ville cen- » traie d'Angouléme. Avec quelle » ardeur, une jeunesse laborieuse ^ 3» sortant de Fenceinte destinée aux ^ 3» études sérieuses, s'élancerait suit ^ les gaillards d'une corvette, pour

Digiiizeu by <jOOgIe

» parcourir la mer caime de JK>tre » râde^ sous un ciel qui réunit » toutes les conditions aslroiiu- » miques néoessairœ au talent de » bien observer

Cette improvisation lut iuter* rompue par le Lraiement des roussins qui devaient naos transporter dans la ville aérienne de Six-f ours ^ bâtie au sommet d'une mon^ tagne^ durant Ja puissance ro* maine dans les Gaules, Son nom dérive de Forum Sexti , marché Seaotius , personnage cansulaire qui vint y fonder une colonie ; d'autres prétendent que le nom Je Six- Fours lui fut donné k>rs de sa fondation 9 parce quW y avait établi six fours pour cuire le pain.

J'abandonne la discussion aux éty-^ mologisles cj[ui s occupent des beau-

Digitizeu by <jOOgle

• ( i55) tés littéraires de l'antique Pro-

i^-f ours f peut-être à cause de sa position , fut dès long-temps le berceau de$ contes les plus absurdes* Dans les bons temps ou les sorciers et les magiciens étaient en droit d'épouvanter les imaginations crédules, cette ville pas* sait pour le manoir mystérieux de ces êtres iniei^naux, dont on a tant parlé dans nos vieilles chroniques.

La population elle-même n^avait; pas échappé à la célébrité Jèerîque.

Soleri rapporte que vers la fin du i6.® siècle 9 les hommes de Six- Fours avaient une stature haute de six pieds et qu'il leur était recommandé de ne point croiser leur race y afin qu'elle ne dégénérât point

On voit encore parmi les ruines

Digitizea by <jOO^it:

désertes de cette ville , les imr«^ railles épaisses d'un ancien chateai»

fort y et comiiie il faut une rai:!»oa de cet épouvanteil féodal , on a préteadu que Finfortunée Jeanne , comtesse de Provence , y avait étabH sa cour en i3â6. On a été jusqu'à croire que le dicton vulgaire usité' de nos jours : iou bel jiyxardy etc. est une expression consacrée par cette aimable sou^ veraine, en fitveur de soa premier intendant;

Le Forum Sextii a vu naître le sergent llobert Guillemard (r) connu dans le monde littéraire

(i) Les bibliographes savent à quoi s'en, tenur sur le nom idéal de Robert Guillemard» L'auteur de ces mémoires curieux et intéressans. est M. Lard. ..^ » fils 9 d'Ollîouks..

C Note de VÈditem. J

par ses mémoires sur Toulon et ses environs , ainsi que sur les évènemens politiques dont il a été le théâtre jusquea

L'abandon que fait depuis longtemps de ses anciennes demeuresle peuple Sixfournain a y pour ainsi dire, rendu déserte l'antique cité romaine. Cepandant il y éxiste encore des habitations en assez bon état. Le moins détérioré de ces vieux loge«<^ mens , n'excède pas une valeur de cinquante francs. Quelle est la cause ds cette dépopulation ? A ces* mots l'Ermite me dit à l'oreille :

la cause en est simple et naturelle ; la tendanœ vers un lien social rapproche les hommes, et la viebarbare des siècles ignorans les.

isolaient. Les affections bienveillantes naissent de leur centralisation au milieu des plaines. L'homme

Digitizea by <jOOgle

des montagnes avec ses détermi*' nations naturelles, ne connaît point cette philantropie quenfaiitent les lumières et le contact des hommes* Six«-fours ne tardera pas d'éii*e inhabité, parce que les mdigenes ont cessé iïy trouver le bonheur.

Après avoir fait une station dans la cathédrale de cette ville déserte , monument des temps gothiques, où Ton ne peut méconnaître des vestiges de grandeur et de magnificence 9 nous nous disposâmes k descmidre vers la plaine.

Nous revînmes à la Seyne demander à déjeuner dans im res* taurant, d^où nous sortîmes l'estomac vide et no& bourses assez légères , pour le rendre désormais Feifroi des voyageurs.

Notre raffio glissa mcdlenaent sur ia mer immobile , et chemin, iaisant

Digiiizeu by <jOOgIe

nom vaulàme» ^ler visiter le fwt

que nos amis nos ennemis les Aiiglaib avaieut baptisé da nom de petit Oibrallar (i). Nous débarquâmes ensuite à la plage de S.^ Mandrier; là s'élève un magiuilij^ue hôpital cj^ue Ton nous n dit pouvoir un jour contenir mill»

à douze cents- malades. Ce monu-ment 9 digne detie visité par tous les voyageurs, pourrait néanmoins être tout, aussi beao et beaucoup plus solide (a). Nous terminâmes ne--

(i) Qnand ^apoicoa lut maître du fort le petit Oibrjihar, il dit au généml Dn*^ gommier qui commandait en ebef : « ailes «r TOUS reposer; nous menons 4e prendre* » Toulon, TOUS pourrez y coucher après- » ^demaiit La prophétie se réalisa.

f Note de l'Édiieur. )

{%) St Mandrier est un cdilice dout le but de Tutilité n'est point encore déterminé.

La coni>U action est a mon avis beaucoup

fre promenade par une yisite au toin*' beau du général Latouche, qui se

trouve au sommet du cap Cépé, cVoù nous découvrîmesr le plus beau panorama : d'un coté la plaine mer et de l'autre la ville de Toulon adossée au pied d'une cbaiue de montagne sans verdure.

trop lourde 9 et par conséquent monstruense; d^à après avoir écroulé ^ U a été envetoppé d'une galerie étroite, dans laqudleiie peo-^ yeat. pa& proqaeoer deux personnes de front : le massif de la maçonnerie occu])e plus d'espace qu'il n'y a de vide iaténeureineni pour le logement. Mais en eomp^isation , on y conslruity à grand frais et avec luxe» uneehapelle tfavddleetnre élégante.

C ISote de l*Édiieur^ >

Je marchais en observateur sur le magnifique quai de Toulon , non loin dune vieille corvette nonunée Patache, destinée à loger la garde militaire du port marchand.

Je fus tout-à-eoap assailli par une foule de vieux marins^ qui criaient,.

à la Sejno : ils nous proposèrent d'entrer dans leur barque pour f^ire un tour de rade*

Je cherchais des distractions r le ciel était pur et serein , une brise légère raiïtaicbissait l'air et y répandait de douces émanations»

La mer calme, le soleil vers le

couchant nous décidèrent à £ûre^

Digitizea by <jOOv^it:

une promenade sur la plaine H»

quide.

Après avoir choisi le batelier el surtout le bateau ^ nous nous allongeâmes au milieu d'une petite chambre que les marins nommèrent pompeusement la chambre du canot i le bon £rmite assis a Tavant de la barque promenait avec délices ses regards sur cet ensemble, et ratait à demi-voiK cette beUe strophe de La Martine.

Auasi libre que la pensée , Tu brises le vaisseau des rois ; Et dans ta colère insensée , Fidèle au Dieu qui Ifa laneée ^ ïu ne t'araéles qu'à sa voix.

Nous ne devons point taire que

notre album renfermait des notes sur tout ce que nous devions examiner; nous savions qu'à notre

Digitizea by <jOO^it:

droite et à notre gauche, quatre

vaisseaux de ligne frapperaient m»

regards; que là une instnictioii

vraiment nautique donnée à de

jeunes conscrits , préparait à notre

marine de nouveaux sautieiift de

sa gloire.

Voilà la machine à mater, ou- «

vrage digne des conceptions de Tardiimède de notre ft^e. Quel admirable emploi des forces 1 Au moment de notre passage nous vîmes suspendu sur nos têtes le

mAt d'an trois ponts.

ttous en étions là de nos re^ marques, lorsque notre compagnon de voyage nous adressant la parole dasn une bngae qui n'est ni française ni provençale : « Voyez-vous » là-haut — ah bien ! là-haut. — » "Mon compère y a couiné* . . • »

Après un phis ample informé j'ap«^

Digitizea by <jOOgle

pris que jadis un gardien logeait au sommet: de la machine à mater.

On aperçoit encore la niche aérienne qu'on peut même habiter un moment , si toutefois l'on n'est point efifrayé des périls qui vous environnent £n sortant le goulet de la darse ^ mes yeux suivirent long-temps les hangards du Mourillon. . Au lieu des marais infects qui bordaient cette plage , une industrie savante a substitué une succursale au grand arsenal, où les pièces de bois de construction., empilées sous une toiture colossale, sont classées sous la direction d'habiles ingénieurs, suivant leur nature, leurs dimensions, et T usage auquel on les destine.

Sur le même littoral, on voit rétablissement du polygone où les cauonniers de la marine s'exercent

Digitiz

à tout ce qtii constitue rartillerie navale, (i) Un pavillon rouge arboré

Page 1