‹ L'ÉRYSIPÈLE DU NOUVEAU-NEChapitre 25 sur 32 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Frener, Gazette des Hôpitaux, 1874.)

« … L'enfant qui fait le sujet de cette observation, du sexe masculin, né à terme le 19 mars dernier est bien constitué et issu de parents sains. Le cordon ombilical se dessèche et tombe naturellement vers la fin de la première semaine, sans qu'il y ait eu trace de rougeur érysipélateuse ou autre autour de la plaie. L'enfant prend bien le sein et augmente en poids, lorsqu’au douzième jour après sa naissance, le 30 mars, on aperçoit, au bord interne de la fesse droite, de la rougeur reposant sur une peau tuméfiée et indurée ; la rougeur s'étend un peu le lendemain. L'enfant crie, ne dort pas, mais eontinue à bien téter. Les caractères de l’érysipèle s’aceusent nettement ; sa peau est dure, gonflée, rouge, et fait saillie sur la peau saine qui la limite. Le mal s’empare successivement de la fesse droite, du bas-ventre, des bourses, qui se {tuméfient considérablement et prennent une teinte noirâtre. La fièvre s'allume, le malheureux enfant n'a plus de tranquillité. La cuisse et la jambe droite sont atteintes à leur tour, en même temps que le mal gagne le ventre et le dos.

C'est alors que nous traçons autour du corps, un peu audessus de l’ombilic, un cercle avec le crayon de nitrate d’ar-

gent, que nous promenons plusieurs fois sur la peau, préalablement humecté âvec de l’eau.

Maigré l’heureuse modification imprimée à l’érysipèle par celte cautérisation, la rougeur franchit le cercle argentique, gagne la partie antérieure et postérieure de la poitrine, les bras et le cou, mais elle ne s'accompagne pas d'induration et

de’gonflement comme dans toute la région située au-dessus

de l’ombilic.

Les bourses se sphacèlent, on <’en aperçoit à la couleur feuille morte de la peau et à une sorte de cercle inflammatoire autour de la partie gangrenée, dont le sillon séparatif n’est pas encore tracé. L’extrémité du prépuce, qui a été envahie par le mal, semble aussi devoir se sphacéler ; néanmoins la miction peut se faire sans trop de difficulté. Malgré ses cruelles souffrances, l’enfant continue à prendre le sein et n’a ni diarrhée ni vomissements. L'érysipéle poursuit sa marche envahissante du côté du membre inférieur gauche, qu’il gagne en entier, sauf le pied, malgré les applications de collodion élastique répétées plusieurs fois par jour sur les limites du

mal. .

L'enfant n’a point de repos; insomnie complète, agitation croissante. On s'attend d'heure en heure à une terminaison

fatale.

Maïs, le 16 avril, quinze jours après le début de la maladie,

nous constatons de la fluctuation dans toute la région moyenne du dos, àu côté externe de la jambe droite, à la cuisse droite, au dos du pied, au talon, au niveau de la malléole interne. Les abcès, qui paraissent en quelque sorte, s’être produits soudainement, sont ouverts avec la lancette, et il s’en écoule du pus bien lié et franchement phegmoneux ; une mèche de charpie est introduite dans l’ouverture pour en empêcher

l’accolement.

En même temps se produit la chute de Ja portion sphacélée

‘des bourses et les deux testicules se montrent à nu.

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La formation da pus ne s'arrête pas, nous percevons encore de la fluctuation au pli de l'aine gauche, sur un point assez étendu, et nous sommes obligé, pour favoriser l'écoulement du pus, de pratiquer une double ouverture; nous ouvrons d'autres abcès à la partie moyenne de la cuisse et au côté externe de la jambe gauche, à la partie latérale droite et inférieure du thorax, au coude gauche.

Cependant l’érysipèle ne semble pas encore épuisé, il paraît se localiser sur le membre inférieur droit, dont la peau est très indurée, rougeûtre et tuméfiée.

Il s'y forme encore deux abcès considérables, l'un dans le tissu cellulaire de la région du mollet, l’autre à la partie antérieure de la cuisse, et, enfin, pour terminer cette tendance à la suppuration, un dernier abcès profond s'établit à la partie interne de la jambe. Sous l'influence des douleurs causées par la formation du pus, l'enfant eut trois convulsions dans la journée, qui ne cessèrent qu'après l’ouverture de l’abcès.

Malgré tous ces désordres, toutes ces souffrances, l'enfant tette avec une sorte de voracité sans troubles digestifs. Nous commençons à entrevoir la possibilité de la guérison.

La cicatrisation des abcès s'obtient, en eflet, assez rapidement, et il ne reste plus à la date du 8 mai que l’induration de tout le membre inférieur droit.

L'épiderme s'en va par écailles ou en poussière fine et se renouvelle ; enfin cinquante jours après le début du mal, nous constatons avec Joie que la plaie des bourses est en bonne voie de cicatrisation et que la guérison s’obtiendra sans difformité.

À la fin de mai, toute trace d'induration a disparu, l'enfant remue bien sa jambe droite, le sommeil est régulier, toutes

les fonctions se font bien et, réparant le temps perdu, l'enfant grossit à vue d'œil.

GT

Le traitement mis en usage consista, au début, en bains d'amidon, tièdes, de quinze à vingt minutes, dans lesquels on plongeait l'enfant deux fois par jour ; la peau était constamment saupoudrée d'amidon, après avoir élé préalablement

-enduite de graisse douce, fondue au bain-marie et que l’on

étendait avec un pinceau. Ce pansement était répété toutesles 2 heures environ, nuit et jour.

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