OBSERVATION III
(VINCENT, Gazette des Hôpitaux, 1875).
H. S..., enfant du sexe masculin, fort et bien constitué, est né le 2 juin 1874. Sa mère qui lui a donné le sein le premier Jour après sa naissance, est morte huit jours après, € est-à= dire, le 10 juin, d’une fièvre puerpérale, suite de couche, qui l’a emportée très rapidement.
Le 15 juin, treizième jour après la naissance de l'enfant, je suis appelé à lui donner des soins. Depuis la veille, il présente une expression de souffrance qui frappe sa nourrice et décide la famille à me faire appeler. Je lui trouve la peau brûlante, le pouls accéléré ; contre son habitude, il pleure souvent et prend moins bien et moins souvent le sein que les
premiers jours, et sans avoir de dévoiement, ses fèces pré-
sentent des grumeaux de lait mal digéré.
. En même temps, je puis constater à la partie supérieure et antérieure de la poitrine, un peu au-dessous du sein gauche, une rougeur superficielle, qui me fait redouter le développement d’un érysipèle, bien que rien d’extraordinaire ne se manifeste autour de l'ombilic.
Lelendemain, la rougeur a gagné le dos jusqu’entre les deux épaules, et à ses caractères, il ne peut y avoir aucun doute sur la nature de l’affection : c’est bien à un érysipéle que nous avons affaire; et, circonstance aggravante, à un érysipèle qui, selon toute probabilité participe de la nature puerpérale de la maladie qui a emporté la mère quatre jours auparavant. Me basant sur cette dernière circonstance, sur le diagnostic grave porté par Trousseau et d'autres médecins, et par ma propre expérience, car j'ai souvenance au moins de trois enfants nouveau-nés atteints d’érysipèle dont pas un n’a survécu, je considère cet enfant comme perdu, Je fais part de mes craintes à la famille, et l’engage, si elle le trouve convenable, à faire appeler un autre médecin. Le docteur Villard, qui avait donné des soins à la mère dans sa dernière maladie me fut adjoint, et c’est avec le concours de ce confrère distingué que je continuai à donner des soins au petit malade. La maladie envahit successivement le dos, les jambes, les parois dé la poitrine et de l'abdomen, les fesses et les parties .génitales. Les bourses prennent un volume énorme, au moins quadruple du volume ordinaire. Vers le milieu du deuxième septénaire, un point gris noirâtre et livide, à la partie antérieure et inférieure du scrotum, et sur la ligne médiane, annonce le développement d’un sphacèle. Le lendemain, la partie sphacélée a acquis l'étendue d’une pièce de dix centimes en billon. Nous la circonscrivons par deux incisions semi-linéaires, comprenant toute l'épaisseur de la peau. La modification n’a pas franchi la limite que nous Ini avons tracée, soit que les deux incisions lui aient opposé une barrière infranchissable, soit que la médication topique, dont nous parlerons plus loin, ait contribué à ce résultat.
En même temps que cela se passe du côté du scrotum, la maladie continue sa marche envahissante sur les membres
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inférieurs, en sévissant d'une manière toute spéciale sur la jambe droite, à la partie inférieure de laquelle elle prend un ‘caractère phlegmoneux. Pendant le cours du troisième septenaire, nous sommes obligés de faire, soit autour des malléoles, soit au dos du pied, cinq à six ouvertures d’abcès qui nous donnent un pus de bonne nature.
Cette intensité des accidents à la jambe droite semble atténuer l’affection à la jambe gauche, où la rougeur est superficielle et avec peu de tuméfaction. Sa disparition de ce membre, qui a été envahi tout entier comme l’autre, coincide assez bien avec l'ouverture du dernier abcès au pied droit.
Pendant le cours de la troisième semaine, à l’époque même de la formation des abcès, deux petites plaques rouges, avec tuméfaction légère, développées de chaque côté du nez, nous ont fait craindre que la maladie ne recommençät à la figure, après avoir envahi jusqu'aux dernières phalanges des orteils. Quelques applications de collodion ont suffi pour conjurer ce nouveau danger qui menaçait notre petite malade... »
(Ici nous passons sous silence le traitement qui ne nous paraît pas présenter d'intérêt). Ë
«…. Vers le commencement de la quatrième semaine, alors que les dernières manifestations de la maladie commencent à s'éteindre, la partie gangrenée du scrotum se détache sous forme de croûte sèche et parcheminée. La plaie qui en résulte, pansée avec de la charpie imbibée de vin aromatique (à cause de son atonie), se cicatrise rapidement, en se rétrécissant considérablement par suite du retrait des tissus dégorgés. Aujourd’hui, il ne reste plus qu'une cicatrice insignifiante sous le rapport de son étendue. L'amélioration, tant générale que locale, à été si rapide que le 15 juillet, c'est-à-dire un mois après le début de l’érysipèle, je peux cesser més visites. Actuellement, le jeune H. S... jouit d'une santé excellente. »