‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 13 sur 35 · PAT · texte numérisé non relu

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derme acquiert une certaine dureté et s'infiltre dans toute son épaisseur. Il perd une grande partie de sa ténacité, et bien que l'inflammation n’en occupe pas toute l'épaisseur et que la disposition aréolaire soit encore très-évidente en lui, il se dépouille de la graisse des aréoles!. »

Cette lésion de la peau doit être rapportée également à la dermite, qui ramène le tissu adipeux sous-cutané à l’état embryonnaire en même temps que se résorbent les gouttelettes de graisse qui occupent le centre des vésicules adipeuses. Il en résulte que la peau et le pannicule se confondent en une seule masse de tissu jeune, riche en sucs, dans laquelle la disposition aréolaire est moins évidente. Cette lésion de la graisse a été du reste étudiée assez complétement dans les chapitres qui précèdent pour qu’il soit inutile d'y insister davantage. C'est aussi dans ces cas d'induration secondaire que les abcès dermiques sont le plus fréquents, et ce qui indique bien qu’on a affaire alors à une inflammation de la peau ellemême , il se produit assez régulièrement un petit bourbillon quand la suppuration se produit. L'observation suivante montre un exemple d’induration secondaire de cette nature, survenue à la suite d’un érysipèle qui n'avait de particulier que l'intensité de l’œdème dont il fut accompagné.

OBservarioN XI. (Personnelle.) — Erysipèle œdémateux de la face. — Abcès dermique. — Œdême en plaque consécutif.

Felteau (Louis), garçon de salle, âgé de 29 ans, entre le 19 avril 1878, -salle Saint-Michel, n° 13, dans le service de M. Empis.

Cet homme jouit ordinairement d’une bonne santé, il ne se plaint que de quelques maux de gorge qui ont toujours été sans gravité. En 1861 il a déjà eu un érysipèle qui dura neuf jours ; il a ordinairement un peu de coryza chronique accompagné de croûtes qui saignent facilement quand il les arrache, ce qu'il a l'habitude de faire souvent. Il avoue être alcoolique.

Jeudi dernier, en se levant, il s’aperçut qu'il avait une glande tuméfiée et douloureuse à la région sous-maxillaire gauche. Le soir même il survint une rougeur en plaque sur le nez, avec chaleur et tension vives de la partie. En même temps il fut pris de fièvre.

1 Comp. de Med., art. ERYSIPÈLE.

+ 20 avril. — Actuellement toute la face est envahie par une rougeur

érysipélateuse terminée en avant des oreilles par un bourrelet, empiétant de trois travers de doigt sur le cuir chevelu, et épargnant en bas le menton. Les paupières, surtout à gauche, sont considérablement œædématiées ainsi que la lèvre supérieure.

Sur le front on voit de nombreuses phlyctènes que couronnent pour ainsi dire les soureils ; sur la face existent des eroûtes, traces de phlyctènes déjà affaissées.

Les ganglions longitudinaux du cou sont engorgés et forment un chapelet le long des vaisseaux. L’érysipèle ne s’est nullement propagé du côté du pharynx. La langue est blanche, humide, rouge légèrement sur ses bords. Il y a eu hier quatre ou cinq selles diarrhéiques.

Les urines ne sont pas albumineuses.

Le cœur bat régulièrement, sans bruits anormaux; pouls 100, température matin 380,4; soir 390,4,

24. — Délire cette nuit, l'empâtement très-considérable a gagné le cuir chevelu, les oreilles sont rouges et commencent à devenir rigides, les phlyctènes du front sont affaissées. Pouls petit, concentré, très-dur, battant 100 fois par minute; les bruits du cœur sont secs, le second dédoublé. La fièvre est vive (temp. — 40°); la prostration est considérable. Diarrhée sérieuse abondante et continuelle (Temp. soir 39 9).

Traitement: Eau de sureau pour lavages. Pot, extr. de quinquina, 4gr.

22. — Continuation du délire, l'eruption a envahi les oreilles. Même état général ; P. — 100, t. — 89°, 8.

23. — Un peu de diminution de l’éruption, moins de délire ; la diarrhée est excessive. T.— 387; on donne 0+,50 centigr. de sulfate de quinine, du vin, pour tisane de l’eau vineuse.

24. — Je gonflement érysipélateux reparaît sur la face à droite ; la région mastoïdienne surtout est dure, ainsi que l'oreille ; la diarrhée a cessé. Délire continuel. T — 39%, 8; soir 87, 8.

25. — Le nez, les paupières supérieures, la lèvre supérieure sont très-tuméfiés. Le cou des deux côtés, depuis { centimètre au-dessus du bord inférieur du maxillaire jusqu’à 5 centimètres au-dessous, c'est-à-dire toute la région sushyoïdienne, est le siége d’un gonflement érysipélateux, dur, peu douloureux. Le gonflement des oreilles est moindre. Il y a beaucoup moins de délire, la diarrhée n’a pas reparu. Temp. axill., 390,2 le matin, 309,2 le soir.

26. — Le gonflement existe partout où nous l'avons signalé hier, mais la rougeur érysipélateuse a été remplacée par une teinte rose pâle. Toute la face desquame. L’éruption a contourné en arrière le cuir chevelu et fait apparition sur la nuque. Sur les limites du euir chevelu cette rougeur est couverte de phlyctènes naissantes. La peau, sur ce point, présente un aspect chagriné ressemblant à une écorce d'orange.

L'état est meilleur, presque plus de fièvre. (P. = 72. Temp. matin — 358 ; soir 360,4.)

2Tavril. Rien à noter. (P.—96. Temp. — 36,4.)

28. — La rougeur a disparu, il ne reste que quelques plaques érysipélateuses à Ja nuque, mais le gonflement persiste dans les régions précédemment affectées d'érysipèle, il est considérable à la joue droite, où il forme une plaque dure. (T. mat. — 36°,4; soir — 860,8.)

29 avril. Disparition du délire. Il s’est formé à la partie externe du pariétal droit un petit abeès dermique avec bourbillon : L’œdème dur occupe maintenant une plaque d'environ trois travers de doigt de largeur au milieu de la joue, au pourtour des vaisseaux faciaux. À ce niveau la peau fait corps avec les parties subjacentes. La surface est rouge, chagrinée, l’induration se sent comme un corps dur enveloppé dans la peau ou comme une plaque d’érythème noueux, on la circonscrit exactement en un cordon de la grosseur du petit doigt qui suit la faciale et se perd rapidement dans la région hyoïdienne. Les ganglions cervicaux sont toujours dans le même état. (T. matin 86,3; soir 360,2.)

4er mai. L’œdème en plaque n'offre :aueun changement; le malade ‘entre en convalescence, l'appétit revient.

2. — Au bas de la plaque qui a été notée sur la joue, c’est-à-dire au bord inférieur du maxillaire droit on détermine un peu de fluctuation. Un petit abcès dermique est couvert, il sort un petit bourbillon.

Le 12 mai le malade sort guéri, mais son œdème en plaque a persisté. A ce niveau la peau est toujours dure, il semble qu’il y ait une nouüûüre dans son épaisseur. Il n’existe aucune rougeur à la surface. L’induration est aussi considérable à la portion génienne, où il n’y a pas eu de suppuration dans le derme, que le long du bord inférieur du maxillaire, où siégeait le petit abcès.

Ces plaques œdémateuses au niveau desquelles la peau prend un aspect tout à fait analogue à celui qu’elle acquiert à la suite d’un œdème longtemps prolongé, semblent se développer * depréférence dans certaines régions: Quand l’érysipèle envahit les parties génitales, l’œdème dur qui luisuccède peut acquérir assez rapidement le caractère éléphantiasique, à la suite même d'une seule poussée. On voit alors le scrotum, la peau du pénil s’indurer, en même temps que la peau du prépuce est gonflée par un œdème translucide, mais difficilement dépressible, dur, résistant et donnant au doigt l'impression d’une masse de gélatine. Cette variété d'œdème peut devenir l'ori-

gine d'indurations persistantes. Un point à noter, c'est que les ganglions inguinaux sont ordinairement tuméfiés et indurés, peu mobiles dans le tissu cellulaire qui les entoure. Toutes ces particularités sont réunies chez le malade dont l'observation suit, recueillie par moi dans le service de la Clinique, grâce à l'obligeance de M. le professeur Gosselin.

« OBsnrvaTION XII. (Personnelle) — Rétrécissement uréthral, cathetérisme, érysipèle, œdème élephantiasique consécutif, adénite chronique double de l'aine.

Guy (Jules), 40 ans, journalier, entre le 28 avril salle Sainte- Vierge, n° 39, dans le service de M.Gosselin, à la Charité, pour S'y faire traiter d’une dysurie légère résultant d’un rétrécissement ancien. Cet homme n'a eu qu'une seule blennorrhagie,. en, 1855, et il ne se produisit alors aucun accident immédiat, Il y a un an, il s’aperçut qu'il urinait difficilement et que les dernières gouttes le brûlaient au passage, c'est ce qui le décida à entrer à la Charité.

A son entrée cet homme présente un petit rétrécissement n'admettant pas la sonde d’argent, mais laissant passer la sonde n° 20.L’urèthre est très-sensible. Le 27 avril on arrive enfin.à passer la sonde d'argent en combinant le cathétérisme avec des injections d’eau; le canal de l’urèthre saigna légèrement après que l'on eut retiré la sonde.

Le 80 avril, frisson intense suivi d’un accès de fièvre avec chaleur et.sueur. Le 8 mai survint une orchite très-douloureuse à droite.

Dans les premiers jours de juillet, sans cause appréciable que son rétrécissement et son orchite qui.étaient en voie de guérison, le malade est atteint d'un érysipèle qui envahit le scrotum, la peau du ventre, le fourreau de la verge, les deux régions inguino-crurales et remonta jusqu'à l’ombilic. Cet érysipèle, qui dura dix jours, s’'accompagna de grande tuméfaction des glandes inguinales et de deux petits abcès trèssuperficiels, l’un un peu à gauche, l’autre un peu à droite du raphé. Depuis lors la tuméfaction des parties n’a pas diminué.

La peau du serotum est très-épaisse, surtout à droite, où elle fait corps avec un œdème profond, dur, constituant une vaste plaque présentant l’étendue de la paume de la main, et qui enveloppe le testicule droit en avant. Ce dernier est sain et glisse facilement sous la peau indurée. À gauche la. glande est indurée par l’orchite.

Le fourreau de la verge est le siége d’un œdème qui l'épaissit considérablement; la peau dure, non douloureuse, dépourvue de rougeur à sa surface, donne au doigt la sensation d’une feuille épaisse de caoutchouc. Vers la racine de la verge cet épaississement se prolonge sur le pénil, la peau extrêmement épaissie est comme adhérente à ce niveaw

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à une induration molle qui la double profondément ; cet œdème cesse brusquement à trois travers de doigt au-dessus de la symphyse, suivant une ligne horizontale qui contournerait le ventre entre les deux épines iliaques antérieure et supérieure.

Les ganglions inguinaux sont très-indurés des deux côtés, ils ont le volume de grosses avelines, sont douloureux à la pression et de consistance très-ferme.

Cet œdème reste depuis plusieurs semaines à l’état complétement stationnaire : on n’a employé pour le combattre que des cataplasmes.

8 Il.

Un second point intéressant dans l'étude des rapports qui existent entre eux, l’érysipèle et l’œdème de la peau, est la production fréquente d’inflammations érysipélateuses sur les téguments depuis longtemps infiltrés. L’œdème chronique des membres inférieurs, qui s'établit dans la période cachectique des maladies du cœur, l’œdème de la maladie de Bright, quand il se prolonge, et même certains œdèmes cachectiques disposent on ne peut plus la peau à l’érysipèle, qui l'envahit spontanément ou à la suite de traumatismes insignifiants (comme des piqûres d’aiguille, des mouchetures, l'application d’un vésicatoire ou d'un sinapisme, etc., etc.).

La facile production de l’érysipèle dans ce cas a été constatée par tout le monde. Mais, malgré la multiplicité des raisons qu’on à données pour l'expliquer, la lumière est loin d’être faite à cet égard. Il est certain que l'infiltration du tissu conjonctif sous-cutané, en écartant la peau des parties profondes, en l’isolant pour ainsi dire, lui crée des conditions de médiocre vitalité ; mais il me semble que l'on doit prendre surtout en considération, dans ce cas, les modifications anatomiques amenées par l'œdème.

L'ædème, en effet, en déterminant dans le tégument une dermite chronique, le met dans un état anatomique très-voisin de celui qu'y produit l'érysipèle lui-même. L'existence d'un œdème préalable peut donc être considéré sans invraisemblance comme une condition très-favorable au développement d’une poussée érysipélateuse, au même titre que l'érysipéle peut être considéré comme une cause d'œdème ultérieur. C'est ce qu'on observe notamment dans le mal de

Bright, où parfois une poussée d’œdème sur un point donné se termine per un érysipèle sans qu'aucun traumatisme puisse être incriminé. Cette succession a été très-nettement observée dans le cas suivant, qui m'a été communiqué par M. Budin, interne des hôpitaux. La poussée œdémateuse, fébrile, accompagnée d'un état grave, a été bien distincte de l'érysipêle, qu’elle a précédé de trois jours, en même temps que se produisaient des congestions viscérales et des hématuries..

Ogservarion XIII. — A/buminurie. — Fausses-couches. — Erysipèle de la face. (Recueillie par Eug. Decaudin, externe du service !.) AN NN

- Cette femme avait toujours été bien portante dans sa jeunesse. Réglée à 18 ans, à 21 ans elle a son premier enfant, depuis elle en a eu cinq autres, tous nés à environ 46 mois d'intervalle. Sur ces six enfants, quatre sont vivants, le quatrième et le sixième sont morts, l’un à 7 mois, l’autre à 9: en somme elle était toujours accouchée à terme.

A. Albuminurie. — Vers l’âge de 84 ans, la santé de cette femme a paru s’altérer. Elle aremarqué à cette époque surtout un rapide amaigrissement ; en décembre 1871, elle avait alors 35 ans, sa figure enfle subitement; ses joues, ses paupières étaient le siége d’un œdème considérable ; le nez s'était déformé par suite de cette bouffissure soudaine qui l'avait, dit-elle, rendue méconnaissable. Sa vue se troubla, elle eut de la dyspepsie, elle éprouva des douleurs lombaires trèsaccusées, elle ressentit un malaise général, toutefois elle ne remarqua rien de particulier ni dans la quantité, ni dans l’aspect de ses urines. Cet œdème, 15 jours plus tard, avait disparu.

Après cette époque, vers le commencement de 1872, elle remarqua que ses urines devenaient de plus en plus troubles et rouges; ses règles n'apparaissaient plus que pâles et décolorées. Toute l’aanée 1872 se passe ainsi en partie ; elle éprouvait toujours lés mêmes dou-leurs lombaires, de l’inappétence, des crampes d’estomac : le travail devenait pour elle de plus en plus pénible : ses règles parurent pour la dernière fois en octobre 1872. À partir de cette époque, elle constata peu à peu tous les symptômes d’une nouvelle grossesse, lorsque le 25 décembre 1872 elle eut une perte de sang considérable, aecompagnée d'expulsion de caillots : elle faisait une première fausse couche.

En janvier 1873, ses règles n’apparurent point et cependant (avril, mai 1873) elle n’éprouva aucun des symptômes habituels de la grossesse ; son: ventre toutefois augmentait progressivement de volume, et ses dou-

! Hôpital Saint-Antoine, service de M. Gombault.

leurs lombaires devenaient de plus en plus fortes. Un médecin examina alors ses urines et reconnut la présence de l'albumine. Le 8 juin 1873, ayant remarqué de l’œdème autour des malléoles, ses jambes s’æœdématiant à leur tour, ses cuisses devenant plus volumineuses, elle se décida à entrer à l'hôpital où elle fut admise le 9 juin 1873, salle Sainte-Geneviève, n° 3. Le lendemain on constatait que ses urines étaient albumineuses.

À l'inspection, le ventre paraissait volumineux, on y trouvait une tumeur remontant jusqu’à trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic et persistant après l'expulsion des urines ; cette tumeur était globuleuse, ovoide à grosse extrémité dirigée en haut.

À l’auseultation, on entendait un souffle utérin très-évident; on ne pouvait percevoir ni les battements du cœur du fœtus, ni aucun bruit de mouvement. Au toucher, le col était mou, fermé, le corps de l’utérus était volumineux ; la femme ayant été placée debout, on chercha le ballottement sans le percevoir.

40, 11, 12 juin, même état. Albumine dans les urines. Œdème des membres inférieurs.

BB. Avortement. 13. — Des douleurs très-vives surviennent dans le bas-ventre; dans la soirée, le sang apparaît en assez grande quantité; sa sortie s'accompagne de douleurs expulsives; il existe de l’æœdème de la grande lèvre droite.

44. — Le sang s'écoule toujours. Au toucher, le col entr'ouvert laisse pénétrer l'index; on arrive sur la poche des. eaux qui devient dure au moment des contractions utérines. Aucune partie fœtale n’est accessible. Les douleurs continuent à être très-vives.

45. — Les douleurs ont disparu, mais les pertes continuent, l’écoulement est rose.

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