Hier, après la douche, le gonflement a un peu diminué
Frictions matin et soir sur la masse adénitique avec de la pommade à l’iodure de potassium à 8 gr. p. 30.
22. — La mensuration de la rate ne donne plus comme grand diamètre que 14 centimètres et comme petit diamètre 9 centimètres. 28. — Le sang pris sur mn doigt de la main gauche et sur
un or.eil du même côté est examiné au microscope. On ne trouve rien d’anormal, si ce n’est une absence complète de globules blancs (examen fait par MM. Lailler et Baréty). Le traitement.est continué; le malade sort amélioré le 28 février.
Ces faits et leurs analogues conduisent, on le voit, à admettre une sorte d'œdème du tissu cellulaire lâche et de la peau, dont l’origine ne peut être attribuée qu'aux entraves apportées à la circulation Iymphathique par l'inflammation des glandes et l'oblitération des vaisseaux qui se fait ensuite à leur niveau, quand elles sont devenues fibreuses. (Voy.O8s. VIIT.) Quand on a l'occasion d'examiner de pareils œdèmes, il n’est pas rare de trouver dans les maïlles du derme de la lymphe épanchée autour des capillaires lymphatiques, qui en sont eux-mêmes gorgés !. Dans toutes les observations on voit, en outre, la peau des parties œdématiées prendre rapidement le caractère éléphantiasque, et, en comparant les faits qu'on a sous les yeux avec les observations de Hendy, d’Alard et des autres médecins qui ont décrit l'éléphantiasis sous le nom de mal glandulaire des Barbades, de leucophlegmasie, etc., on est plus que jamais tenté d'opérer un rapprochement entre cette affection et nos œdèmes lymphatiques d'Europe, qui reproduisent pour ainsi dire trait pour trait la période d'infiltration œdémateuse de l'éléphantiasis exotique.
1 Voy. à ce sujet l'obs. IX de ce mémoire, et Virchow, Path. des tumeurs. — ‘Rinëfleisch, Histologie path., et Cornil et Ranvier, loc. cit. article Lyu-
PHANGIÔME.
Ainsi, l'œdème du tissu cellulaire lâche et de la peau peut résulter d'une lymphangite et d’une adénite, aiguës ou chroniques. Je vais étudier maintenant le rôle des lymphatiques, non plus dans la production de cet œdème tout à fait spécial qui vient d’être décrit, mais bien dans l'œdème séreux ordinaire, résultant de l'augmentation de la tension sanguine intrà-vasculaire.
Quand un œdème se produit brusquement dansun membre, à lasuite, par exemple, d'une oblitération veineuse,on a beau explorer les vaisseaux lymphatiques au moment où l'æœdème se développe, on n’en trouve aucune trace. Les ganglions ne se tuméfient pas sensiblement et ne sont pas douloureux à la pression. Cet état se prolonge ordinairement pendant tout le temps que l'œdème reste localisé dans le tissu cellulaire lâche ; mais dès qu'il envahit la peau, le système lymphatique se prend, le vaisseaux engorgés apparaissent à la racine du membre comme autant de petites cordelettes noueuses, dures, roulant sous le doigt comme des fils tendus, et lesglandes lymphatiques prennent un sensible développement. Le paquet des lymphatiques, les ganglions sont alors très-douloureux à la pression, bien qu'il n’y ait pas de rougeur appréciable du tégument à leur niveau. Dans les œdèmes brusques que l’on voit évoluer sous ses yeux, comme la phlegmatia des femmes en couches, ces phénomènes sont très-faciles à constater.
Ogservarion XX. (Personnelle.) — Œdème blanc non douloureux des membres inférieurs chez une accouche. — Phlébite, endopéricardite, pleurésie sèche à droite.
Lescure (Marie), 26 ans, lingère, entre le 15 juillet 1873 à la Charité, salle Sainte-Marthe, n° 45, service de M. Empis.
Accouchée facilement et à terme, le 24 juin, elle éprouve, 17 jours après l'accouchement, des douleurs dans le membre inférieur gauche, surtout le long de la cuisse. Le 10 juillet en se réveillant elle s’aperçoit que le pied, la jambe et la cuisse gauches sont le siége d’une tuméfaction notable. La douleur si vive des premiers jours disparaît alors complétement, excepté quand la malade pose le pied à terre. En même temps survient de la fièvre avec frisson tous les soirs.
À son entrée on conslate que la jambe, le pied, la cuisse sont trèstuméfiés ; le mollet sain, mesurant 24 centimètres en son milieu, celui du côté malade en mesure 34; l'œdème est blane, indolent ; on ne sent
pas de cordons noueux dans le triangle de Scarpa ni de cordelettes dures. On constate, en outre, tousles signes d'une endopéricardite et peu de jours après une pleurésieé sèche qui ne présentent dans leur évolution aucune corrélation avec l'œdème. Celui-ci persiste sans changement jusqu'au 23 juillet ; il se produit alors des douleurs dans le membre abdominal droit, et, le 24, de l’æœdème se montre de ce côté autour des malléoles; il n’y a toujours point de lymphatiques indurés dans le triangle de Scarpa. Le 1° août, l'œdème gagne la peau de la face interne de la cuisse en dessinant sur le tégument des traînées réticulées.
2 août. — L'œdème de la peau continue, celui du tissu cellulaire a diminué. Dans le triangle de Scarpa on sent des cordons indurés douloureux qui contournent la face interne de la cuisse et se rendent dans les ganglions. Cette lymphangite profonde et cet œdème cutané durent encore le 10 août : la maladie suit son cours.
Le développement du réseau lymphatique, la douleur à la pression, l'induration des troncs et des ganglions ne permettent guëre de duuter qu’il ne se produise dans ces cas une lymphangite profonde, probablement par suite de la dilatation des capillaires lymphatiques de la peau, qui se gorgent de sérosité dès que celle-ci s'œdématie. Mais le rôle de ces vaisseaux n’est jamais plus actif qu'au moment où les grands œdèmes se résorbent. Alors, que la peau soit œdémateuse ou non, la tension exagérée produit fréquemment dans les lympathiques une véritable lymphangite subaiguë , et les cordelettes noueuses et douloureuses apparaissent.
Ogservarion XXI (Personnelle). — Avortement. — Phlegmatia alba dolens descendante. — Œdème des grandes lèvres. — Congestion des ligaments larges et du tissu périnéphrique.— À lbuminurie passagère.— Développement des lymphatiques de l'aine au déclin de l'æœdème douloureux.
B..., demoiselle de magasin, 24 ans, primipare, d'une constitution assez faible, a cessé d’être réglée depuis six semaines. Elle ne se croit pas enceinte. Elle est entrée le 2 mars 1872 salle Saint-Landry, n° 7 (Hôtel-Dieu, service de M. Fauvel).
Il y a quelque symptôme d'embarras gastrique, courbature, douleur vive dans les iombes et au pli de l’aine, à gauche; les mouvements sont devenus très-douloureux dans le membre pelvien de ce côté. La douleur est très-exagérée par la pression au niveau de l’attache inférieure du psoas. Empâtement de la fosse iliaque. Apyrexie complète,
3 mars. — Hier à 3 heures il s’est produit subitement une sensation de tension dans le membre inférieur gauche, qui a commencé à se gonfler. Ce matin, œdème considérable avec points douloureux aux creux poplité, au niveau de l’arcade pelvienne. La douleur de ventre a diminué, langue blanche, un peu de dysurie, peu ou point de fièvre. L'œdème blanc douloureux augmente dans les deux jours qui suivent en respectant relativement le pied.
5 mars. — Hier soir, empâtement de l’aine droite douloureux à la pression, œdème commençant de la cuisse. On touche; le col est effacé, non franchement labié ; en le faisant basculer de droite à gauche on augmente la douleur lombaire à droite. Dans les aines, la pression est remarquablement douloureuse; l'exploration la plus attentive n’y fait pas découvrir trace de ganglions ni de vaisseaux lymphatiques indurés. (Glycérine laudanisée et ouate; catapl. belladoné, j. diacode.;
8 mars. — La double phlegmatia s’est complétée, elle est actuellement un peu moins douloureuse; les parties génitales externes sont très-tuméfiées depuis hier, les petites lèvres font hernie entre les grandes lèvres comme une sorte de crête turgide et double. Écoulement sanguin d’odeur lochiale à travers le col de l’utérus effacé, un peu gros. Il ne s’est pas écoulé de caiïllots. Diarrhée très-intense depuis avant-hier,; cependant, malgré tout, il y a sédation générale.
9 mars. — Avortement. Œuf gros comme le poing d’un enfant de dix ans, œdématié, sans embryon distinct, mais pourvu d’un placenta ” très-touffu et semé d'hémorrhagies. (C’est une môle utérine.)
10 mars. — Beaucoup de mieux. Plus de douleurs de ventre, les douleurs se localisent sur la cuisse droite; la circulation veineuse collatérale disparaît peu à peu ,
11 mars. — Diminution considérable de l’œdème. Mais on voit se développer dans l’aine et de chaque côté une modification très-singulière. Sur une largeur de trois travers de doigt environ, au-dessous du pli de laine on sent une multitude de cordes noueuses moniliformes, roulant sous la peau, douloureuses à la pression. Ces cordes suivent le trajet général des lymphatiques de la région et parties du bord interne de la cuisse vers sa partie moyenne; elles couvrent le triangle inguino-crural d’un réseau serré au milieu duquel on distingue les glandes qui forment un relief plus considérable.
13 mars. — Les choses étaient dans cet état et l’œdème diminuait sensiblement, lorsqu'il se produit sans cause appréciable une grande douleur au niveau du mollet droit qui est trouvé ce matin considérablement tuméfié, ainsi que le pied correspondant. Vers le milieu du mollet, rougeur en nuage, d’où partune traînée delymphangite superficielle et trajective gagnant le triangle de Scarpa, toujours occupé par des cordelettes noueuses.
14 mars. — La poussée angioleucitique aiguës’est terminée.
45. — Hier soir, frissons, répétés, léger écoulement sanguin par le vagin, œdème assez considérable de la paroi abdominale à droite, douleur vive. à la pression dans l’hypochondre, droit qui est le siége d'un empâtement notable, Urine albumineuse contenant du sang. [La phlegmatia a de beaucoup diminué.
À partir de ce jour l’œdème se résorbe régulièrement. La malade est pendant ce temps atteinte d’une série d’autres accidents qui n’ont plus de rapports avec son œdème douloureux ; 1 se produit dans le flanc droit une tumeur considérable, douloureuse. Cet état s’accompagne d’hématuries. Au bout d'un mois environ cependant: tout rentra dans l’ordre, mais pendant sa convalescence la malade prit une variole et ne sortit guérie du service qu'au mois de juin 1872.
La forme de lymphangite qui se montre au moment où se produit un œdème brusque de la peau, ou qu'un œdème considérable vient rapidement à se résorber a été encore très-peu étudié ; on pourrait même dire qu’elle reste entièrement à décrire, car son existence même n’a été signalée par aucun auteur classique. Un cas particulier de cette forme, la lymphite valvulaire (Bazin), a seulement fait l’objet d'une courte note de M. L. Dupuy, dans les Archives de dermatologie‘ ; je chercherai à mon tour à montrer ici quelques-uns. des caractères principaux qui la distinguent des: autres lymphangites.
La lymphangite profonde qui survient à la suite de certaines lésions cutanées très-superficielles qui s’accompagnent régulièrement de beaucoup d’æœdème, constitue le type de cette affection singulière, que mon excellent maître M. Lailler désigne sous le nom de /ymphangite en plaque, et qu'on observe assez fréquemment à l'hôpital Saint-Louis. Le plus ordinairement elle se montre quand une poussée eczémateuse se produit sur le dos de la main, le pied, etc., avec assez d’intensité pour s'accompagner d’une grande tuméfaction des parties. Au moment où l’éruption a acquis son maximum d’intensité, des nuages roses se développent sur le membre et des rubans superficiels en partent pour se rendre aux ganglions correspondants, tuméfiés et douloureux. Ces rubans n’ontpoint
1 Observation de lymphite valvulaire in. Archives de dermatologie et de syphiligraphie, 1871.
LPO ES
d'épaisseur, ne forment pas de nouûre dans la peau et suivent rigoureusement le trajet des lymphatiques.
La durée de cette angioleucite est éphémère, mais à peine a-t-elle commencé à s’effacer sous l'influence du repos ou du traitement, à peine les trainées lymphatiques cessent-elles d'être douloureuses et d’un rouge carminé pour desquamer et disparaître, qu'on voit les lymphatiques profonds s’indurer, se tendre dans les plis de flexion comme des cordes, et rendre l'extension impossible par la douleur que déterminent les mouvements un peu étendus du membre.
Autour de ces cordes douloureuses que forment les lymphatiques indurés, le doigt sent un empâtement d’abord un peu diffus, puis au bout de quelque temps très-nettement limité. Il semble que le vaisseau soit englobé dans un cylindre, ou un demi-cylindre, ou une sorte de table solide faisant corps avec lui, et adhérent à la peau par un de ses plans-côtés s’il s’agit d’un lymphathique superficiel, ou roulant sous la peau entre les plans musculaires si la lymphangite est plus profonde. La sensation qu'on éprouve en saisissant ces indurations qui s’étendent comme en nappe, à deux, trois et même quatre centimètres du lymphatique enflammé, est tout à fait analogue à celle que produirait un corps solide couvert d’une étoffe un peu épaisse (Lailler).
La douleur qui accompagne ces lymphangites en plaques est assez obscure, la pression l’exagère faiblement ; la gêne tient plutôt à la roideur du membre qu’à toute autre cause, exactement comme dans la lymphangite aiguë trajective.
Au niveau des plaques et des trajets indurés, la peau n'offre ordinairement aucune rougeur, ou une très-légère teinte rosée: on trouve seulement un peu de desquamation furfuracée quand antérieurement il s’est produit le long du même vaisseau une poussée de lymphangite trajective.
L'observation suivante est un type de lymphangite en plaque.
OBservarion XXII. (Personnelle). — Eczéma impétigineux des mains. — Lymphangite avec induration en table des lymphatiques des deux
bras. — Guérison en 21 jours.
Ricard (Louis), opticien, âgé de 35 ans. Entré le 8 juin 4870, n° 96,
le
salle Saint-Louis, dans le service de M. Lailler (hôpital Saint-Louis).
Antécédents de famille nuls au point de vue dermatologique. Le malade est lui-même strumeux, a eu la gourme dans son enfance ainsi que des ophthalmies, puis la gale. Il prit la syphilis il y a T ou 8 ans (Chancre induré à longue évolution. — Plaques muqueuses anales et gutturales, pas d’autres accidents). — Depuis cette époque, la santé est satisfaisante, sauf quelques douleurs rhumatoïdes, Il y a environ
5 mois, cet homme, qui a habituellement la main droite mouillée et la gauche sèche (il est polisseur de lentilles) vit survenir au médius gauche une éruption eczémateuse pour laquelle il consulta M. Bazin. Le traitement par les alcalins fut prescrit et fut sans influence sur l’éruption qui, depuis 6 ou 7 semaines environ, s’est généralisée aux deux mains.
Cette poussée très-aiguë s’est accompagnée de fièvre et de courbature, puis J'éruption devint confluente, les mains se tuméfièrent, des douleurs se firent sentir le long du membre, parcouru par des trainées roses, et des tumeurs douloureuses se montrèrent dans les aisselles. Ces derniers accidents se sont peu à peu calmés, du moins relativement, et actuellement le malade est dans l’état suivant :
Éruption. — L'éruption occupe la face dorsale des deux mains, plus intense à droite qu'à gauche ; elle est constituée par des vésicules très-petites, semblables à des gouttes très-minimes de rosée, et disséminées sur la peau rouge, tendue, tuméfiée et douloureuse. Outre cette lésion, on voit un certain nombre de pustules véritables, isolées ou agminées, origines de croûtes et de crevasses sécrétantes surtout nombreuses à droite au niveau des plis articulaires. La peau rouge, tendue, tuméfiée est épaisse, sillonnée de plis au niveau desquels la peau desquame. Le point où la lésion élémentaire est le plus visible est le médius gauche; la lésion ancienne se voit surtout à droite.
Eymphangite, — Du côté droit, l’angioleucite secondaire est en voie de décroissance, cependant le long du bras on sent un cordon lymphatique situé à la face interne du membre suivant le trajet de la basilique. Ce cordon tient à la peau qui est rude, finiment plissée à ce niveau et présente une nuance fauve (desquamation consécutive à l’'érythème), et quand on le prend entre les doigts il semble qu'on ait la sensation d’un demi-cylindre enveloppé dans le tégument. la face plane du . cylindre répond à la traînée cutanée que nous venons de décrire et la surfacé arrondie roule dans le tissu cellulaire sous-cutané. Son diamètre peut être approximativement évalué à un centimètre.
À gauche existe le long de l’avant-bras, dans la direction de la veine médiane, un ruban lymphangitique rose pâle, large de un centi-
oi —
mètre et demi à deux centimètres, douloureux à la pression, maïs sans induration; celle-ci apparaît seulement au bras. À 4 travers de doigt au-dessus du pli du coude et à la face interne, existe une plaque rose, large et diffuse au-dessous de laquelle on sent une induration en fablette faisant corps avec la peau terminée par un bord arrondi et se continuant insensiblement à ses deux extrémités par un cordon dur, douloureux, du diamètre d’une plume de corbeau et se perdant dans le creux axillaire dont les glandes ne sont pas engorgées, ni à droite ni à gauche. (B. simple. — Manuluves d’amidon. = Enveloppement.)
42 juin. — La rougeur en traînée du membre gauche à beaucoup pâli, la large plaque fusiforme du bras est devenue très-petite en conservant cependant sa forme. Le demi-cylindre d'induration s'amoindrit.
1%. — Plus de sensation de demi-cylindre adhérent à la peau du côté droit, mais bien celle d’un cordonmüince commeune petite ficelle.Lapeau est en train de desquamer à ce niveau ; à gauche la plaque fusiforme s’est transformée en un cordon arrondi peu douloureux et non adhérent à la peau. Il n’y a pas de desquamation à ce niveau.
16, — Le cordon de gauche est filiforme, mais encore légèremeut douloureux, le malade ne peut se coucher sur le côté gauche à cause de la douleur que lui cause la compression du bras. A droite, il n'existe plus aucun vestige du cordon angioleucitique. è
21. — Persistance du cordon gauchs devenu imperceptible. Il: y a cependant douleur.à gauche. (L’éruption eczémateuse s’est considérablement modifiée par le traitement indiqué, notamment par l’enveloppement dans la toile caoutchouquée.)
25. — Plus de cordon, l’éruption cutanée est presque entièrement disparue.