‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 24 sur 35 · Exeat. — Le malade sort guéri · texte numérisé non relu

Exeat. — Le malade sort guéri

La corrélation de la Iymphangite avec l’œdème est ici trèsévidente. L'apparition des indurations én plaques le long des vaisseaux lymphatiques a coïncidé, dans l'observation qui précède, avec l'affaissement de l’ædème à droite, et ces indurations présentaient des caractères bien différents de ceux de l’angioleucite trajective qui se montrait du côté gauche. La lymphangite en plaque ne saurait en effet être confondue avec aucune autre affection des vaisseaux. La phlébite, et l’angioleucite trajective ne donnent pas au doigt explorateur la sensation d’empâtement circonscrit en forme de nappe, et ces deux inflammations, très-douloureuses à la pression, dif-

fèrent complétement d’une lésion presque indolente au niveau de laquelle la peau présente même un léger degré d’anesthésie, qui se prolonge parfois assez longtemps, après que la plaque indurée à disparu,

L'évolution de la lymphangite en plaque, comme celle de l'angioleucite subaiguë qui se produit dans le déclin de la phlegmatia alba dolens, ne se fait pas très-rapidement. Elle dure communément de une à deux semaines, pendant lesquelles on voit la tablette indurée, ou le demi-cylindre périlymphatique diminuer graduellement, devenir filiforme, puis enfin disparaître. Il est très-rare que cette lésion passe à l'état chronique comme dans l'observation XIX de ce mémoire. Elle commence à s’éffacer d'ordinaire dès que l'œdème a disparu. Quant à la suppuration, elle doit être exceptionnelle dans la lymphangite en plaque; je n’ai pu en recueillir une seule observation dans ces trois dernières années.

Quelle est maintenant la nature.et la cause de cette lymphangite subaiguë qui semble en quelque sorte liée aux œædèmes? Il est très-probable que dans cette variété laugmentation de la pression intra-lymphatique joue un rôle important. Cette pression arrive à son maximum quand l’œdème se résorbe, et la suractivité du cours de la Iymphe amène probablement une irritation du vaisseau qui s’accompagne d’induration périlymphatique, peut-être due à la fois à l’irritation de l'atmosphère celluleuse et à l’accumulation autour du vaisseau d’une certaine quantité de lymphe.

Cette dernière-hypothèse, qui ne peut être formulée qu'avec de:grandesrésenves réunit cependant en.sa faveur un certain nombre d'arguments, et parmi les plus importants l'espèce de continuité quiexiste souvent entre la plaque périlymphatique et l’œdème lui-même.

Ogservarion XXIII (Personnelle). — Lymphangite trajective du membre supérieur avec œdème périlymphatique se localisant autour des vaisseaux à mesure qu’on s'approche du creux axillaire.

Laurent (Stéphane), marbrier, entré le 15 novembre 1871 salle Saint-Louis, n° 39 (Service de M. Laïller, hôpital Saint-Louis).

Ce jeune homme, âgé de 49 ans, s’introduit, il y a trois semaines, une éelissel tranchante et fine de marbre sous la peau de la face dor-

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sale de l'annulaire droit. Il en résulta un abcès, puis une ulcération qui fut de nouveau irritée par le travail que cet ouvrier n'avait pas voulu discontinuer; le bras devint rapidement douloureux, au pli du coude, puis partout ailleurs. Le membre est, actuellement œdématié dans sa totalité. Sur l’avant-bras existe une rougeur diffuse se terminant par une sorte de traînée qui remonte jusqu’au bord épitrochléen du pli du coude. Au bras, la face interne et la saillie bicipitale sont envahies sur une étendue égale à la paume de la main par une rougeur carminée pâle, congestive, reposant sur une induration œdémateuse assez remarquable. En effet, l’œdème diffus à l’avant-bras semble se circonscrire sous la plaque rouge du bras, au-dessous de laquelle une large induration en table commence à être sentie distinctement. Cette induration suit les vaisseaux lymphatiques le long du bord interne du bras et se perd avec eux au voisinage de l’aisselle. Il n’y a pas de nouûre distincte, point de ganglions dans l’aisselle, le malade n’a pas de sensation de corde au pli du coude. En effet, l’induration périlymphalique n'existe pas au pli cubital, du moins à l’état distinct. — Au niveau de la plaque brachiale la douleur est âcre mordicante.

Le ganglion épitrochléen n’est pas tuméfié. Cette poussée de lymphangite œdémateuse n'a été accompagnée d’aucun appareil fébrile. (Cataplasme de fécule, bains d’amidon.)

28 novembre. Le malade sort guéri. La tuméfaction en table est deve..ue nettement fusiforme. Elle a décrû de jour en jour sans présenter d’autres particularités. Le malade sort le 29 guéri de sa petite blessure et de la complication.

Quoi qu’il en soit, les faits qui précèdent conduisent à supposer que les lymphatiques jouent un rôle important dans la production des œdèmes, et qu'ils paraissent être les voies principales d'élimination de la sérosité, quand celle-ci est résorbée. Leur activité est surtout évidente lorsque l’æœdème occupe la peau, origine principale des capillaires lymphatiques, et l'on voit se développer, quand cette activité devient exces-

sive, des formes particulières de lymphangite dont le type est l'angioleucite en plaque.

L'étude comparative que j'ai tenté de faire conduit à montrer en somme qu'en déterminant dans la peau des lésions analogues (Dermites — Lymphangites), une maladie comme

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l’érysipèle et un symptôme commun à des affections diverses comme l’œdème de la peau, peuvent conduire à des résultats très-analogues. Lorsqu’en effet des causes quelconques, même très-différentes, ont produit dans un tissu donné certaines lésions, l’évolution de ces dernières se fait individuellement dans le sens particulier à chacune d'elles, sans que souvent la cause première ait sur le résultat ultime une bien grande influence. C’est pour cela qu'on trouve entre l’æœdème cutané et l’érysipèle (qui sont pourtant deux choses bien différentes en pathologie) une foule de points communs qui conduisent à des rapprochements curieux. C’est aussi pour cela qu'ils-ont des conséquences communes, que l’un et l’autre donnent naissance à des hypertrophies de la peau et à des lésions lymphatiques ; c'est à cause, enfin, de leurs nombreuses ressemblances anatomiques qu’ils se transforment si fréquemment et si facilement l’un dans l’autre.

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