RES
adipeux ; 2° la production de phlyctènes et de phlycténules a pu être suivie d’une manière complète. (La description de Ja lymphangite érysipélateuse et celle des phlyctènes et des phlycténules ont été faites sur des lambeaux de la peau du front, de la joue et de l'oreille gauche du malade dont nous venons de rapporter l'observation.)
ÉVOLUTION DES PHLYCTÈNES.
OBSERVATION Il.— Érysipèle phlycténoïde de la face et du cou. — Développement des phlyctènes par poussées successives. — Guérison. (Observation personnelle.)
Fromentin (Françoise), domestique, âgée de 35 ans, entre le 15 mai 1873 dans la salle Sainte-Marthe (hôpital de la Charité). Cette malade est d'une bonne constitution ; elle n’a Jamais eu d’érysipèle.
Le mardi 13 mai elle est prise d’un érysipèle de la face accompagné de fièvre; depuis quelques jours elle éprouvait un sentiment de malaise général, les ganglions longitudinaux du cou s'étaient engorgés, enfin le 13 elle vit survenir de la rougeur et du gonflement sur l'oreille droite. La malade dit s'être exposée à un coup d'air, mais elle avoue qu’en accrochant ses boucles d'oreilles quelques jours auparavant, elle s'était écorché le lobule de l'oreille droite.
Avant son entrée à l'hôpital elle s’était purgée; enfin, le vendredi matin 16 mai, nous la trouvons dans l’état suivant :
16 mai. — La malade avait hier soir le pouls à 100, et la température 39 4/10; ce matin nous trouvons le pouls à 104 et une température de 39,2. Le gonflement et la rougeur érysipélatouse ont envahi les deux moitiés de la face, et forment un masque à peu près symétrique ne dépassant pas en haut la marge des cheveux : le menton est respecté, le bourrelet atteint cependant jusqu’au niveau du bord supérieur de l'os hyoïde, de telle sorte que l'érysipèle envahit toute cette région et affecte la forme d’un croissant dont les deux cornes iraient rejoindre les plaques érysipélateuses des joues. La région mastoïdienne droite est légèrement tuméfiée. Quelques phlyctènes occupent la région sourcilière droite, quelques
pipes
autres sont déjà affaissées et occupent la racine du nez du côté droit. Les ganglions longitudinaux du cou ne peuvent être sentis à cause du gonflement douloureux.
À l’auscultation de la poitrine, on trouve quelques râles sibilants disséminés dans toute la hauteur du poumon des deux côtés. Rien au cœur. La voix est normale. La langue est blanche. Pas de diarrhée. Pas de délire. La malade, tout en étant abattue, répond cependant très-nettement aux questions.
17 mai.— Les parties que nous trouvions hier atteintes par le gonflement érysipélateux sont aujourd'hui plutôt en décroissance qu’en état d’augment. La tension, la rougeur ont plutôt diminué. Mais au niveau de la lèvre supérieure, des joues et de la partie droite du nez, nous trouvons des phlyctènes pleines d’une sérosité opaline, tandis que celles qui occupaient la région sourcilière sont presque toutes affaissées. Le cuir chevelu est intact, la voix est libre; la poitrine est toujours remplie de râles sibilants. L'état général est toujours bon; pouls, 96 ; température, 39,92.
Soir. — Même état général. On ne sent toujours pas les ganglions sous-mastoidiens. La malade transpire beaucoup, et accuse de vives souffrances, Pouls, 110 ; température, 38,6.
18 mai. — Le gonflement et la rougeur sont toujours limités en haut par le cuir chevelu, qui est intact, Le front, d'un rouge vineux mat, est couvert de croûtes provenant d’anciennes phlyctènes. Ces croûtes sont nombreuses sur la joue droite, surtout au niveau de l'angle interne des paupières, du sillon palpébral inférieur et de la lèvre supérieure. Ces régions, ainsi que l'oreille et la région mastoïdienne du côté droit sont gonflées, indolentes, et n'offrent pas l'aspect luisant que nous trouvons sur la joue gauche. Celle-ci, en effet, est tendue, luisante, douloureuse; elle ne présente pas de phlyctènes ; on trouve cependant quelques petites bulles sur la partie droite de la lèvre supérieure. L’oreille gauche est rouge, tendue, luisante, très-douloureuse et offre une consistance quasi-cartilagineuse. Les régions mastoïdienne et trapézienne gauche sont aussi le siége de cet œdème inflammatoire douloureux, ædème qui s'étend jusqu'au niveau de la ligne blanche cervicale postérieure. Au niveau du bord anté-
rieur du trapèze, on observe un groupe de phlyctènes globuleuses, chacune du volume d’un gros pois, agminées, transparentes et pleines d'une sérosité limpide. Ces bulles phlycténoïdes occupent une surface rectangulaire de 4 à o centimètres carrés environ.
La région sus-h yoïdienne est toujours prise jusqu’au niveau du bord inférieur du maxillaire inférieur. A droite, cette rougeur se confond avec celle de la joue ; à gauche, il existe entre la rougeur sus-hyoïdienne et celle de la région faciale une ligne qui répond à tout le bord inférieur du maxillaire ; à ce niveau la peau est épargnée ainsi que la fossette mentonnière et la région de la houppe du menton. La langue est sale à sa base et sur sa partie médiane; elle est sèche et râpeuse. La bouche est sèche. La malade n’a pas eu de diarrhée, elle n'a pas eu de délire et se trouve mieux qu'hier. Pouls, 76. — Temp. 87, 8. |
Soir. — Pouls, 72. — Temp. 37,8.
19 mai. — Les phlyotènes de la région trapézienne sont un peu affaissées, le gonflement et la rougeur n’ont point progressé. La joue gauche est moins tendue, moins luisante qu'hier, mais la racine du nez est toujours couverte de croûtes ainsi que la lèvre supérieure. Les paupières sont gonflées, rouges, mais non luisantes ; le cuir chevelu est indemne. — Langue sèche et sale, pas de délire. Pouls. 80.—Temp. 37,4.
Soir. — Pouls. 82. — Temp. 37,1.
20 mai. — La peau est moins tendue, la rougeur moins vive dans toutes les parties précédemment enflammées. La rougeur érysipélateuse n’est plus disposée que par îlots sur la région trapézienne gauche. Les phlyctènes de cette région sont affaissées, et la pression ne provoque plus de douleur. Mais la région mentonnière qui, jusqu'à ce jour, avait été épargnée, est envahie aujourd'hui. A gauche, le bourrelet érysipélateux a franchi le sillon mento-labial, la rougeur occupe tout le globe du menton; à droite cependant il existe au niveau du sillon mento-labial une ligne de 2 à 8** où la peau est saine entre deux bourrelets érysipélateux. La région sus-hyoïdienne est empâtée, d’un rouge pâle, peu luisante, et cet empâtement est surtout marqué au niveau des attaches antérieures des digastriques, où l’on sent un point induré
REV dd
qui répond probablement au ganglion mylo-hyoïdien. — L'état général est satisfaisant, la langue sale, assez humide et un peu pâteuse ; il n’y a eu ni diarrhée, ni délire. — Pouls, 80. — Temp. 37,6.
Soir. — Pouls, 172. — Temp. 37,8.
21 mai. — La rougeur érysipélateuse est partout en décroissance, si ce n’est sur le menton et à Ja région sus-hyoidienne. — La région pré-myloïdienne est légèrement empâtée, dure au toucher, mais peu sensible; le cuir chevelu est toujours indemne, et nulle part on ne retrouve le bourrelet érysipélateux. — Les phlyctènes de la région trapézienne sont affaissées et se dessèchent; de nombreuses croûtes desqüament, d’autres plus saillantes se détachent d’une seule pièce; ce sont celles qui occupent la racine du nez, les joues, surtout la joue droite, la lèvre supérieure, l'angle de la mâchoire à droite et les oreilles. Celles-ci ne sont plus gonflées, mais la gauche est encore dure et d’une consistance cartilagineuse. P. 60. — T. 37. 3
22 mai. — Le pouls est normal, ainsi que la température. A l’auscultation de la poitrine, nous ne trouvons plus rien d’anormal. — Lalangueest encore un peuchargée, mais l'appétit sem-* ble renaître.—La rougeur et le gonflement érysipélateux n'occupent plus que le menton, qui forme un relief luisant sur toute la face, qui maintenant, quoique gonflée aux points les plus maltraités par l’érysipèle, offre une teinte mate et est parsemée de croûtes desséchées en voie d’élimination.—L'’empàiement persiste dans la région pré-myloïdienne.
23 mai. — Même état. — Le gonflement des paupières à considérablement diminué.
24 mai.—Le masque érysipélateux a presque totalement disparu. — De nombreuses croûtes jaunâtres imbriquées les unes sur les autres recouvrent les régions sourcilières sur une hauteur de 2 à 3 centimètres, se prolongeant sur la racine du nez jusqu'à la partie moyenne de cet organe. — Quelques croûles isolées sont dispersées jusqu’à la pointe. — Sur la joue droite, on trouve un œdème inflammatoire accompagné de rougeur limitée en haut par le sillon palpébral inférieur, en dedans par le sillon naso-labial, la commissure des lèvres, le sillon labial inférieur ; en dehors ou en arrière, par le méplat
auriculaire qu’il déforme et le bord postérieur de la mâchoire inférieure; en bas, par le bord inférieur de la mâchoire. — Cette rougeur æœdémateuse est parsemée de croûtes jaunâtres, squameuses à leur surface et reposant à leur base sur une surface exulcérée.
25 mai. — La malade entre en convalescence.
9 juin. — La malade a conservé quelque temps sur tout le front, sur une partie des joues et sur la racine du nez, un masque de croûtes jaunes écailleuses qui se détachent les unes après les autres. — Mais elle se plaint d’une grande faiblesse dans les jambes, faiblesse plus considérable que d’ordinaire dans la convalescence des érysipèles. L’érysipèle a complétement disparu, il ne reste plus sur la face que quelques croûtes jaunâtres.