ŒDÈMES AIGUS DE LA PEAU
OBsERvATION [IT (Personnelle). — Tuberculisation pulmonaire. — Ramollissement cérébral apoplectiforme. — Sueurs localisées du côté paralisé. — Œdème simultané de la peau et du tissu cellulaire du même côté.
} SE 3» ans, blanchisseuse, est couchée depuis fort longtemps dans la salle Saint-Landry, n°5, à l'Hôtel-Dieu (service de M. Fauvel). Elle y est traitée pour une tuberculisation pulmonaire avancée. Au sommet droit du poumon existent de nombreuses cavernes; à gauche, il y a des phénomènes évidents de ramollissement. Le cœur est normal.
La malade, en proie à la diarrhée et à la fièvre hectique, était dans un état déjà très-avancé de cachexie tuberculeuse, lorsque le 16 mai, pendant la nuit, elle fut prise d’une attaque apoplectique et tomba hors de son lit du côté paralysé.
17 mai. — Sterteur, paralysie fasciale incomplète à gauche, le clignement est bien conservé, il y a déviation de la bouche à droite ; la malade fume la pipe à gauche. — Point de déviation conjuguée des yeux. Le bras et la jambe sont complétement paralysés du mouvement.
Pendant les huit jours suivants, la connaissance revint et la paralysie s’améliora légèrement, lorsque le 25 mai, à la visite du soir, je m’aperçus que le côté gauche de la face et du cou, c'est-à-dire le côté paralysé, étaient couverts d’une sueur abondante, perlant sur le tégument comme de la rosée. En même temps la peau était rouge et chaude, mais très-souple.
26 mai. — La sueur occupe le côté gauche de la face et du cou, comme hier, mais s’est en outre étendue (toujours à gauche) sur le devant de la poitrine, et sur le bras, l’avantbras et la main : la jambe est couverte d’une transpiration légère. , sh
27 mai. —Mème distribution de la sueur avec léer œdème des paupières et du coin gauche de la lèvre.
28.— Le cou, l'épaule, le bras sont œdématiés, mais la sueur a disparu. L’œdème occupe aussi bien la peau que le tissu cellulaire sous-cutané. Il dessine dans le derme comme de petites vergetures en réseau ou des îlots semblables au centre anémique des papules d’urticaire. Le doigt appuyé sur la peau laisse une trace profonde. Quand on prend un pli de la peau on voit s’exagérer les petits îlots blancs. Cet œdème n'est nullement douloureux.
Dans les trois jours qui suivent, rien de particulier à noter. L'œdème de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané reste stationnaire. Les sueurs n’ont pas reparu, la mort arrive dans cet état après deux semaines, pendant lesquelles l’œdème a persisté.
À l’autopsie, on trouve les lésions ordinaires de la phthisie chronique, le cœur sain, les artères notablement athéromateuses et un foyer de ramolissement dans la couche optique droite. Les nerfs périphériques n’ont pu être examinés. Les veines du membre supérieur et du cou n'étaient pas malades.
On peut rapprocher cette observation de la série de faits communiqués il y a quelque temps à la Société de biologie par M. À. Ollivier et ensuite par M. Baréty. Il est très-probable que l’œdème s’est produit dans ce cas sous l'influence d'une action neuroparalytique dépendante de la lésion encéphalique. Quoi qu’il en soit, on voit que cet æœdème primitif a été précédé d'une congestion intense de la peau qui a peutêtre amené l'hypersécrétion des glandes sudoripares et qui a
probablement été la cause principale de l'œdème, en l'absence de tout obstacle mécanique à la circulation du sang.
OBSERVATION IV. — Névralgie faciale avec œdème aigu de la peau et du tissu cellulaire des paupières. — Ecchymose spontanée consécutive. (Observation communiquée par M. le docteur Chouppe.)
Morissot (Claire), 52 ans, journalière, entre le 16 juillet 1873 salle Saint-Basile, n° 23, dans le service de M. H. Bourdon.
D'une santé faible et délicate, cette femme, autrefois bien règlée, vit, il y a quatre ans, ses règles se supprimer brusquement sans cause appréciable. En même temps survinrent des accès de migraine accompagnés de vomissements, accès auxquels elle est restée sujette depuis et qui s’accompagnaient chaque fois de palpitations de cœur très-violentes :
Elle entre à l'hôpital pour une névralgie de la branche ophthalmique droite qui durait depuis quinze jours. Les douleurs étaient surtout vives au-dessus du sourcil, au niveau du trou sous-orbitaire et aussi derrière la nuque; elles consistaient en battements et en élancements rendus plus douloureux quand la tête était maintenue renversée.
La peau et le tissu cellulaire sous-cutané de la paupière inférieure étaient æœdématiés notablement. Une rougeur vive, rappelant la couleur de la lymphangite ou de l’érysipèle pâle, couvrait le tégument ; l'œdème allait en décroissant sur la joue, où il se perdait insensiblement.
Le 17 juillet, depuis la veille et sans traitement, l’œdème a beaucoup diminué. Les urines sont examinées et ne contiennent pas d'albumine.
Les jours suivants, la tuméfaction œdémateuse disparut peu à peu avec des alternatives de recrudescence coïncidant avec deux ou trois poussées névralgiques. Le 2 août, tout avait disparu ; mais la paupière inférieure droite présentait une légère ecchymose irisée qui s’est effacée ensuite par dégradation régulière.
Rexaur. 43
à II.