VO D
Cazaux (Paul), employé, âgé de 57 ans, entré le 23 mai 1873 dans la salle Saint-Michel (hôpital de la Charité). Get homme s'était toujours bien porté, il est vigoureux et d’un grand embonpoint. Il y a trois ans, il aperçut sur son abdomen de petites nodosités. du volume d’une grosse lentille et siégeant dans le derme. Peu à peu ces nodosités se sont rapprochées, elle se sont fusionnées dans la région hypogastrique, où l'on voit aujourd’hui de petites traînées, dures à bords mousses, s’isolant faiblement du reste de la peau, et d’une largeur de 4 à 5 rnillimètres environ ; en même temps survenait l’enflure des jambes et des cuisses, et un jour il vit son prépuce et son gland s'œdématier ; cet œdème diminua après un traitement de quelques jours. — Bien que ses bras n'aient Jamais été enflés, il est géné dans son travail, c’est ce qui le décide à entrer à l’hôpital.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est l'énorme distension de l'abdomen, qui mesure plus d’un mêtre de circonférence. Lorsqu'on serre la peau de la paroi entre les doigts pour y faire un ph, celui-ci ne peut avoir moins de 6 centimètres d'épaisseur. Bien que par la percussion, on ne puisse pas produire la sensation de flot, on conclut cependantà l'existence d’un épanchement ascitique considérable: on trouve en effet dans les parties déclives une matité dont le niveau se déplace lorsque le malade change de position. Les cuisses, les jambes et les pieds sont exirêmement œdématiés, on trouve, en effet, les dimensions suivantes: à la cuisse, à l'union de son deux tiers supérieur avec les tiers inférieurs, 57 centimètres de circonférence; au-dessus de
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l'articulation du genou, 0"47; au niveau du mollet, 0,39; audessus de l’articulation tibio-taisienne, 0,26, et au cou-de-piéd 0,27. Cet œdème est dur, indolent et ne garde pas l'empreinte . du doigt, qui déprime à peine le derme, bien que la pression soit forte. La verge, le prépuce, le gland sont œdématiés ; le méat urinaire semble logé au fond d'un entonnoir.
Le pouls est régulier, mais on le trouve difficilement à cause de l'épaisseur du derme. La dyspnée est grande, ét à l’auscultation, on trouve une respiration fortement emphysémateuse accompagnée de râles sibilants. La respiration couvre les bruits du cœur, dont on ne peut constater l’état; il ne parait pas cependant y avoir de bruits de souffle.
L’appétit est bon, les digestions sont normales, les urines contiennent de l’albumine qu’on précipite par la chaleur et l'acide nitrique.
Cet état se maintient jusqu’au vendredi 16 mai; à la visite du matin nous netrouvons rien d’anomal, le malade demande un bain depieds qui lui est accordé sans difficulté, maïs vers midi, sans phénomènes prémonitoires, sans cause appréciable, le malade alors assis sur son lit, dit à ses voisins qu'il a le bras gauche paralysé, puis il s’affaisse sur le dos et perd connaissance; on lui applique alors 20 ventouses sèches sur la poitrine.
17 mai. — A la visite du matin, on trouve le malade dans le décubitus dorsal, et même un peu latéral droit; la face est vultueuse, cyanosée, et cette teinte est surtout prononcée sur les lèvrés, la langue et les paupières, qui sont closes. La commissure labiale est dérivée en dehors, le bras droit est encore doué de sensibilité et de mouvements quasi volontaires ; le bras gauche est insensible, élevé il retombe inerte ; les extrémités des doigts présentent une teinte cyanique ; la dyspnée est extrême ; il y a 44 respirations par minute, et cette respiration est stertoreuse, accompagnée de râles trachéaux ; les narines et la bouche sont largement ouvertes ; la face est recouverte d’une sueur froide. Non-seulement le malade ne répond pas aux questions, mais encore il ne parait pas les à droite 35,6.
à gauche 87,4.
Comme on ne peut faire de saignée à cause de l'épaisseur
entendre.— Pouls 140 ; temp.
du tégument, on prescrit 16 sangsues aux apophyses mastoïdes ; le malade meurt dans la journée.
Autopsie.— L'autopsie est faite le 18 mai, 24 heures après la mort. ‘
Cavité thoracique.— Les plèvres et les poumons sont dans leur état normal; le cœur très-hyperthophié, très-chargé de graisse, ne présente aucune insuffisance de ses orifices. Les parois du ventricule gauche sont très-hypertrophiées, aussi la cavité de ce ventricule, comparée au volume de l'organe, paraît-elle petite. — Cœur gauche. L'origine de l'aorte est le siége d’un grand nombre de plaques athéromateuses: les valvudes sigmoides ne présentent qu’une légère nodosité audessous du nodule normal d’Arantius. La valvule sigmoïde qui répond à l'artère coronaire postérieure est très-épaissie sur son bord adhérent, au niveau duquel on remarque, sur la partie moyenne de sa face externe, une plaque calcaire trèssaillante. — Cœur droit, rien à signaler.
Cavité péritonéale. — À l'ouverture dela cavité péritonéale, il s'écoule 5 ou 6 litres d'une sérosité citrine. Les parois de l'abdomen offrent, au-dessous de l'ombilic, un pannicule adipeux de 5 à 8 centimètres d'épaisseur; à ce niveau, le derme” offre 5 à 8 millimètres d'épaisseur.
Foie. — Le foie hypertrophié présente une surface granuleuse semblable à une peau de chagrin à gros grains. Sur une coupe, on voit les lobules jaunâtres séparés par des tractus gris ; il y a donc de la cirrhose hypertrophique. Sur un certain nombre de points la surface du foie est déprimée, et, à ce niveau, on trouve de petites indurations jaunes lenticulaires, au nombre de 3 ou 4, se confondant à la périphérie avec le parenchyme du foie.
Rate. — La rate est considérablement hypertrophiée; elle offre à sa surface des plaques laiteuses de périsplénite trèspetites, mais extrêmement confluentes. Ces plaques ne sont pas saillantes ; elles forment une arborisation sur laquelle, de distance en distance, on trouve des nodules de la grosseur d'un grain de millet ou de chenevis, de consistance et d'aspect analogues au cartilage hyalin. La rate mesure 16 centi- . mêtres suivant son grand diamètre et 11 centimètres de dehors en dedans : à la coupe, le parenchyme semble hépatisé et les
iravées du tissu conjonctif semblent hypertrophiées comme dans la cirrhose de ce dernier organe. La pulpe splénique est comme comprimée dans ces mailles; elle n’est point diffluente et ne se désagrège que faiblement par le râclage.
Reins. — Les reins n’ont point été examinés.
Intestins. — L'épiploon et le mésentère sont chargés de graisse et mesurent environ de 1 à 2 centimètres d'épaisseur. — L'intestin, ouvert dans toute sa longueur, ne présente rien d'anormal.
Boîte crânienne. — Les téguments du crâne sont injectés de sang et, en enlevant la voûte du crâne, il s'écoule environ 1 tre de sang noir, épais, qui semble venir de la base du cerveau et du canal rachidien. En incisant la dure-mère qui paraît plus épaisse et plus dure qu’à l’état normal, on voit s’écouler de nouveaux flots de sang. Toutes les méninges sont injectées et, au niveau des lobes frontaux et occipitaux, surtout sur la partie latérale de ces lobes, on trouve des ecchymoses assez semblables à celles qui proviennent de la con-
gestion hypostatique. — Rien à noter à la surface des hémisphères.
Cerveau. — On ne trouve rien d'anormal dans l'hémi-
sphère gauche, rien dans la protubérance, le bulbe et le cervelet. Mais au contraire, lorsqu'on fait sur l'hémisphère droit une coupe qui permette de découvrir le centre ovale de Vieussens, on tombe dans une énorme cavité qui occupe presque tout l'hémisphère. Cette cavité est pleine de caillots mous, d'une couleur gelée de groseille, son volume peut être comparé à celui du poing fermé d'un enfant de 10 ans, eten haut et latéralement elle est à peine séparée de la surface des hémisphères par une paroi de 1" à 1""° 50 d'épaisseur. On voit facilement que cette poche ou foyer hémorrhagique occupe la place du ventricule latéral droit et qu'elle envahit les tissus environnants; en effet lorsqu’après l'enlèvement des caillots on place l'hémisphère dans l’eau, on voit les parois “échiquetées de la poche flotter à la surface et dessiner des anfractuosités remplies de caillots adhérents. — La couche optique parait épargnée, mais la partie antérieure du corps strié est à peu près détruite, on remarque à ce niveau une encoche de 3 1/2 à 4 centimètres. — Les parois du foyer sont
un peu ramollies et jaunâtres jusqu'à une profondeurde5 millim., mais au niveau du corps strié on trouve un ramollissement jaunâtre de 2 à 2 c. 1/2 de profondeur.
Lymphatiques.-— Les ganglions mésentériques et ceux du pli de l’aine ne sont pas hypertrophiés.
Téguments. — Les téguments de l'abdomen sont nota-
blement hypertrophiés. Le derme offre en moyenne 5 millim. d'épaisseur, et par place jusqu’à 1 centimètre.— Le pannicule adipeux qui double les téguments au-dessous de lombilic près de laligne médiane, mesure de5 à 8 cent. — On pousse avec la seringue de Pravaz remplie de bleu de Prusse soluble, une injection hypodermique äans le voisinage des traînées noueuses observées au-dessous de l’ombilic ; on voit alors le liquide injecté pénétrer peu à peu jusqu’au nouures sans aucune suffusion, et chasser devant lui le liquide dont il prend la place : sur tousles points où une semblable injection est pratiquée, le résultat est le même.
OsservarTionN VI (Communiquée par M. le professeur Charcot). — Carcinome du sein.— Généralisation.— Œdème éléphantiasique du membre supérieur correspondant.
Coulon (Julie), âgée de 74 ans, entre à l'infirmerie de la Salpêtrière le 15 février 18792.
Il y à cinq ans, cette femme a commencé à s’apercevoir d'une petite tumeur de la grosseur d'une noisette siégeant sur le mamelon droit. Celle-ci resta indolente pendant deux années, après quoi elle devint le siége de douleurs lancinantes. Depuis deux ans les ganglions axillaires droits sont engorgés, et il y a six mois le bras du même côté a commencé à augmenter de volume. La tumeur du sein a déjà donné lieu à de nombreuses hémorrhagies,
État actuel. — On trouve au niveau du sein trois ou quatre grosses tumeurs pédiculées assez largement, l’une est grosse comme le poing, deux ou trois autres n'atteignent que le volume d'un œuf de pigeon. Une dernière, plus petite, est placée au-dessous de l'insertion sternale du sterno-mastoidien.
Au-dessous de la tumeur on voit une large ulcération à
paroi végétante s'étendant jusque sous l’aisselle, au niveau des ganglions, qui eux-mêmes sont pris et indurés.
Le bras à commencé par devenir rouge avant de se tuméfier, et des douleurs se sent produites le long du trajet des nerfs à la partie interne du bras en dedans du biceps; puis le membre a augmenté de volume et la peau s’est épaissie progressivement. Aujourd'hui (20 septembre), l'œdème s'étend de l'insertion inférieure du deltoïde jusqu’à la main qui est elle-même enflée; les doigts présentent l'aspect d'un cône dont la base reposerait sur une masse globuleuse qui serait la main. Les plis du poignet sont profonds, la peau est rouge, couverte par places de desquamations épidermiques.
L'hypertrophie réside surtout dans le derme qui offre une grande résistance au doigt, se déprime avec peine et ne conserve pas d'empreinte. Au niveau du pli du coude existe un sillon très-profond de chaque côté duquel le derme hypertrophié forme deux énormes saillies en bourrelet. En outre un grand nombre de plis transversaux profonds sillonnent la partie interne du bras, qui est aussi la plus douloureuse à la pression, surtout au niveau du trajet probable des nerfs. Les dimensions du membre hypertrophié sont les suivantes :