‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 32 sur 35 · ŒDÈME ÉLÉPHANTIASIQUE DE LA PEAU, FORME VERRUQUEUSE · texte numérisé non relu

ŒDÈME ÉLÉPHANTIASIQUE DE LA PEAU, FORME VERRUQUEUSE

Ogservarion VII.

Dulud, âgée de 63 ans, marchande à la halle, entre le 2 juillet 1873 à la Charité, dans le service de M. Pidoux, suppléé par M. Cornil, salle Saint-Vincent, n° 21.

Cette femme grande, forte, très-grasse, raconte qu'elle n'a Jamais fait de grande maladie, mais que depuis trois ou quatre ans elle s’essouffle facilement et éprouve de violentes palpitations de cœur. Successivement ses jambes se sont enflées, puis sont devenues dures et rugueuses. Actuellement, l'œdème occupe les cuisses et les jambes ; il est dur, et a envahi la peau, qui est épaissie considérablement ainsi que le tissu adipeux sous-cutané. Dans le tiers inférieur des deux Jambes, le tégument présente une coloration d’un rouge vineux; sa surface est mamelonnée, sillonnée de plis dans l'intervalle desquels on voit des saillies papillaires tubéreuses qui donnent à la peau un aspect villeux. Chacune de ces papilles est coiffée d’une sorte de chapeau d’épiderme corné, d'un gris sale, Les malléoles sont effacées par la tuméfaction, toute la face d’orsale du pied et les orteils eux-mêmes sont

déformés, couverts de saillies mamelonnées.' Il en résulte un effacement partiel de la courbure articulaire, et tout le membre a pris cette forme massive, sans indication de jointure à l'union de la jambe et du pied, qu’on a décrite comme caractéristique de l’éléphantiasis. Çà et là sur le membre tuméfié s'observent des ulcérations plus ou moins profondes taillées à pic. On ne sent pas sous la peau de paquets variqueux et il n'y a pas de varices appréciables des vaisseaux du derme.

La malade a actuellement la face cyanosée, les lèvres bleuâtres, elle respire avec une difficulté extrême, l’auscultation des poumons révèle une congestion passive de ces organes avec œdème des deux bases, prononcé surtout à droite où l’on constate de la matité en arrière. L’œdème remonte le long des parois du ventre, volumineux et contenant un peu de liquide, à ce niveau la peau est très-œdémateuse. Les râles sibilants et bullaires masquent les bruits du cœur, qui est très-gros et bat irrégulièrement ainsi que le pouls, petit, intermittent. — Saignée de 500 grammes , suivie d'une légère amélioration et d’une notable diminution de la dyspnée.

Mais peu à peu, malgré une nouvelle saignée, malgré la digitale et Îles toniques administrés successivement, l'œdème pulmonaire augmenta sans cesse, l’expectoration devint abondante, une suffocation permanente s'établit, avec subdélirium, et l'asystolie se prononçant de plus en plus, la mort survint le 4août.

À l'aulopsie, 24 heures après la mort, on trouve les deux poumons adhérents aux plèvres, mais beaucoup plus à droite, où le poumon ne peut être détaché qu'avec la plus grande peine, car il adhère à la fois au péricarde, au diaphragme el à la paroi costale. Les poumons sont emphysémateux et æœdématiés aux bases ; les artères pulmonaires sont très-athéromateuses, ‘et couvertes sur plusieurs points de plaques calcaires. Le cœur est volumineux, graisseux, adhérent au péricarde, surtout sur son bord droit. La pointe est libre. À la surface du péricarde adhérent on rencontre un grand nombre de plaques de consistance cartilagineuse, dont une atteint les dimensions d’une pièce de 2 francs, et qui sont le résidu d'anciennes péricardites. Tous les orifices du cœur gauche

sont incrustés de plaques calcaires et à la fois insuffisants et rétrécis.

Les reins sont hypérémiés, graisseux, le foie très-volumineux, atteint de dégénérescence graisseuse à la périphérie des lobules.

Rien à noter dans l'intestin. Mais toutes les anses intestinales sont fixées. dans leur posilion par des adhérences des feuillets du mésentère les uns avec les autres ; il existe pour ainsi dire une symphyse péritonéale.

La peau des membres inférieurs est œdémateuse aux cuisses, à la jambe ; au niveau des îlots éléphantiasiques, elle est dure, crie sous le scalpel, et atteint une épaisseur de plus d’un centimètre. Sur une section, on voit une multitude de trous béants. Une coupe de la peau examinée au microscope, montre les particularités suivantes : La couche cornée de l'épiderme est très-épaisse, les papilles ont pris un développement considérable ; elles sont composées de tissu conjonctif jeune, et à leur base de cellules embryonnaires formant des îlots (foyers globulaires de Van Lair)'. L’épaississement des faisceaux conjonctifs du derme au-dessous des papilles est considérable, etioute la peau est infiltrée de cellules embryonnaires. Le tissu adipeux sous-cutané présente les lésions déjà décrites comme caractéristiques de son in‘lammation chronique; il est dur, comme solidifié et présente une épaisseur de 2 centimètres et demi à 3 centimètres.

Tous les vaisseaux sanguins du derme sont considérablement dilatés , comme creusés au milieu du tissu fibreux. Les capillaires Ijmphatiques se montrent sous la forme de larges lacunes béantes. C’est à ces diverses dilatations vasculaires que sont dus les trous visibles à l'œil nu sur une section de la peau.

Les ganglions du triangle de Scarpa sont augmentés de volume, durs, fibreux. En les piquant, on n'arrive à injecter cue difficilement les lymphatiques voisins; ces derniers ne paraissent pas dilatés.

Cette forme verruqueuse est tout à fait analogue à celle dé-

{ Van Lair, Recherches anatomiques sur l'éléphiantiasis des Arabes (in Bullet. de l'Acad. royale de médecine de Belgique, t. V, ge série, ns 8.)

crite par Virchow, et étudiée depuis par M. Van Lair, dans son travail sur l’éléphantiasis des Arabes ; elle rentre égaiement dans la variété d’éléphantiasis décrite par M, Hardy, sous le nom de lichen hypertrophique, et dont on peut voir de beaux spécimens au musée de l'hôpital Saint-Louis. Dans ces cas, l’irritation amenée par la prolongation de l’œdème a donné lieu à la production d'un véritable papillôme de ia peau. Ce résultat n’a d’ailleurs rien de spécial et peut être amené par toute espèce d'irritation chronique et superficiel siégeant à la surface du tégument.

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