‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 5 sur 35 · SAR · texte numérisé non relu

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valvules, remplis de bleu de Prusse, et se rendant aux ganglions correspondants.

La portée de cette expérience très-simple, faite pour la première fois par M. Ranvier, est considérable. Elle démontre en effet qu’en piquant un point quelconque de la superficie du chorion on injecte un système capillaire arborisé communiquant avec les gros troncs lymphatiques. Dans les tissus fibreux, tout aussi bien que dans le tissu cellulaire lâche, les mailles du tissu conjonctif communiquent donc librement avec les vaisseaux absorbants.

Les expériences bien connues de V. Recklinghausen sur les cellules migratrices du tissu conjonctif avaient du reste fourni déjà à cette conception des arguments importants. Mais c’est surtout aux recherches récentes de M. Ranvier que nous devons les notions les plus exactes sur l’origine des lymphatiques et leurs rapports avec les mailles du tissu conjonctif. En instituant la méthode des injections interstitielles, en montrant les orifices de communication des lymphatiques de la face supérieure du diaphragme avec la grande séreuse péritonéale, il a éclairé considérablement, dans ces derniers . temps, cette question controversée. On n'ignorait pas, depuis assez longtemps déjà, que les capillaires lymphatiques sont dépourvus de paroi proprement dite, et caractérisés simplement par un endothélium continu, à bords crénelés et ondulés à la manière des feuilles de chêne; à l’aide des injections faites au nitrate d'argent, il est facile de mettre en évidence cette disposition, notamment dans les lymphatiques de l'intestin. Dans la peau et dans tous les tissus fibreux, l'étude des capillaires lymphatiques semble au premier abord plus difficile. C’est cependant sur ces points que les connexions qu'ils présentent avec les mailles du tissu conjonctif sont les plus évidentes et où leur disposition tout à fait caractéristique permet de les mieux reconnaître.

Si, après avoir fait dans la peau une injection interstitielle de bleu de Prusse, on pratique dans cette dernière des sections un peu épaisses et qu'on monte ensuite la pièce dans le baume du Canada pour rendre la préparation transparente, on obtient une bonne image de la distribution des capillaires lymphatiques dans la peau. On les voit former de larges troncs

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irrégulièrement renflés et dont les bords sont limités par des lignes anguleuses ; d'une manière générale, le réseau le plus superficiel formé par ces vaisseaux est sensiblement infé- . rieur aux papilles et aux capillaires sanguins qui s’y distribuent; quelques rares ramuscules s’en rapprochent cependant, mais l'ensemble du réseau superficiel paraît plutôt intermédiaire au lacis supérieur des vaisseaux sanguins d’où partent les anses destinées aux papilles et au réseau profond à larges mailles qui se distribue autour des glandes de la peau. g

La structure de ces capillaires lymphatiques est extrêmement simple. Il suffit pour la démontrer de pratiquer sur la peau injectée au bleu et convenablement durcie, des coupes minces intéressant seulement les limites de l'injection. On se met ainsi à l'abri de toute objection sérieuse, comme nous le verrons tout à l'heure.

Si la section a élé faite perpendiculairement à la direction des faisceaux de tissu conjonctif du derme, le capillaire lymphatique parait comme une lacune anguleuse exactement limitée par le contour de ces faisceaux, et dans laquelle a pénétré l'injection. On a sous les yeux un espace plasmatique gigantesque, formé par le simple écartement des fibres conjonctives, et cette cavité comme creusée dans le tissu cellulaire n’est limitée que par un réseau élastique très-délicat et serré qui revêt les saillies et les dépressions formées par les faisceaux écartés ‘. Mais ces fentes étoilées se distinguent des espaces stellaires compris entre les faisceaux conjonctifs du derme par la présence d’une couche continue d’endothélium, caractéristique des canaux lymphatiques. Cet endothéllum est constitué par des cellules plates qui se moulent sur toutes les saïllies et anfractuosités de la lacune, et qui présentent un gros noyau vésiculeux nucléolé. Ce noyau, en se gonflant considérablement sous l'influence des réactifs, fait saillie sur le côté libre de la cellule, de telle sorte que la coupe d’un capillaire lymphatique paraît à un faible grossissement comme bordée à l'intérieur par une rangée de petites perles. (P/. XI, fig. 2.)

1 Voy. les leçons de Ranvier, publiées dans le Mouvement médical, 1875.

I! est impossible de confondre les espaces capillaires que nous venons de décrire avec les espaces ordinaires du tissu conjonctif tapissés par les cellules plates découvertes par M. Ranvier, cellules dont les noyaux sont à l’état normal beaucoup moins volumineux, se gonflant beaucoup moins facilement et se colorant beaucoup plus par le carmin que les endothéliums lymphatiques. Dansles fentes que nous venons de décrire on trouve en outre presque constamment des cellules endothéliales desquamées qui se montrent sous forme de. vastes plaques irrégulières, à bords dentelés, avec un noyau faisant saillie sur le côté et qui se plissent comme des étoffes. Sur la peau injectée, dans les points où la matière colorante a pénétré moins complétement, on retrouve cette bordure endothéliale à la périphérie de la lacune.

Cette disposition anatomique des capillaires lymphatiques est surtout visible quand, par suite de certaines lésions de la peau, les lacunes ont pris un développement parfois considérable. C’est à cet état de dilatation que. je les ai décrites en 1872, sons le nom de lacs ou lacunes lymphatiques du derme; mais elles existent dans tousles tissus fibreux avec les caractères que je viens de leur assigner; elles ne sont difficiles à distinguer dans la peau saine et sans injection préalable que parce qu’elles s’aplatissent sous l'influence du réseau élastique qui les borde et qui les efface en revenant sur lui-même ; mais on voit qu’il est impossible de les confondre avec les capillaires sanguins vides à cause de l'absence de paroi propre et avec les espaces stellaines du tissu fibreux, à cause de la présence d’un revêtement endothélial caractéristique et continu.

Les lymphatiques profonds de la peau appartiennent au contraire à la catégorie des gros troncs lymphatiques, et pos-

{ Young avait déjà vu que la couche superficielle du chorion renferme des lympathiques, mais il avait admis à tort qu'ils accompagnent et peut-être même entourent les vaisseaux sanguins. Il décrivait l'endothélium caractéris-. tique et la couche du tissu fbrillaire sur laquelle il repose, mais il ne vit. nullement que ces canaux sont creusés dans le tissu conjonctif de manière à constituer de véritables espaces lymphatiques en forme de lacunes. (Young, zur Anatomie der œdematæsen Haut.— Sur l'anatomie de l'œdème de la peau. Wiener, Acad. Ditzungber, LVII, p. 951, 1868.)

sèdent une paroi propre formée par du tissu conjonctif et des fibres musculaires lisses qui s’entrecroisent dans tous les sens. Il résulte de là que leur section paraît circulaire quand ils sont remplis par une injection ou par du pus; mais, comme tous les Ilymphatiques de l’économie, ils se confondent insensiblement à leur périphérie avec le tissu conjonctifou adipeux avoisinant au milieu duquel ils paraissent simplement creusés. Les plus gros troncs lymphatiques, du reste, et le canal thoracique lui-même n’échappent point à cette loi. Ce fait, nous le verrons plus tard, est d’une importance très-grande pour l'explication de certaines lésions des vaisseaux lymphatiques qu’on rencontre fréquemment dans l’érysipèle et l’œdème. Il n'était donc pas inutile de le constater ici.

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