‹ L'Érysipèle et des œdèmes de la peauChapitre 6 sur 35 · CHapitRE |]. — De l’état de la peau dans l'érysipèle · texte numérisé non relu

CHapitRE |]. — De l’état de la peau dans l'érysipèle

& Ier. — Historique.

L'anatomie pathologique de l’érysipèle n’a commencé à être véritablement étudiée que dans ces cinq dernières années. — Jusque-là de nombreuses hypothèses avaient été, à la vérité, formulées- au sujet de la nature probable de cette affection; mais leurs auteurs, disposant de moyens imparfaits d'investigation anatomique, n’ont pu fournir le plus souvent, à l'appui de leurs théories, que des preuves indirectes ou même de simples arguments plus ou moins plausibles. C'est ainsi que Sanson et son école étaient arrivés à distinguer deux sortes d’érysipèles : l’un veineux, l'autre lymphatique, et que Blandin admettait l'existence constante dans cette affection cutanée de deux facteurs anatomiques principaux; le

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premier, la lymphangite, prédominant dans l'érysipèle traumatique, le second la culite, prédominant dans l’érysipèle spontané. Cette conception de Blandin, toute hypothétique qu'elle fût au moment où elle a été formulée, et tout exagérée qu’elle soit dans sa division dichotomique, se rapproche, on le verra, singulièrement de la vérité.

Je n’entreprendrai pas de faire ici l’histoire de toutes les autres théories anatomiques de l’érysipèle; il suffira de dire que les uns, avec Ribes, Copland, Cruveilhier, persuadés que toute inflammation était une phlébite capillaire, faisaient jouer à cette dernière le rôle capital dans l’érysipèle. Les autres, et récemment encore M. Arm. Desprès ‘, n’admettaient pas que le siége des lésions de l’érysipèle pût être placé ailleurs que dans le réseau lymphatique de la peau.

C'est à M. Vulpian que revient l’honneur d’avoir fait entrer enfin l'anatomie pathologique de l’érysipèle dans une voie véritablement scientifique. Dans une très-courte note publiée en mars 1868 ° il annonça que, contrairement à l'opinion des auteurs classiques, il n’y a pas seulement dans l’érysipèle une simple congestion du derme accompagnée d’exsudation séreuse, mais que la peau renferme en outre un grand nombre de globules blancs disséminés irrégulièrement, sans tendance aucune à suivre le trajet des vaisseaux sanguins hyperplasiés.

Cette importante observation avait déjà paru depuis près de six mois, lorsque MM. Volkmann et Steudner ayant observé à Halle un certain nombre d’érysipèles dont plusieurs furent mortels, publièrent dans le Centralblatt* le résultat de leurs recherches histologiques, et le formulèrent de la manière suivante.

. C'est une infiltration de globules blancs dans le derme qui . constitue pour MM. Volkmann et Steudner la lésion caractéristique de l’érysipèle. Ils ont pris soin de spécifier qu’il n'existe aucune trace évidente de multiplication dans les cellules fixes du tissu conjonctif, et que ces éléments présentent simplement un peu de tuméfaction granuleuse. Cette infiltra-

! Traité do l'érysipèle, 1862.

2 Archives de physiologie, 1868.

3 Zur pathol. Anat. der Erysipelas. Centralblatt, 15 août 1868.

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ton commence le long des vaisseaux, et de là pénètre dans tous les sens jusque dans les parties les plus profondes de la peau, où l'on voit les globules blancs s’interposer entre les vésicules adipeuses. Enfin, dans les parties superficielles du derme, les troncs lymphatiques s’entourent ou se remplissent de cellules migratrices.

En résumé, MM. Volkmann et Steudner admettent qu'il se produit dans l’érysipèle une inflammation très- passagère, bien que très-profonde, et ne différant du phlegmon qu’en ce qu'elle ne détermine pas la fonte de la substance intercellulaire du tissu conjonctif. Dans cet ordre d'idées, l’inflammation serait, on le voit, caractérisée simplement par l'issue des globules blancs hors des vaisseaux et leur infiltration dans le tissu du derme. Cette conclusion découlait naturellement, à l’époque où elle fut formulée, de la théorie nouvelle de Cohnheim, qui refusait à la prolifération des cellules fixes toute participation dans les phénomènes inflammatoires. Des travaux plus récents sur la question ont amené au contraire la majorité des histologistes à considérer la prolifération des cellules plates du tissu conjonctif comme l’un des termes les plus importants du processus inflammatoire, et je pense qu’en particulier pour le derme, c’est dans la multiplication même des éléments cellulaires fixes qu’il faut chercher la caractéristique de l’inflammation véritable de cette membrane, car tout œdème de la peau s'accompagne d’une infiltration souvent considérable de globules blancs.

Depuis la publication de MM. Volkmann et Steudner jusqu’au mois de mars dernier, on n’ajouta que fort peu de chose à l'étude anatomique de l’érysipèle. Cependant peu après que j'eus décrit dans l’œdème lymphatique de vasies lacunes tapissées d’un épithélium particulier et distendues par lalymphe, lacunes que je considérais comme des capillaires Iymphatiques’, M. Liouville annonca à la Société de biologie qu'il avait trouvé dans la peau érysipélateuse ces mêmes lacunes pleines de pus?. Plus tard, M. Cadiat* dit avoir trouvé de son

1 C. rend. Soc. biolog. 11 mai et 8 juin 1872.

+ H. Liouville, sur l'Etude des lymphatiques dans l’érysipèle. Juillet 1872.

5 Examen histologique des lymphatiques dans l'érysipèle. Soc. anat.; 14 février 1873, p. 184.

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