ÉTUDE CLINIQUE
Invasion. — [es symptômes prémonitoires de cette période ont généralement échappé à notre observation, et la fièvre avec état saburral marquait le plus souvent le début de l'affection.
Rarement de violents frissons, mais une température montant d'emblée à 3923 et 40°.
L'adénopathie sous-maxillaire, signalée par les auteurs comme presque constante, manquait souvent ou était très légère.
Période d'état. — La plaque érysipélateuse a débuté dans tous les cas, sauf deux, des fosses nasales, à l'angle interne de l'œil, la porte d'entrée siégeant sur la pituitaire ; deux fois seulement par la langue et le pharynx (obs. XVIIL et XX).
L'extension de la plaque se fit rapidement et l'aspect conforme aux descriptions classiques.
Dans deux ou trois cas, on observa des phlyctènes, qui ne devinrent jamais puriformes ni sanguinolentes.
Les cas (VIT, XI) ont présenté le type d'érysipèle
fleuri : tuméfaction énorme de la tête, aspect hideux et méconnaissable.
La desquamation n'offrit rien de remarquable.
Fièvre. — Le début s'est toujours fait d'une façon
brusque et violente, le maximum étant presque toujours atteint à la première observation thermométrique.
M. Merz a relevé quelques types de fièvre érysipé-
lateuse :
&@ 1% Ÿype: — Maximum de température atteint presque d'emblée ef au plus tard le second jour ; donc ascension très brusque, période d'état avec des oscillations rémittentes de faible amplitude, quelques dixièmes à un degré; — défervescence lente, avec grandes oscillations descendantes. (OBS VIE NIILEX, XI XVI -#Pyperobsesvé
dans les cas graves — défervescence brusque (Obs. ITT).
« 2° lype. — Ascension brusque; période d'état
assez courte, 4 à 6 jours, avec oscillations de grande amplitude, un degré et demi à deux.
« Défervescence brusque. (Obs. V, VI, IX, XI, XIV, XX). Type de la plupart des cas moyens.
« 3° type. — Période d'état presque nulle.
« Défervescence par oscillations, ou rapide, commençant aussitôt. (Obs. I,.IV,: XII, XV, XVI, XVIII, XIX). Type des cas légers.
« Je n'ai pas rencontré le type décrit par M. Sorel,
= pe
« et caractérisé par de grandes oscillations, s'accom- « pagnant d’apyrexie le matin.
« La durée de la période d'état a été cinq fois de « 1 à 2 jours, Cinq fois de 4 à 5, déux' fois de 6 à" 7, « trois fois de 9 à 10, deux fois de 12 jours et une « fois de 18.
« Le maximum thermique observé a été de 40°9. »
Formes :
D'après l'état général. — Chez deux malades (obs. IT, XVIT), nous avons observé un véritable état typhoïde forme adynamique. Comime il n'y avait pas de mauvais état général antérieur, cet état ne peut s'expliquer que par la durée de l'affection, l'intensité des phénomènes généraux, et probablement la virulence extrême di microbe pathogène.
D'après l'exlension de la plaque. — La variété observée le plus souvent a été la forme serpigineuse.
Chez quatre malades, l'érysipèle a pris la forme ambulante, envahissant la face, le cuir chevelu, le cou, le dos, l'abdomen, le thorax (obs. IT), et même les bras (obs. II, XIE, s'étendant aux avant-bras, aux cuisses et aux jambes, ne s'arrêtant qu'aux poignets et aux chevilles (obs. XVIT).
D'après l'évolution de la plaque. Suppuralions. — Dans l'observation VIT, au déclin de l'éruption, de petits abcès disséminés se sont montrés sur le cuir chevelu ; puis huit jours après la défervescence, deux volumineux abcès se sont développés dans la région
parotidienne droite et au cou à gauche; la fièvre de suppuration a persisté pendant huit jours.
Nous avons pensé avec M. Widal (1) que ces abcès témoignaient dune grande virulence du microbe.
Rechule. — Nous n'avons noté qu'un seul cas de rechute (obs. IX) après une première atteinte excessivement légère, s'accompagnant de tuméfaction considérable et persistante des paupières.
Aucun des malades en traitement n'était sujet aux érysipèles à répétition.
Erysipèle interne. — Siomatite. — Dans son manuel de pathologie interne, Dieulafoy (2) dit « la bouche est rarement envahie, ou du moins elle n'est qu'affleuré par l'érysipèle »; l'observation XVIII nous a donné un cas très net, limité au pharynx et à la cavité buccale, avec tuméfaction rougeâtre, douloureuse ct très intense de la face interne des joues, et principalement de la langue, qui dans la suite s'est complètement dépouillée.
Erysipèle pharyngé primitif. — Un malade (Obs. XX), traité à l'hôpital et convalescent de fièvre typhoïde très grave depuis plus de trois mois, est atteint brusquement de frissons, fièvre très vive, avec tuméfaction des ganglions sous-maxillaires et des amygdales ; la propagation de l'inflammation à la face, en suivant la trompe d'Eustache et le conduit auditif
(1) Widal. Thèse Paris 1888. Etude sur l'infection puerpérale. (2) Dieulafoy. Manuel de pathologie interne.
droits, est venue éclairer le diagnostic de cette angine, qu'aucun autre signe clinique n'eut permis de rattacher à l'érysipèle.
Erysipèle de l'intestin. — Au cours de l'érysipèle, comme dans certaines autres infections aiguës, on observe assez fréquemment des troubles gastro-intestinaux, vomissements et diarrhées, mais les ulcérations intectinales avec hémorrhagies abondantes sont signalées comme exceptionnelles. Dans l'observation TI (érysipèle ambulant, étendu au tronc et à l'abdomen), nous avons observé une femaine après la défervescence tous les symptômes d'une violente entérite inflammatoire et ulcérative : météorisme, douleurs vives, diarrhée abondante. avec des hémorrhagies intestinales considérables et répétées qui ont semblé mettre la vie du malade en danger, et une fièvre intense et inégale, qui a duré 10 jours.
Cette complication est Ja plus sérieuse que M. Merz eut à traiter.
Aussi nous a-t-1l paru digne d'intérêt de passer en revue les différents travaux qui ont paru à de rares époques sur Ja question du mécanisme de ces ulcérations. L'étude la plus complète qui ait été publiée anciennement sur les ulceérations intestinales dans l'érysipèle cutané nous paraît due à F. Juéry (x). Ses recherches ont porté sur des ulcérations constatées à l'autopsie.
(1) Juéry. Thèse Paris, janvier 1887.
s AE
RS
Juéry divise ainsi les explications données jusqu'alors Sur la pathogénie de ces ulcérations et que nous résumons : |
1° Doctrine de la progression, ou propagation :
L'érysipèle limité primitivement à la face, s'est étendu, a progressé, a gagné de proche en proche la muqueuse intestinale et a déterminé ainsi de nouvelles manifestations morbides qui ne sont que l'expression du nouveau siège de la maladie ; mais « par l’examen « microscopique la lésion spécifique s'arrêtait dans la « partie supérieure de l'æsophage, on ne saisit plus la « continuité de l'inflammation ; il faudrait donc « admettre, comme le disent Maurice Raynaud et « Behier, que la maladie passe par dessus une cer- « taine étendue de la muqueuse saine pour se porter « Sur un point plus éloigné (1) ».
Anatomiquement nous concluons avec Juéry au rejet de l'érysipèle interne par propagation.
2° Doctrine de la métastase :
Pour les anciens, dans le cours d'une affection locale ou générale, une altération, une manifestation pathologique nouvelle se montrant du côté d'un organe jusque là sain, c'était le transport matériel de la substance morbide qui lui donnait naissance: dans l’espèce la substance érysipélateuse, transportée de la face, se fixait dans l'intestin et y produisait des manifestations en rapport avec la région atteinte : c'était un effet de mélastase.
(1) Juéry. Loc. cit.
torse
3 Doctrine de la suppléance :
Petitbien (1) admet que la congestion intestinale dépend dans une certaine mesure de la suppression du rôle physiologique de la peau, se basant sur cette observation de Jaccoud (une malade est atteinte de variole, les pustules s'affaissent, disparaissent, le jour même la malade est prise d'une diarrhée si intense que rien ne l’arrêta et que la mort survint.….). Jaccoud
admet que, lors de l'affaissement des pustules, au moment où elles devaient suppurer, il y a eu détermination du côté du gros intestin, au dépens duquel s'est faite l'évacuation morbide qui avait dû avoir lieu par la surface tégumentaire.
Sans nier le fait de suppléance, le rôle d'auxiliaire qu'un appareil peut exercer à l'endroit d'un autre, sans nier les relations pathologiques des aflections de la peau avec les voies digestives, Juéry (2) croit qu'il faut motif à de telles déterminations, et tel ne serait pas le cas, en présence d’érysipèle cutané avec ulcérations intestinales.
4° Doctrine de la sympathie:
Dupuvytren, le premier, en 1832, observa «que chez « les individus morts à la suite de brülures étendues, « superficielles, ne dépassant pas le 2° degré, on « constatait du coté de la muqueuse digestive suivant « la période à laquelle les blessés avaient succombe : « soit les preuves d'une violente congestion de la
(1) Petitbien. Th. Paris, 1883.
(2): Juéry Loc ci