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brûlante ; on pouvait cependant arriver à percevoir une légère fluctuation. Le malade respirait difficilement, la phonation était considérablement gènée, et la déglutition ne. permettait que le passage des liquides. -
En présence de la marche rapide de cet adéno-phlegmon, dont le diagnostic s'imposait, l'intervention chirurgicale était indiquée; elle fut faite aussitôt et une large incision donna issue à une certaine abondance de pus fétide, mal lié. Après lavage, irrigation intense et prolongée, on laissa un drain dans la plaie; la suppuration se fit encore quelques jours, les irrigations étaient quotidiennes ; puis la résolution se fit et le ma-
lade entra en convalescence.
Si nous parlons de cet adéno-phlegmon, qui en somme est banal, c'est surtout à cause de son etiologie, qui nous parut curieuse à élucider, car nous étions en ce moment en pleine épidémie streptococcique.
Nous avons dit que notre malade était marié ; il avait aussi trois enfants, dont l'aîné avait 7 ans environ. Or deux mois avant que M. M...., ne fut atteint de son phlegmon, Mme M...., à la fin de novembre fut prise de la scarlatine, qui sévissait alors dans la population civile de Gap.
Elle entrait à peine en convalescence que l'aîné des enfants subit la contagion et contracta la maladie quelques temps après ce fut le tour du second des enfants qui était une fille. Seul, le plus jeune garçon, âgé d’un peu plus de trois ans, échappa à la contagion ; cependant vers la fin de mars, alors que tout était rentré dans l’ordre dans sa famille, on vit se dévelop-
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per chez cet enfant une adénite cervicale qui d'abord du volume d’une noisette atteint rapidement la grosseur de la noix; l'enfant avait toujours été bien portant jusque-là ; point de traces de strume chez lui; on était inquiet, qu'allait-il advenir? Allait-on avoir à traiter un adéno-phlegmon comme chez le père? Heureusement, la tumeur disparut d'elle-même peu à peu, et finit par se résorber entièrement. sans qu'il y eut besoin d'un topique quelconque ou d'un traitement interne prolongé. Rechercher l'origine de cette adénite n'entre point dans le cadre de notre étude, mais le fait est curieux de cet enfant, entouré de scarlatineux, et qui très sain lui-même, ne voit seulement sa santé troublée que par une adénite cervicale qui se résorbe d'ellemême, sansintervention; lecas nous a paru digne d’être noté.
Mais revenons au père de cet enfant: pendant leur période de desquamation, les deux ainés prenaient leurs jeux dans le cabinet de travail de leur père, et nécessairement 1ls touchaient aux livres, papiers, ustensiles de bureau. Or, tous les auteurs Dieulafoy (1) entre autres, incriminent à juste titre, les papiers, les lettres, les livres, comme moyens de dissémination des poussières de la desquamation dans la scarlatine.
Grasset de Riom rapporte ceci : « une fillette étant « atteinte de la scarlatine, les parents recueillirent des « lambeaux épidermiques de desquamation, et comme « curiosité envoyèrent ces lambeaux dans une lettre
(1) Dieulafoy. Manuel de pathologie interne.
« au petit frère de la malade : l'enfant prit la scarlatine. »
Borel (1) signale la persistance du germe infectieux de la scarlatine dans la gorge, le pharynx, des petits convalescents. et cite le cas rapporté par Lemoine, arrivé à ce dernier dans sa pratique médicale : « ayant « prélevé de l'exsudat pharyngé sur un scarlatineux, « celui-ci irrité par les attouchements, expulsa. des « produits pharyngés qui inondèrent le médecin. » Celui-ci de retour chez lui, n'ayant pas eu le temps de se désinfecter, embrassa ses enfants, trois où quatre jours après ceux-ci eurent une angine, fièvre, éruption et desquamation.
D'un autre côté, Girard (2) nous dit que : la scarlatine semble avoir une action de prédilection pour le système ganglionnaire, et 1l demeure entendu que cette infection secondaire est une infection à streptocoques.
Dans le cas qui nous occupe, nous nous trouvons en présence d’une infection à streptocoque, un adénophlegmon du cou, n'ayant pas été précédé d'angine, survenu brusquement chez un homme sain, robuste, mais qui vivait en contact journalier avec deux petits scarlatineux, dans un appartement mal aéré, encombré reinpli de poussières épidermiques ; d'un autre côté, ce malade, si nous pouvons parler ainsi, sentait les strep-
(1) Borel. Thèse Paris, 1899-1507. Durée de la contagion dans la scarlatine.
(2) Girard. Thèse Paris, 1896-1900 Syndrome infectieux tardif au cours de la scarlatine.
opus
tocoques qu'il porte naturellement dans le pharynx sur les amygdales, sollicités aussi par les nombreux cas d'érysipèle survenus dans les chambrées; qu'y a-t-il d'étonnant maintenant à reconnaitre que le streptocoque, ayant acquis une virulence indéniable, ait suivi, chez cet officier, la voie qui lui offrait le moins de résistance, et qui ne permettait plus à cet homme de lutter efficacement contre un agent infectieux, qui le guettait en ennemi et n'attendait qu'à frapper sa victime, l’adéno-phlegmon fut donc le mode d'infection streptococcique par lequel l'agent pathogène manifesta sa virulence.
Nous ne voudrions pas qu'à la suite de cette discussion, on nous fit dire que M. M... avait pris par contagion avec la scarlatine un adéno-phlegmon qui aurait été alors la seule manifestation de la scarlatine ; nous ne craignons pas de répéter que nous n'avions en vue que le streptocoque, pris à l’état de somnolence dans une gorge jusque là saine; nous avons voulu étudier sa virulence tout à coup exaltée en présence de poussières épidermiques de scarlatineux, sur un terrain qui déjà l'avait senti se réveiller, en présence des cas d'érysipèle ambiants. Nous savons que la scarlatine, l'érysipèle, l'infection puerpérale ont d'intimes relations, depuis les beaux travaux de M. Widal (1); et nous pensons que la discussion ci-dessus y apporte: une modeste contribution.
En terminant, il est bon de rappeler que MM. Hutinel,
(1) Widal. Thèse Paris, Loc. cit.
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Deschamps, Damain, attachent une grande importance a la désinfection de la gorge et du nez des convalescents scarlatineux.
Borel (1) conseille de désinfecter les locaux où a séjourné l'enfant, meubles, tentures, vêtements, objets, livres, jouets: lavages et bains de corps, badigeonnages de la gorge et du nez.
Ces mesures d'hygiène et de prophylaxie nous serviront de conclusion générale et nous permettront de dire à la fin de notre travail, qu'en présence d’une infection streptococcique sérieuse, il ne faut pas hésiter à prendre, pour les personnes vivant en contact journalier avec les malades, les mesures d’antisepsie et de désinfection préventives, surtout si elles offrent une porte d'entrée plus vulnérable à l'agent streptococcique.
(Borel. Lh#Paris. Loc cit: