SCÈNE IV
BELGRAND, PAMPIN, puis ALEXANDRE.
puis M"= BELGRAND
Un assez long silence. Belgrand sonne, Alexandre entre. BELGRAND
Le Temps.
PAMPIN
Pardon, c'est moi qui...
BELGRAND
Voulez-vous bien me passer ça! (.4 Alexandre.) Domiez les illustrés à M. Pampin... Ce n'est pas pour faire joujou, le Temps, c'est pour travailler. {Alexandre prend le « Temps » des mains de Pampin et rapporte sur un plateau à Belgrand, qui se met à parcourir
les dernières nouvelles. Alexandre sort, Belgrand jette le « Temps » , feuillette le dossier et semble peu à peu s'échauffer à sa besogne. Il prend une note. Il rit tout seul. Il feuillette de plus en plus vite, prend une note plus longue, puis s'interrompt, retire son veston, reste en manches de chemise et se remet à écrire. Il s'interrompt de nouveau et cherche avec impatience quelque chose sur son bureau. Il sonne. Alexandre rentre.) Les dépêches Ha vas? (Sortie d'Alexandre, qui rentre apportant la feuille des dépêches, puis ressort. Belgrand parcourt les dépêches, prend de grands ciseaux, fait deux coupures, jette le reste et se remet au dossier. Puis il sonne sans lever le nez. Alexandre rentre.) Eau d'Evian... (Sortie, rentrée et sortie d' Alexandre. Belgrand boit, travaille, puis tout d'un coup.) Pampiii, mon petit, puisque vous ne faites rien... cherchez-moi donc... hï... la Grande Encyclopédie... le volume où est le mot Lambercier. ( Pampin cherche dans la bibliothèque. Belgrand travaille et, tout en travaillant, sonne. Alexandre reparaît.) Allez
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donc voir si madame va bientôt en finir d'être prête.
Alexandre sort.
PAMPIN, apportant le volume.
Voilà.
BELGRAND
Merci, mon vieux, je vous aime bien.
{Il lit. Silence.) C'est parfait... Excellent résumé... Et maintenant, je connais la question à fond. Vous savez que je suis un homme épatant?
ALEXANDRE, rentrant.
Madame est prête. Elle vient.
BELGRAND
Je m'en fous. Allez me préparer mes affaires pour m'iiabiller, et ce qu'il faut pour le docteur. [M"'^ Delgrand entre, très parée, même trop.) Tiens, lis donc ça pendant que tu as un instant. Nous allons entamer quelque chose de très bien contre le Lambercier.
Encore?
BELGRAND
Quoi encore ?
MADAME BELGRAND
Tu abuses. Il ne faut pas mettre toutes ses pommes dans le même panier. On dirait vraiment que tu as des motifs d'animosité personnelle.
BELGRAND, brutal.
Oui, j'en ai ! Tu le sais bien. Alors, mêletoi de ce qui te regarde. Et puis, zut!... Tu ferais mieux de parcourir ce dossier, et surtout de lire l'article de la Grande Encydopédie qui en dit autant en cinquante lignes. {A Pampin.) Je vais vous faire appeler.
11 sort.
SCÈi\E V
PAMPIN, M°'^ BELGRAND, puis ALEXANDRE, puis BELGRAND
Mme Belgrand s'installe à son tonr devant le bureau, se met à l'cuilleter le dossier, puis la Grande Encyclopédie, et reproduit machinalement presque tous les gestes de son mari. Cependant elle cause avec Pampin en prenant des temps plus ou moins longs.
MADAME BELGRAND
Mon pauvre Pampin... A quelle heure on vous fait aller au théâtre ! Vous ne devez jamais voir un premier acte"?
PAMPIN
Ça ne m'est pas arrivé depuis mon enfance... Mais ça m'est bien égal. . . Pendant que je suis ici, je ne suis pas... ailleurs. . .
MADAME BELGRAND, distraite.
Naturellement.
PAMPIN
J'ai la paix... Je ne suis pas cramponné... Je peux croire que je suis libre.... de la main gauche.
Elle rit.
MADAME BELGRAND
Si elle vous rase tant, la Fagette . semez-la.
PAMPIN
Jamais !
MADAME BELGRAND
Pourquoi ?
PAMPIN
Pour vous d'abord... Que deviendrait votre intimité f
Merci .
PAMPIN
Pour le mari ensuite.
xMADAME BELGRAND
Vous l'aimez ?
PAMPIX
Passionnément. Dans les ménages à trois, l'amant vient pour la femme, mais il reste pour le mari.
MADAME BELGRAND
Vous avez de l'esprit, pour un médecin.
PAMPIN
Il n'y a pas que les gens de lettres... {Un temps.) Je reste aussi un peu pour la femme.
MADAME BELGRAND, naïvement.
Elle vous tient par les sens ?
PAMPIN
Oh! non... Non, pas par les sens : par la peur. C'est une femme qui , lâchée , devient capable de tout.
MADAME BELGRAND
Vitriol?
M'""^ SUZANNE DESPUES
(Photographie NaJar),
PAMI'IN
Non, mais... J'ai déjà essayé une fois...
ALEXANDRE, entrant.
Monsieur demande monsieur le docteur.
PAMPIN, se levant.
Voilà. {Alexandre sort par la porte de droite, par où il est entré, et qu'il laisse ouverte.) J'ai déjà essayé une fois : elle a envoyé des lettres anonymes à tous mes amis .
MADAME BELGRAND
Oh ! que c'est laid !
PAMPIN
Oui, c'est laid, mais très usuel.
MADAME BELGRAND
Même dans notre milieu?
PAMPIN
Dame ! Puisque tout le monde s'y plaint d'en recevoir, il faut bien qu'il y ait aussi pas mal de gens qui en écrivent.
RELGRAND, de sa cliambre.
Pampin ! !
PAMPIN, tranquille.
Voilà, voilà. (// sort. M'''" Belgrand continue à travailler. Après un instant, on entend au lointain Belgrand qui crie : A'ie! Pampin répond.) Ne gémissez pas, c'est fini. (Pampin rentre presque aussitôt.) Il s'habille.
Mme Belgrand, absorbée, répond d'un signe. — Après un temps :
MADAME BELGRAND
Etienne!... Ça y est, je suis tout à fait documentée.
Belgrand reparaît, astiqué, correct, tout autre qu'à la scène précédente.
BELGRAND
Dites donc, Pampin, vous seriez bien gentil de nous laisser : j'ai à causer avec ma femme. Allez au théâtre, puisque Jobelin va revenir la chercher.
PAMPIN
Bonsoir.
BELGRAND, distraitement.
Bonsoir.
MADAME BELGRAND, de même.
Bonsoir.
Pampin sort. Ils attendent pour attaquer la scène que l'on ait entendu battre la porte de l'escalier.