‹ L'esbroufe; comédie en trois actesChapitre 36 sur 47 · BELGRAND, LAMBERCIER, M-"= BELGRAND · texte numérisé non relu

BELGRAND, LAMBERCIER, M-"= BELGRAND

MADAME BELGRAND

Mais qu'est-ce qui se passe ?

BELGRAND

Je te présente M. Camille Lambercier.

(Elle fait un geste cV étonnement , mais à peine perceptible.) Écoute, tu comprendras â mesure. (A Lambercier.) De quoi s'agit-il ? D'obtenir un vote des Chambres. Vous aurez peut-être certaines oppositions à désarmer : je suis là. J'ai de l'influence — le genre d'influence qui convient. Je tiens tous les gens qu'il faut tenir, étant l'homme de France le mieux informé. [Désignant les bibliothèques.) Voyez pUitùt. Je vous réponds

qu'il y a un certain nombre de liauts et puissants seigneurs qui paieraient cher pour bai'l^oter là-dedans. (// ouvre deux ou trois cartons, montre de loin des paquets de paperasses.) Tenez, voilà le dossier de Moscard : il est fourni.

LAMBERCIER

Moscard '^ Qu'est-ce que c'est c^ue ça, Moscard ?

BELGRAND

Il l'ignore ! C'est un des députés les plus importants de la région que votre canal traverse. Il nous faut Moscard : nous l'aurons. {Belgrand passe la chemise du dossier à M""'' Belgrand, qui^ machinalement, l'ouvre : la chemise est vide.) Et j'en possède six cent trente-quatre comme celui-ci... Le Parlement ne m'inquiète pas. Reste la presse. Nous voulons du bruit, des polémiques...

LAMBERCIER

Mais non ! Mais au contraire !

BEf^RAND

Vous allez jouer sur vos actions, je suppose, et peut-être faire une nouvelle émission? Il faut que l'opinion s'émeuve, qu'on se cogne...

MADAME BELGRaND. intervenant h l'improviste.

Qu^on cogne sur vous.

Bclgrand la regarde avec surprise, elle fait un imperceptible mouvement d'épaules.

LAMBERCIER

Sur moi f

MADAME BELGRAND

Naturellement. Vous n'espérez pas que votre rentrée dans les affaires passe inaperçue? On est habitué à rire de vous comme d'un pauvre être : vous devenez quelqu'un, on va vous traîner dans la boue.

LAMBERCIEll

Mais je ne veux pas î

MADAME BELGRAND

Soyez donc tranquille, ça ne durera guère.

LAMBERCIER

Parce que?

MADAME BELGRAND

Parce que vous deviendrez sacré dès qu'on saura que vous avez un journal à vous.

Elle est venue près de son mari. A la dérobée, elle lui saisit la main d'un geste passionné d'entente et de complicité.

Mais je n'en ai pas !

MADAME BELGRAND

Mais vous en aurez un !

LAMBERCIER, éperdu.

Moi!

BELGRAND, avec un gros rire.

Hein ! comme il mord tout de suite ! Un journal ou un théâtre, voilà les tentations auxquelles un bourgeois ne résiste jamais !

LAMBERCIER

J'aurai un journal !... Quel journal?

BELGRAND

Le mien, grosse bête !

LAMBERCIER

Il n'est pas à vous ! Il est à vendre !

BELGRAND

Un journal n'est jamais à vendre. Mais nous avons décidé de transformer le Raffut : nous le mettons â un sou, avant six mois nous aurons le plus fort tirage et la plus grosse influence de Paris. Tout est prêt. Je me suis chargé de trouver les fonds nécessaires pour l'augmentation du capital, j'ai des promesses...

LAMBERCIER

Refusez-les : je ferai la somme a moi tout seul.

BELGRAND

A la bonne heure! Voilà comment j'aime

qu'on tranche les affaires : oui ou non, sans phrases, à l'américaine.

LAMBERCIER

Combien faut-il 1

BELGRAND

De sept à huit cent mille francs.

LAMBERCIER

Pas plus? Et le Raffut sera à moi, bien à moi ?

BELGRAND

Vous pourrez même y écrire si ça vous chante, mais je ne vous engage pas à vous passer cette fantaisie.

LAMBERCIER

Nous ne pouvons cependant pas arranger ça à nous deux ! Il faut s'entendre avec Raffut !

BELGRAND

Quelle heure avez-vous?

LAMBEIUIER

Minuit moins cinq.

BELGRAND

Regardez à la fenêtre.

Lambercier y va.

LAMBERCIER

On sort du Vaudeville.

BELGRAJvD

Alors, je vous demande cinq minutes.

On entend du bruit dans l'antichambre.

MADAME BELGRAND

Non, pas même cinq minutes.

La porte s'ouvre. Jobelin, Pampin, fagette. M'"" Faf^ette 'entrent en tohu-boliu, Raffut, plus calme, un instant après.

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