FRANZ
Pour ne pas la voir. Quand je la vois dans la journée, je rêve la nuit.
WILIIELM, à Fritz Briinner.
Et toi, Fritz, est-ce qu'elle te fait peur aussi? Pourquoi ne vas-tu pas courir à côté de sa voiture en criant : Vive la reine?
FRITZ
Je ne me soucie pas qu'elle me reconnaisse !
WILHELM, se moquant.
Penses-tu donc qu'elle te connaisse?
YRITZ
Certainement. Depuis ce matin. (Important.) Il m'est arrivé quelque chose de fort désagréable avec Sa Majesté.
WILIIELM
Bah?
DAME BRUNNER, se rapprocliant avec dame Vogel.
Qu'est-ce qu'il chante?
LES ENFANTS
Raconte ! raconte !
FRITZ
Eh bien, par cette grande chaleur, j'étais allé prendre un bain dans la Brenz, et je m'étais déshabillé au pied du vieux chêne dont la racine avance loin dans la rivière comme un promontoire. Prés de là les soldats construisaient un pont, et je me suis longtemps amusé à nager entre leurs bateaux. Mais quand je suis revenu vers la rive, Seigneur! qu'ai- je vu? Sa Majesté, qui
assistait â l'exercice de pont, était descendue de cheval et s'était assise sui- l'herbe avec sa dame d'honneur, M'"*' de Ghickstadt, juste à l'endroit où j'avais déposé mes vêtements !
LES ENFANTS
Oh!...
FRITZ
Vous pensez si j'ai eit honte de me voir tout nu en plein air devant de si grandes dames.
FKANZ
J'ai lu un conte tout i)areil. Alors un des laquais de la reine disait : « Voilà vos vêtements, mon petit monsieur », et il les lui présentait. Seulement, ce n'étaient pas ses vêtements, mais des vêtements de prince. Et quand il était rhabillé, la reine l'emmenait avec elle dans son carrosse.
FP.ITZ
Ce n'est pas ce qui m'est arrivé. Sa Majesté m'a regardé d'abord avec surprise,
l'j l'esbroife
puis avec courroux ; je me suis mis à pleurer, tandis que M"'^ de Glïicksîadl riait comme une folle; et un laquais m'a bien jeté des vêtements au nez, mais c'étaient les miens, et encore tout fripés : car la reine, par mégarde, s'était d'abord assise dessus.
DAME BRUXNER
Ah ! garnement. . . Je sais maintenant pourquoi ta casquette de paille était aplatie comme une galette!... Tout nu devant la reine ! La famille est déshonorée !
D.\ME VOGEL
Vous exagérez, chère dame Brïmner.
(Niklaus rient de l'entrer en scène, discourant au milieu de tous les garçons qui Vavaicnl suivi dans la direction du théâtre. Elle rappelle.) Viens, toi. Il doit être huit heures sonnées. Voici le père Schïilz qui vient allumer sa lanterne et arrêter l'eau.
LES ExNFANTS
Bonsoir, père Schûlz !
LE PÈRE SCIIULZ, vieux tout, casse, d"aspect fantastique et comique.
Bonsoir !
Il s'arrête au fond. On lui offre un verre de bière, qu'on lui passe par la fenêtre ouverte de la brasserie.
XIKLAUS, à dame Vogel.
Oui, maman, je te suis.
FRITZ, à dame Brilnner.
J'arrive.
Dame Vogel et dame lirunnci' sortent avec les plus petits. Niklaus continue de discourir en gesticulant.
NIKLAUS
Il Y en a des histoires ! Je les ai sues, parce que, moi, je suis entré dans les coulisses. La reine a quitté le théâtre parce que c'était l'heure de son dîner, mais la répétition n'est pas finie, parce que tout n'a pas marché droit.
TOUS
Raconte !
H) l'esbroufe
NIKLAUS
Voilà ! On répétait Antoine et Cléopàtre, et il paraît que M'"" Alinari, l'Italienne, était magnifique. C'était l'avis de tout le monde, mais Sa Majesté ne disait rien; et comme elle doit donner le signal des applaudissements, personne n'osait complimenter la grande artiste. Pas même M. Ricliter. Elle moussait, vous pensez!...
LES ENFANTS
Oui!... Alors?
NIKLAUS
Alors, voilà que, pendant l'cntr'acte. Sa Majesté dit tout d'un coup : « J'en ai assez lV Antoine et Cléopàtre. Faites-moi donc jouer un peu de la Vision funèbre de la petite Isolde Baumann. » C'est la pièce de M. Ricliter, où Lili Blumenthal, qui loge chez les Ilirscli, joue le rôle d'Isolde. On joue. Bon ! Voilà que la reine pleure, tout le monde pleure. Alors, M'"*' Alinari devient
comme furieuse, se jette sur Lili Blumenthal et lui dit : « Vous jouez comme une savate et je sais bien ce que vous faites pour avoir du succès » ; et d'autres choses que je ne peux pas répéter devant des enfants.
TOUS
Oh !
NIKLAUS
Alors, Lili s'est mise à pleurer. Hans Hirscb, chez qui elle loge et qui figure dans la pièce, s'est mis à la consoler. M. Richter est intervenu. Alors M""" Alinari est devenue encore plus furieuse et elle a souffleté M. Richter.
Oli!
Pourquoi?
FRITZ
Wn.HELM
NIKLAUS
Je ne peux pas le dire non plus devant des enfants.
IS l'esbroufe