‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 3 sur 40 · A LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE

DU

Vige-Amiral COURBET

COMMANDAlirT BN CBBF L'BSCADRB DE d'BXT B Â MB- ORIS NT MOBT AUX ILBS PEBCADOBBS LB 11 JUIN 1885

La marine perd son o£Qcier général le plus éminent. La France entière s'associera au deuil causé par la mort du vaillant marin qui, après avoir glorieusement soutenu Tbonneur de son drapeau en Chine et au Tonkin, ne voulait, malgré le mauvais état de sa santé, quitter les parages où il s'était illustré qu'après la signature de la paix. Il avait trop présumé de ses forces et a payé de sa vie l'accomplissement de son devoir.

(Ordre du jour de l'amiral Krantz.)

Au-dessus des illustrations que la guerre du Tonkin a mises en lumière, plane une gloire incontestée, celle du grand chef dont le nom par un sentiment de profonde admiration a été placé en tête de ce livre.

L'amiral Courbet appartient à la postérité, qui associera son souvenir à celui des meilleurs serviteurs de la patrie. Mais Thistoire de ses éclatants services doit être connue de ses contemporains qui ne sauraient oublier que, le premier depuis de cruels revers, il a su donner à laFrance les émotions de la victoire.

Si modeste que soit la part de son Escadre dans les brillants succès qu'il a remportés, cette part mérite d'être racontée. Il n'est pas inutile de rappeler et de prouver que si cette belle Escadre

de r Extrême-Orient a été parfois à Thonneur, elle a été aussi à la peine; et il est toujours salutaire pour un pays de rendre hommage à ceux

de ses enfants qui déploient, sans compter, les meilleures vertus militaires.

C'est dans cette double pensée que les pages qui suivent ont été écrites. Elles ne sont qu'un simple récit du rôle joué sur mer par la marine française durant le cours de l'expédition du Tonkin. Il n'y est pas question de la flottille qui a opéré dans le Delta. Celle-ci comptait une vingtaine de petits navires qui contribuèrent souvent dans la plus large mesure au succès de nos armes depuis Son-Tay jusqu'à Tuyen-Quan.

Ils ont déployé une activité et une énergie remarquables pendant deux années de guerre dans des rivières d'une navigation difficile. Il serait d'un puissant intérêt d'écrire leur histoire et de mettre en lumière ce que leurs équipages ont fait d'utile, d'audacieux et d'héroïque.

Mais ces Souvenirs n'embrassent que les opérations auxquelles ont pris part, soit la division navale des côtes du Tonkin et la division na-

vale des mers de Chine, soit ces deux divisions réunies, soit TEscadre de TExtrême-Orient : ils partent de la sortie d'Hanoï du 19 mai 1883 et vont jusqu'à la dissolution de TEscadre, le 25 juillet 1885.

Novembre 1885.

DE

DEPUIS LA SORTIE d'HANOÏ '^•^•-•i-.

jusqu'au bombardement des forts de hué

(19 mai -20 août 1883.)

II n'est pas besoin de rappeler les causes de notre dernière expédition en Extrême-Orient. Chacun sait que les difficultés sont venues, d'une part, de la volonté de la France à maintenir les droits que lui conférait le traité de 1874, et d'auti'e part, de la continuelle mauvaise foi de la cour de Hué, qui cherchait par tous les moyens possibles à s'affranchir des obligations que ce même traité lui avait imposées*

La question de la suzeraineté de la Chine sur TAnnam n'ayant pas été nettement résolue, — dans le sens de sa suppression — par le traité de 1874, le Céleste-Empire ne tarda pas à faire entendre des

AMIB. COaitBJdT.

protestations nombreuses au sujet de notre intervention en Annam. Les difficultés s'en accrurent d'autant et le diflférend, de franco-annamite qu'il était, devint par la suite franco chinois.

Chacun sait aussi que ce fut seulement au lendemain de la mort d'Henri Rivière, c'est-à-dire après le 19 mai 1883, que l'action de la France au Tonkin commença à se dessiner nettement. Jusque-là, même en 1882, notre action se manifestait timidement, avec des alternatives de vigueur et de faiblesse. Le ministre de la marine prescrivait de c relever « notre prestige amoindri par iios hésitations et nos « faiblesses ; il recommandait de faire comprendre « à la cour de Hué que le moment était venu « pour elle de prendre au sérieux les stipulations « du traité de 1874, que les ruses de sa politique « tortueuse avaient jusque-là réduites à l'état de « lettre morte ^ ». Mais en même temps, on avait le soin d'ajouter un correctif à cette politique, et de tempérer par des atténuations ce que ces ordres avaient de net et de résolu. C'est politiquemeiity pacifiquement, administrativement, que le gouverneur de la Cochînchine* ordonnait d'agir; et Henri Rivière, dans une lettre datée d'Hanoï — 27 avril, 2 mai 1882, — souriait de ce luxe d'adverbes qui lui dé-

1. Instmctions de l'amiral Cloué au ifouvernear de la Cochînchine.

2. Inbtractioas de M. Lemyre de Vilers aa commandant Rivière, jauvicr

fendait, ce semble, de tirer un coup de fusil. C'était pourtant avec un certain appareil militaire, trois compagnies d'infanterie de marine et des canonnières, qu'on l'avait envoyé dans un pays notoirement hostile, où les mandarins ne se privaient ni d'insultes ni de menaces envers le drapeau français et ses défenseurs.

Il faut le dire, l'expédition de Francis Garnier, qui tient du prodige et du merveilleux, avait eu Teffet d'un mirage trompeur devant les yeux de tous ceux qui, après lui, avaient regardé du côté du Tonkin. Il était convenu et prouvé pour eux qu'une compagnie d'infanterie établirait à tout jamais notre autorité dans ce vaste pays.

Aussi, le mot d'ordre n'était pas d'agir militairement. On comptait sans doute que les Tonkinois, à la seule vue de nos fantassins et de nos marins, seraient pris d'une salutaire terreur et se montreraient calmes et soumis, peut-être même reconnaissants envers la nation généreuse qui venait s'implanter chez eux. Cette opinion était empi'einte de quelque optimisme, mais elle avait cours pourtant : ils étaient nombreux, ceux qui allaient répétant qu'on ne perdrait pas quatre hommes à la conquête du Tonkin \

I. Je sais bien qu'en France, on a rcçn assez d'étriviôres des expéditions lointaines pour qu'on ne veuille pas en couimencer une nouyeile. Celle-ci, en sachant se borner, ne coûterait presque rien en hommes ni en argent {IaQ\Xv9 de Henri Rivière du 4 juin 1882).

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