‹ L'escadre de l'amiral Courbet;Chapitre 4 sur 40 · SR · texte numérisé non relu

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4 l'kSGADKE de l'aMIUAL COURBET.

L'émotion fut donc grande à Paris quand arriva, le 26 mai 1883, la nouvelle de la malheureuse sortie du 19. L^émotion se doublait d'une cruelle surprise et d'une douloureuse déception... Les quatre hommes et le caporal qui, à eux seuls, devaient pacifier le Tonkin, n'étaient donc pas suffisants?... Il fallait compter avec nos ennemis!... On avait trompé l'opinion!... Mais le sang français avait coulé: les Chambres résolurent de venger ceux qui étaient tombés. Le ministre de la marine annonça qu'il venait de donner l'ordre au général Bouët, commandant supérieur des troupes en Cochinchine, de se rendre au Tonkin ; que des renforts partaient sur Y Annamite et sur le Mytho, et qu'une division navale, dite du Tonkin, allait être formée sous les ordres de l'amiral Courbet, tandis que la division navale des mers de Chine, commandée par l'amiral Meyer, serait renforcée.

Ajoutons que, par un décret du 8 juin, M. Harmand, à ce moment-là consul à Bangkock^ était nommé commissaire général civil au Tonkin. M. Harmand, ancien médecin de la marine, compagnon de Francis Garnier lors de l'expédition de 1873, homme intelligent et instruit, très au courant des choses de rindo-Chine, se trouvait investi d'une fonction assez nouvelle, dont les attributions étaient considérables et multiples, et dont le ministère lui-même ne pouvait qu'à grands renforts de périphrases établir la

nécessité: « Le commissaire général civil est un « négociateur autant qu'un administrateur et un « organisateur... il est le dépositaire de la pensée « du Gouvernement... il a pour mission d'étudier ce « qui est possible et de faire ce qui est nécessaire... « Il est chargé d'empêcher que Faction militaire ne « dévie et ne s'étende au delà du cercle tracé*... >

L'événement ne tarda pas à prouver que la fonction de commissaire général civil — malgré la compétence du titulaire — était au moins prématurée. La période militaire commençait à peine et le régime anormal qu'elle entraîne reculait à une date indéterminée, mais lointaine, l'avènement du régime pacifique et régulier qui aurait pu permettre à un négociateur-organisateur-administrateur' de mettre utilement à profit son expérience et ses méditations. La mission de M. Harmand dura du mois de juillet au mois de décembre 1883.

Lors de la sortie d'Hanoï, voici quelle était la situation de nos forces navales dans l'Extrême- Orient :

La division des mers de Chine stationnait à la baie d'Halong depuis la fin d'avril, amenée là par les événements qui se passaient au Tonkin. Elle se composait du cuirassé la Victorieuse^ portant le

1. Iiisftuetiuus officielles aii commisBalre général. — Discours de M. Cliallemel-Laconr à la Chambre (10 juillet 1883).

a. Voire même explorateur.

pavillon de Tamiral, du croiseur Villars, coiumandé par M. le capitaine de vaisseau Dèwâtre, des éclaireurs d'escadre Kersaint et Volta, commandés par MM. de Beaumont et Fournier, enfin de la canonnière le Lutin, dont le capitaine était M. le lieutenant de vaisseau Debar\

Le commandant Rivière, avec le titre de commandant de la division navale de Cochinchine, avait sous ses ordres au Tonkin, répandus dans les divers arroyos: les avisos le Pluvier, le Parsevaly VHamelin; les canontiièr es Surprise, Fanfare, Léopard, et les petites canonnières Éclair, Ti^ombe, Hache, Yatagan, Carabine et Massue. En outre, il avait en Cochinchine le transport le Drac, laviso l'Alouette et les petites canonnières Framée et Javeline,

Le 26 mai, le contre-amiral Courbet qui commandait la division d'essais formée en avril à Cherbourg, reçut Tordre d'envoyer à Alger le cuirassé le Bayard, sur lequel il avait son pavillon, et de venir prendre les ordres du ministre en vue du nouveau commandement de la division navale du Tonkin, auquel il était appelé (31 mai). Le renom

l. Les compagnies do débarquement de la Vietoritu»e et da Villarê avaleut été demandées par le commandant Rivière. KUes lui étaient arrivées le I4. Kllcs prirent une part glorieuse à la sortie du 19 mai où elles eurent : la Vietorieuêe, là tués et IS blessés ; le Yillar», 3 tués et 9 blessés. MM. L.e Pelletier des Ravinières et Sentis commandaient les compagnies de débarquement, M. Pisâére, les canons de 6.»^.

que s'était déjà acquis l'amiral Courbet, sa réputation de marin savant et de chef habile, le désignaient d'avance pour une mission qui nécessitait de grandes et sérieuses qualités.

En même temps, le cuirassé VAtalante , sous le commandement de M. le capitaine de vaisseau Galache, entrait en armement à Brest pour faire partie de la division nouvelle, et le croiseur le Château-Renaud, commandé par M. le capitaine de frégate Boulineau, quittait, lui aussi, la division d'essais — qui se trouvait disloquée — et suivait le sort du Bayard. Précédemment, les canonnières Vipère^ capitaine Lejard, et Lynx, capitaine Blouet, la chaloupe canonnière le Mousqueton, avaient été désignées pour renforcer la division du commandant Rivière.

Lé 28 mai, l'amiral Conte, qui avait, dans le Levant, son pavillon sur la Triomphante, recevait l'ordre de passer sur le Duguay-Trouin en attendant l'arrivée de la Vénus, et d'expédier la Triomphante à Saïgon, où elle devait rejoindre la division de Chine. A la même date, le grand et rapide croiseur le Tourville prenait armement à Toulon à destination de la même division. La Triomphante et le Toiirville étaient commandés par MM. Baux et Bosc.

Deux autres petits navires complétaient l'effectif des bâtiments de l'amiral Courbet. C'étaient les deux torpilleurs de 2® classe, porte- torpilles 45 et

'^d: ceux-là mêmes qui plus tard devaient se couvrir de gloire au combat de Fouchéou*. On avait jugé, non sans raison, que leur aide pourrait être utile, et on avait décidé leur envoi en Extrême-Orient.

Les deux divisions ainsi constituées étaient indépendantes. Chacun des amiraux qui les commandaient avait le titre de commandant en chef. Leurs relations étaient ainsi réglées:

« Si à un moment donné M. le contre-amiral « Meyer croyait avoir besoin d'un renfort de bâti- « ments pour une opération dans les mers de Chine, « il aurait à prendre par le télégraphe les ordres du « département de la marine avant d'adresser une « réquisition à M. le commandant de la division du « Tonkin. M. le contre-amiral Courbet agirait de « même, de son côté, s'il reconnaissait la nécessité « de faire appel à M. Meyer. »

Les rapports entre l'amiral Courbet et M. Harmaud étaient exactement ceux qui existent entre les commandants en chef de division navale et les gouverneurs de colonie : « Cet officier général devra « donc, si vous réclamez son assistance, déférer à « vos réquisitions, à moins qu'il n'apprécie que les

1. Chacun des transports JT^rf Va ot AmMnwUte e«i prit nn sur sa dunette. I«ear loni^a^ur de tl mètres dépa»»aU la lou^nenr de la daneUe de t inétres ; la ertMse qui constitue la e«fe de riièlice se trouvait dèbordçr en «Tant dn fronton d« dnnette^ La quille reposait alors )vura!lèlenient au pont sur de^i rbantiers solidement vissi^s. La irrue de Tateller des machines du port de Toulon les pln<ia i bord et la gru> dn Tihitt les débarqua tacs difficnhAa.

« circonstances, dont il est seul juge, le mettent « dans l'impossibilité de le faire \ Ainsi, c'est à « M. le contre-amiral Courbet seul qu'incomberait « la direction de toute (opération militaire sur les « côtes de TAnnam et du Tonkîn, de tout blocus, « en un mot de toute action par mer* » (Instructions officielles à M. Harmand, 8 juin.)

Les rôles des deux divisions navales se trouvent également définis dans le document auquel ces emprunts sont faits. « L'amiral Courbet surveillera « activement les côtes de TAnnam et du Tonkin « jusqu'au détroit d'Haïnan, y compris le côté ouest « de cette île. Il aura à garantir ces parages de « tout acte éventuel d'hostilité de la part des bâti- « ments de guerre chinois. Toutefois, le Gouvcr- « nement désirant que cette éventualité ne se «c produise pas, je lui recommande, comme à M. le « contre-amiral Meyer, d'agir à cet égard avec la « plus entière prudence. Il se tiendra prêt toutefois « à repousser toute action des Chinois, et à bloqupr « étroitement le port de Pakhoï. Il assurera, si cela <x est nécessaire, la navigation de nos transports ; en « un mot, il garantira le corps d'occupation de tout « danger venant de l'extérieur. »

1. Tout autre était la Bitnatiou faite an général BouGt, M. Haiinand ayant autorité « sur les forocs de terre et de mer : corps d'occupation ec • flottille du Tonkin ». Le général devait remettre tous ses rapports au commissaire général qui avait seul la correspondance avec le ministre. Cette dépendance du général fnt la cause non dissimulée des dissentiments qui amonèrent son départ.

« M. le contre-amiral Meyer continuera d'être « chargé de toute la surveillance à partir de Tîle « d'Haïnan. Il fera montrer fréquemment le pavillon « dans les principaux ports de la Chine, et surtout « dans ceux où la présence des navires de guerre « peut exercer le plus d'influence sur Teeprit et la « détermination des autorités chinoises. Je le prie <e d'étudier les moyens auxquels il lui semblerait « utile de recourir pour exercer une action contre « le gouvernement de Pékin. »

L'amiral Courbet arriva à Saïgon le 13 juillet, et y demeura trois jours. Il y rencontra M. Harmand et tous deux échangèrent leurs vues sur la ligne de conduite à suivre. M. Harmand quitta Saïgon le 19 pour se rendre à sa nouvelle résidence.

Dès l'arrivée du Bayard dans la baie d'Halong, l'amiral Meyer se hâta d'appareiller pour Hong-Kong Après avoir remis à Tamiral Courbet le commandement, provisoirement exercé par lui. Les derniers jours du mois de juillet furent employés à l'étude exacte des choses, à la répartition des canonnières dans les rivières, à la réunion des plus gros navires dans la baie d'Halong, en un mot à des mesures d'ordre et d'installation. Le 30 juillet, le commissaire général réunissait à Haï-Phong en conseil de guerre l'amiral Courbet et le général Bouët, afin de délibérer sur la situation et d'arrêter un plan de conduite. On y décida d'abord que l'effort principal

devait se porter sur Son-Tay et on y mit enfin' en discussion l'opportunité d*une opér«ation sur Hué.

Depuis longtemps, les personnes les plus compétentes émettaient l'avis que l'affaire du Tonkin ne 66 réglerait pas sans une intervention belliqueuse à Hué : c'était là qu'il fallait chercher la principale source des difficultés; c'était de là que partaient les ordres donnés pour la résistance aux mandarins du Tonkin, les subsides et les encouragements aux Pavillons-Noirs. Ne convenaît-il pas de profiter du trouble résultant de la mort soudaine de Tu-Duc pour se porter rapidement sur la rivière de Hué, enlever les forts qui commandent la passe et de là dicter des conditions? Les avantages de cette opération furent reconnus à l'unanimité. Quant aux moyens d'action, un examen approfondi fit reconnaître qu'ils pouvaient être réunis en peu de jours : il suffisait que les forces navales fussent augmentées de quelques pièces d'artillerie fournies par le corps expéditionnaire et d'un petit corps de débarquement emprunté à la Cochinchine.

Le plan exposé offrait toutes chances de réussite. L'exécution n'en pouvait être retardée, car, passé le mois d'août, la mousson de nord-est pouvait se faire sentir et rendre la côte devant Hué intenable aux navires. Le Gouvernement y donna son assentiment. Rendez vous fut pris à Tourane où se rencontreraient, le 16 août, la division du Tonkin et les

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bâtiments venus de S.iïgon. M. Harmand prendrait alors passage sur le Bayardj afin d'aller conduire les négociations qui suivraient immédiatement les opérations militaires ; il serait assisté dans cette mission par M. de Champcaux, lieutenant de vaisseau, administrateur des affaires indigènes en Cochinchine, ancien consul à Haï-Phong qui avait été déjà, pendant un an, chargé de la légation de Hué.

(13-20 août 188C.)

Le Bayardy le Château-Renaud et le Lynx quittèrent la baie d'Halong le 14 août. La journée du 16 fut employée à reconnaître les ouvrages qui défendaient l'entrée de Hué. Toutes les fortifications paraissaient en bon état. Les sommets ayant vue sur la mer, avaient été couronnés par Tennemi d'à* mas de sable derrière lesquels étaient braqués des canons. Les deux ouvrages qui fermaient Tentrée de la rivière ainsi que les douze défenses, situées en arrière de la lagune sur la route fluviale de Hué, méritaient seuls le nom de forts. Sur la plage même, une série d'abris creusés dans le sable avaient été disposés pour les tirailleurs et étaient soutenus en arrière par une ligne continue de. retranchements. Enfin un barrage fermait la rivière.

UÂnnamite était parti d'Halong quelques jours avant pour aller à Saigon chercher les troupes d'in* fanterie de marine qui devaient coopérer au débar*

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quement: 600 hommes des 21' et 31' compagnies. 100 tirailleurs annamites, plus une batterie d'artillerie et 100 coolies pour le transport des bagages. Le soir du 16 août, ces quatre navires étaient au rendez-vous.

UAtalante, qui avait quitté la baie d'Halongle 15. resta à la mer pour eflfectuer un tir d'exercice et mouilla le 17 à Tourane où venaient d'arriver la Viplre et le Drac: celui-ci apportait de Saïgon une partie des troupes et du matériel.

Le 18 au matin, Tcscadre appareilla pour Thuanan où elle arriva vers midi et où elle s'embossa. Les Annamites, qui l'attendaient, se rendirent immédiatement à bord du Bayard et demandèrent la cause de la présence de Fescadrc. L'amiral, pour toute réponse, leur intima Tordre de rendre les forts dans les deux heures, sous peine de bombardement. Ils déclarèrent ne pouvoir répondre sans consulter la cour de Hué et ils quittèrent le bord. En allées et venues entre la côte et le Bayard^ ils gagnèrent quelques heures. Une autre circonstance allongea le délai assigné par Tamiral : on avait aperçu une fumée au large et bientôt on reconnaissait YAloiwUe venant de Saïgon. Il se passa au moins une bonne demi-heure avant do pouvoir communiquer avec elle. Enfin, au signal du Boyard : « Avez-vous quelque chose pour moi ? > clic put répondre : Non. Avant même que l'aperçu du signal de ÏAkmette fût rentré, le feu commença.

II était 4 heures et demie. Chaque bâtiment attaqua l'ouvrage dont Tamiral Tavait particulièrement chargé.

Au septième ou huitième coup, les Annamites répondirent, mais leurs projectiles ne venaient pas à moitié route. Seule, la Viph^e, qui était mouillée très près du fort du Nord, voyait les boulets pleuvoir autour d'elle. « Bien que plusieurs fois touché, le petit « bâtiment n'en continua pas moins son feu avec « une énergie qui fait le plus grand honneur à son « capitaine, M. Lejard^ » La riposte des Annamites dénotait, à la vérité, un réel courage ; malgré la houle qui gênait le tir, nos obus touchaient juste et devaient faire de grands ravages au milieu des défenseurs *. Le bombardement dura jusqu'à 8 heures du soir.

Le débarquement avait été décidé pour le lendemain, 19, à 6 heures du matin. Mais la houle très forte de la veille n'étant pas tombée, on ne put songer à aborder la plage et la journée se passa à agacer à coups de hotchkiss les sampans chargés de soldats qui allaient d'une rive à l'autre de la lagune. Les gros canons restèrent silencieux. Ce que voj-ant, les Annamites s'imaginèrent que nous n'avions plus de poudre et, à 10 heures du matin, reprenant confiance, ils ouvrirent un feu violent auquel tous les bâtiments

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