‹ L'escalade: trois récitsChapitre 10 sur 16 · AVANT L'ESC AL ADR · texte numérisé non relu

AVANT L'ESC AL ADR

le mandenienl de Ternier, puis quelques jours plus tard, Amédée de Savoie les attira à Châtelaine et leur livra un combat meurtrier; les Genevois perdirent cent-vingi hommes. L'ennemi les poursuivit jusque sons les murs de St-Gervaîs, Sans la présence d^esprît de Lurbigny qui, quoique malade, se rendit de nuit sur les remparts et supplia les habitants d'attendre au lendemain pour aller chercher leurs morts, ils auraient essuyé une nouvelle défaite, SI Amédée de Savoie avait su proliter de sa victoire en donnant l'assaut à la ville, il aurait probablement réussi ; le deuil dans lequel tant de familles étaient subitement plongées, rabattement des citoyens suite inévitable d'un échec aussi considérable lui eussent été deux puissants auxiliaires.

Les Genevois furent admirables, au lieu de céder à la mauvaise fortune, ils mirent leur confiance en Dieu qui les avait sauvés déjà tant de fois- Les particuliers livrèrent leur vaisselle d'argent à TElat, ainsi que le vin et le blé qu'ils possédaient au-delà du strict nécessaire. N'ayant pas assez d'argent, ou battit de la monnaie de cuivre pour les soldats. Tous les jours on apprenait par les paysans qui se réfugiaient en ville les méfaits commis par Tarmée ducale dans le pays de Gex, si bien qu'après cette guerre, la contrée garda longtemps le nom de teire déserte.

Lurbigny partit après sa guérison, le Conseil le remplaça par le baron de Conforgien qui reçut le

AVANT l'escalade tSA

commandement des troupes. Le IS septembre it partît avec ses soldats Jii côté de Bonne où quelques Genevois avaient des vij^nes qu'ils voulaient vendanger. Le baron d*f[ermance informé de cette sortie les attaqua au retour. Les Genevois se défendirent vaillamment et purent rentrer en ville avec leurs lonneiiux de raoùt. Ils ne perdirent que onze hommes, tandis que l'ennemi en eut 350 de tués. Sur le lieu même de l'action, Conforgien adressa des actions de grâce à Dieu,

En 459i, des secours d*argent fournis par la Hollande ainsi que des troupes françaises conduites par de Harlay Suncy vinrent à point augmenter les ressources de la République, Puis 1500 fantassins et 300 cavaliers commandés par Guitri s'emparèrent de Thonon et d'Evian< et infligèrent une grosse défaite aux troupes de Savoie près de Montlioux ; mais Sanci et Guîlri et leurs soldats quittèrent bîenlât le pays, A ce moment Amédée de Savoie partit pour la conquête du Da4iphiné, s'il s'était jeté sur Genève, la ville n'eut pu lui résister. Qîi^ntl tout était au plus mal et que la fin semblait imminente. Dieu qui est plus puissant que les armées et les grands de la terre sauvait la situation par un incident imprévu- La villeéLîUtàboul de ressourres; en vain faisaitelle réclamer par un ambassadeur à Henri IV les sommes que celui-ci devait à Genève, Le Béarnais payait en belles paroles et promeâses, mais faisait

60 AVANT l'escalade

sourde oreille dès qu'on lui parlait d'argenl. Il est vrai qu'il n'en possédait guère.

L'abjuration d'Henri IV, qui se fit catholique pour avoir Paris, causa â Genève une douleur profonde. On aimait le vaillant fils de la reine de Navarre, le huguenot. On peut encore voir, dans la salle Lullindenolre bibliothèque publique, une spiendide Bible, que (es Genevois se disposaient à lui envoyer quand arriva cette triste nouvelle. Unjeune de deuil et d'humiliation fut célébré* L'horizon politique était bien sombre. La misère à Genève ne pouvait être plus grande. Du côté de Savoie la menace subsistait toujours, mats pour n'avoir pas à entretenir une garnison qui coûtait cber, on décida k démolition du Fort près du Pont-d*Arve.

Toutefois le changement de religion n'altéra pas la bienveillance de Henri IV pour Genève. L*année ^597 amena une guerre entre la France et la Savoie. Les Genevois solliciLés d'y prendre part refusèrent faute lie moyens. Cette guerre se termina par un traité conclu â Vervins Tannée suivante^ Genève y était impliciLeraent comprise^ toutefois on n'avait osé la nommer de peur d'indisposer les puissances catholiques. Le Conseil fit tirer le canon, L*enthousiasme ne dura pas longtemps, on apprit bientôt qu'une clause de ce traité rendait G ex et Gaillard à la Savoie. Genève perdait ainsi tous les fruits de la guerre ; dépouillée par Henri IV dont elle n'attendait pas une ingratitude aussi noire, elle chercha à ré-

AVAÎÎT l'escalade 6i

sisteF; mais les négocialions restèrent sans issue, ELle avait le dessous. Le duc de Savoie voulut tirer parti de son avantage et espérant obtenir ce qti'ii désirait par son influence personnelle, it se rendit à Paris en 1599. Mais il ne put, comme il s*en était flatté, obtenir Genève en échange du marquisat de Salucesj Henri IV résista à toute;^ ses finesses et ses ruses. D'autre part il déboula également de leur demande les Genevois, qui réclamaient de lui la possession de Ges et de Gaillard en retour des sommes qui leui' étaient dues.

Le duc de Savoie n'était pas pressé de faire les restitutions de territoire auxquelles ce traité l'engageait. Ce que voyantj Henri ÏV envaliit la Bresse, le Bugey et la Savoie, H vint en personne à Léluiset non loin de Genève. A la demande du Conseil il rasa le Fort de Ste-Catherine, La dernière des deux places fortes, au moyen desquelles Cliarles Emmanuel pensait subjuger le paySj disparut ainsi sans avoir causé beaucoup de mah En deux jours six cents ouvriers venus de Oenève nivelèrent remplacement occupé par le Fort* Tout ce qui s'y trouvait canons, cloches, poudre, boulets fut remis aux Genevois contre la somme de 1600 écus.

Pendant ces opérations militaires les seigneurs

^ AVANT l'escalade

réformés de la suile de Henri ÏV vipienl à Genève et assisté renl â un sermon de Simàn Goutarl^ le principal pasteur après Théodore de Bèze, qui ne pouvait plus monter en chaire, vu son grand âge, étant sujet à des vertiges* Néanmoins le vieux réformateur j qui se considérait toujours comme sujet français, ayant appris que Henri IV désirait le voirj n'hésita pas à faire bien des lieues à cheval pour rendre ses hommages au roi, Henri IV le reçut fort bien et lui témoigna le plus grand respect.

it *

Dépouillé de tous ses Etats en deçà des Alpes, Charles Emmanuel se vit forcé de signer à Lyon un traité avec la Fi'ance. Pour rentrer en possession de la vSavoie et du marquisat de Saluées. îi abandonna i\ Henri IV plusieurs de ses Etats, entre autres le pay.^ de Gex, que le roi de France garda soigneusement pour lui sans se soucier de ses amis de Genève (1601).

Il n'était guère temps de songer à des agrandissements de territoire, il fallut se contenter de con^ server les anciennes limites. Le duc reprit le mandement de Gaillard et y réintroduisit de force la religion catholique. Pour vexer ses ennemis il voulut également rétablir la messe dans les terres qui appartenaient autrefois à TÂbbaye de St^lctor et

AITAPÏT l'escalade #1

au Chapitre de St-Plerre, Le <5 juillet 160i ses soldats vinrent à Vandœuvres et y Tirent célébrer la messe dans le temple. Pendant plusieurs dimanches le pasteur de ce village, qui résidait en ville, ne se rendit au culte qu'accompagné d'une troupe armée. Cela intimida les Savoyards, qui ne recommencèrent plus,

Charles Emmanuel ne voulait pas la paix avec Genève, il ne manquait aucune occasion de faire du tort à la ville, interceptant les vivres frappant d'impots exhorbitants les marchandises qui passaient sur ses terres.

Les habitants aux abois demandèrent qu'une ambassade fût adressée â Charles Emmanuel pour faire cesser ces abus de force. On lui députa à Turin le syndic Leet, le conseiller Samon et le secrétaire d'Etat Jacob Anjoirant ([Vovembre 1601)-

Le duc reçut très poliment les députés, mais dans ses discours les traita comme des vassfius, il leur demanda quelque satisfaction, ajoutant que slls refusaient lui ou ses enfants après lui leur joueraient « un coup fourré. » Puis il chercha par des insinuations malveillantes à semer dans Tesprit des Genevois la méfiance à Tégard de leurs alliés.

Les députés ne demandaient que le respect de la paix jurée â Vervins et à Lyon» Le duc leur fit alors offrir un traité où il s'engagerait à proléger Genève^ il réclamait en retour la restitution du château de ri le, en outre qu*on fit graver son effigie sur les

monnaies delavilLej qu'on lui donnât chaque année un cheval comme marque d'iïonneurj enfin de pouvoir entrer à Genève quand il voudrait et d'i^tre reçu comme un grand prince. La députation, la mort dans rame, s*en revint sans avoir rien obtenu. Les vexations continuèrent durant toute Tannée 1602, Qu'ils furent grands ces Genevois du seizième siècle. Avec quelle sinoplicité héroïque ils savaient faire leur devoir, Genevois de 1902, jeunes gens, espoir de demain, ne vous conteniez pas de les admirer, faites comme eux, mettez toute votre confiance en l'éterneL aimez votre patrie, et, comme le dit notre cantique suisse :

Dieu nous bénira da haut des deux.

Cantate

Bj^écrtU^ le Î2 Décernbre 19 OS an Service solennel dans la Cathédrale deSt-Pierre. ^^ Musique de M. le prof. O. Barblan, paroles de M. le pastet^r D. Delétra.

La wljt paisible

E rempart est debout, les poteroes sont closei, La garde esta son pos^le, attendant le matin. ^ Sous l'aile du Três-Ifaut, (ienève, tu reposes Et son ceil protecteur veille sur ton destin.

L'attaque

Alarme I Alarme î 6 terreur I fl meiuce I Entendez vous le Éotsiû dans les airs.

Voix de maJKeur qui déctiire et qui glace.

Voix qui sillonne ainsi que tes éclairs.

Chosur ï>ks fkmmbs genevoises

Nos mains ne portent pas le iflaive.

Avec nos (iU et nos époux. Femmes, nous combattrons sans trêve, Nous combattrons à deux yenoux.

Page 1