‹ L'escalade: trois récitsChapitre 12 sur 16 · PAR A. GUILLOT · texte numérisé non relu

PAR A. GUILLOT

ES bruits inquiéUitits stir certains projets du iJQC de Savoie couraient le monde. Ce ne furent pas les avertissements qui manquèrent à nos aj'eux.

V'ers la fin de Tan ICÔI, le roi de France écrivît lui-même aux seigneurs de ^lenève pour leur dire que, selon les avis qui lui étaient parvenus, une agression se préparait contre la ville. Il désignait même iVAlhigny et de la Val d'Isère comme devant diriger cette entreprise.

En avril 1602, vint à Genève un nommé Antoine Pascal qui vivait à Home, mais avait des parents

diins la ville. Le but de son voyage était d'aviser les membre du Conseil que le pape, le duc de Savoie et le roi d'Espagne Iramaient de grandes choses contre la République et qu'on lui avait offert des sommes considérables s'il voulait, ayant en quelque sorte un pied à Genève, se mettre au service de ces desseins.

Ce nouvelles furent confirmées le U mai i602, par des lettres du duc de LesdiguiÉres qui annoni;aient une prochaine expédition contre Genève, conduite par Bninaulieu.

Les Genevois ne manquèrent pas d'élre préoccupés de ces avis nombreuK et concordants. On renforça donc les postes, on répara les fortiJications, on multiplia les cliaines dans les rues, on cloua sur les portes rie la ville des plaques de fer^ on fit des prières spéciales pour le salut de la République, bref on ne négligea rien pour se bien préparer à recevoir Tennemi. Mais comme celui-ci ne se montrait pas et que les craintes conçues n'étaient confirmées par aucun fait, on se relâcha peu k peu de la vigilance nécessaire, on commença à douter du périlj on se mit même à rire de la frayeur de (pielques uns et a en faire un sujet de plaisanterie.

Ce n^était pourtant que trop vrai : le duc Charles- /^mmaîittei méditait, en pleine paix et contrairement au droit des genSj une attîKiue contre Genève, Il exposa plus lard son point de vue dans un discours

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fait en son nom à l'empereup, aux fins de se discrilper des reproches qu'on lui adressait Dans ce discours il affirme que soû entreprise contre notre ville était à la fois sainte et juste, ftsainte^ parce que Genève est le ciief, la pépinière et l'égoùt de Thérésie calviniste; juste, parce que les habitants d'icelle sont non seulement rebelles à Dieu, mais aussi à lui, leur prince nî^turel. »

Ponr endormir toujours plus les Genevois^ ii leur envoya au commencement du mois de décembrCj le président du sénat de Chambéry, de Hocheite, soi-disant pour régler certaines Cjuestions litigieuses relatives au commerce des vivres depuis longtemps entravé entre les paysans savoyards et les habitants de la ville, et au sort des citoyens voyageant en Savoie ou y possédant des fonds de terre. De Roctiette avait ordre de se montrer conciliant à propos de tout et de multiplier les bonnes paroles qui ne coûtent rien. Chacun donc se prit à espérer que les meilleures relations allaient se rétablir avec le redoutable voisin, et que le passé devait s'oublier, La confiance renaissait dans les esprits et la sécurité dans les cœurs.

Brnmrnlieu, gouverneur de la place forte de Bonne et beaucoup de gentilshommes de la Savoie, profitèrent de la présence de M» de Rochette pour se rendre à Genève et parcourir la ville dans tous les sens, ils mesurèrent pendant la nuit la hauteur des murailles, la largeur des fossés et recueillirent

toutes sortes d'informations capables d'assurer le succès de leur attaque.

La ruse ducale avait si bien réussi, que le jour qui précéda TËscalade nul ne tint compte de Tavis d'un paysan de Chêne, qui arriva tout ému disant que des troupes étaient en marche et qu'il fallait se bien garder. Le soir du môme jour un cavalier se présenta à la porte Neuve et demanda à parler au capitaine :

— Je vous avise, dit-il, qu'un grand danger plane sur votre cité. Le duc de Savoie ne vous veut point de bien, — Puis il tourna bride et disparut sans qu'on pût le reconnaître. Le syndic de la garde informé du fait crut sans doute à une mystification.

— Les Savoyards ne sont pas des oiseaux, répondit-il, on les verra venir.

Le malheureux ne se doutait pas qu'il paierait plus tard de sa tête une si folle confiance.

Des gentilshommes de l'armée ducale mettent la dernière main à l'organisation de l'attaque nocturne. Des troupes ont été rassemblées à La Roche, Bonneville et Bonne. Ce sont des Espagnols, des Napolitains, des Français déserteurs, des mercenaires en un mot, avec un fort petit nombre de sujets savoyards conduits parleurs seigneurs. A leur téta est d'Âlbigny, Français renégat, qui est désigné quelquefois dans les chroniques sous le titre de mef:-(hic^ parce que Charles-Emmanuel lui a délégué son autorité sur toute la partie de ses états qui est

l'escalade W

en deçà des monts. Après lui et sous ses ordres, Brunaulieu, Fâme de l'entreprise ; avant de partir, il s'est fait donner rextréme-onctjon, décidé qu'il est ou à réussir ou à ne pas revenir vivant. Puis le seigneur de Sonnaz qui brûle de venger son père lue par les Genevois à la bataille de Monthoux* Enfin Ckaffardmi, (TAUignac^ le baron de la Val d'Isère et d'autres encore.

On a du temps de reste pour surprendre la ville endormie. C'est en effet la plus longue nuit de Tannée ^

Charles-Emmanuel est au pont d'Etrembières. Il assiste au délilé de ses bonnes troupes. Ce n'est pas sans fierté qu'il constate leur air martial et intrépide. Voici ses fantassins solides comme un roc ; voici sa cavalerie au choc irrésistible : voici surtout les trois ceots hommes d'élite, désignés pour tenter les premiers Tescalalade des murs de Genève, et dont les cuirasses ont été noircies pour éviter tout scintillement révélateur. Puis viennent maintenant des lignées de brancards et de mulets chargés de gros marteaux d'acier dont Tun des côtés est tranchant, pour couper les chaînes et enfoncer tes portes et lesverroux, de puissantes tenailles, de pétards^ de claies, de fascines et de ces échelles désormais célèbres, un vrai chef-d'œuvre dans leur genre.

" Avec le changement de calendm*r, lequel ne fui adopté qu'un siècle plus tard dani^ les pays protestants, la nuit du 11 décembre correspond à celle du 21 ,

Th*KSCAL\DE

Voici la description fort exacte qu'en fait riiislorieu Gautier :

ft Elles étaient teintes de noir pour n'être point aperçues dans l'obscurité: et faites de plusieurs pièces qui s'emboîtaient les unes dans les autres pour être plus aisément portées par les mulets et plus facilement raccourcies ou allongées. I/extrérailé d*en bas était pourvue de fer en pointe pour être licliées en terre et pour demeurer plus fermes. Celle d'en haut, qui devait reposer contre la muraille, était garnie d'une poulie couverte d*un drap feutré, afin de couler plus aisément et sans bruit ^. On peut encore les voir à Tarsenal où elles sont soigneusement conservées.

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