II
l'escalade 7Ô
Les troupes ducales paraissent s'être partagées en deux corps d'armée qui marchèrent sur Genève des deux côtés de TArve, Tun par Gaillard. Pinchat et Carouge, l'autre par Yillette et Champeh On avait choisi cet ilinéraîre un peu détourné pour éviter autant que possible des rencontres qui auraient pu donner réveil à la ville endormie, et pour que le grondement des eaux couvrit quelque peu le bruit des pas et le cHquetis inévitable des armes. Ces deux corps se joignirent sous le plateau de Champel pour continuer à descendre le cours de l'Arve jusqu'à la Jonction , et pour remonter ensuite le cours du Rhône par la Couiouvrenière, alors presque entièrement déserte» Dans celte marche nocturne deux incidents, plutôt comiques, sont â signaler.
Un lièvre effrayé passa dans les rangs des soldats et fut pris d*abord pour un espion qui s*enfuyait soudain, ce qui causa pour un moment quelque inquiétude aux chefs de l'entreprise. Un peu p!ys loin ceux-ci, voyant en avant quelque chose de suspect, tirent arrêter brusquement leurs soldats. Des ombres noires, placées en ligne et pareilles â des hommes, barraient le chemin. Etaient-ce des Genevois qui, avertis, se disposaient à accueillir
les assaillants par une décharge meurlrière? Etailce une embascade habilement préparée dans laquelle on allait tomber? Cependant ces soi-disant ennemis gardent une immobilité bien singulière. On approche. Ce sont des rangées de pieux entre lesquels les ouvriers d'tme manufacture de tissage ont coutume d'étendre leurs pièces de serge pour les sécher.
Enfin tous sont réunis, à peu près sur l'emplacement du cimetière de Plainpalais. Le père A texandre Hume^ jésuite écossais, confesseur de François de SaleSj qui parait avoir été poar ainsi dire le chapelain de Texpédition, exhorte une dernière fois les troupes et leur prodigue les encouragements. Le moment solennel arrive. L'attaque do Genève Ya commencer.
Pour comprendre comment les choses se passèrent, il convient de se représenter que les quartiers actuels près de Tancienne grande Poste, du Victoria-Hall, du Conservatoire de musique, n'existaient pas : ce n'étaient alors que des terrains vagues, des jardins maraîchers on des ouvrages de fortification Totite la rangée des maisons qui va aujourd'hui dn Musée Rath à Timmeuble du Crédit Lyonnais n*existait pas davantage.
Les envahisseurs avaient devant eux un fossé
l'escalade il
rempli d*eau qui enlourail toute la vil ie et corarauniqirnil avec le Rhône elle Lac. Au-dessus une haute muraille en arriére de laquelle se dressaient les maisons de U Corraterie, celles dont la face postérieure borde la rue de la Cité. A droite j à peu près où se trouve le monument du général Dufoun s'élevait la porte Neuve qui donnait accès dans la place de ce nom : elle était bien fermée et gardée par les soldats. A gauche, ducdté du Rhûne, la porte de la Monnaie par laquelle on entrait dans les Rues Basses.
Le projet des chefs savoyards consistait à escalader la muraille entre ces deux points extrêmesj car ils savaient qu'entre le poste duRoulevard de roie^ ouvrage avancé qui aliénait â la porte Neuve, et la porte de la Monnaie au bord du RhOne, il n'y avait pas de sentinelles, ayant remarqué dans leur récent séjour â Genève, que la guérite qui se trouvait entre deux demeurait toujours veuve de gardien. Les m ag t s tr a ts . p ar rai son d 'éco n omi e, a vai e n t su p pri m é ce poste.
Le gros de Tarmée fut donc laissé à la Couleuvrenîère et à Pïainpalais, avec ordre d'entrer par la porte Neuve dès que celle-ci serait ouverte, au premier signal, et ceux qui avaient été désignés pour TEscalade proprement dite se rendirent au bord du fossé, se gardant de faire le moindre bruit. Soudain une troupe de canards effarouchés prend son vol avec force cris et battements d'ailes. A ce tapage les
'^1 l'ëSCALAT}E
assaillants sont consternés. Bientôt pourtant le calme se rétablit. Les soldais de la Monnaie ont bien entendu ijuelque chose, mais, mettant là frayem^ subite de celte genL volatile sur le compte d'une loutre, déjà signalée, il ne s'en préoccupent pas autrement.
Après cette alerte, les cuirassiers se mettent à l'œuvre. Ils comblent le fossé avec des fascines et des claies, el parviennent jusqu'au pied de la muraille contre laquelle ils dressent trois échelles. Deux heures ont sonné déjà à la tour de Saint- Pierre ^ D'Albigny es! présent pour encourager les Ijens et assurer la (îdt'le exécution de son plan. Le père Alexandre exhorte les soldats ; leur promettant, en cas de malheur, de célestes récompenses, et distribuant de petits billets renfermant des prières capables de les préserver du feu, du fer et de la mort. — Montez seulement, dit-il, montez ! Ce sont les degrés du paradis.
Les échelles avaient été placées en face de la maison Tliellusson où était déjà cette tour carrée qui avance sur la Corraterie. naguère local de la librairie ancienne Delay, bien connue de toute une génération^ aujourd'hui servant de magasin à MM. Bron
1 La secr(5taire Oautter» dans le récit ^ûvoyé k Zuiich, le 13 décembi'et dit que lyâ ecnemis amvèreol à deux heures et commencèreul k monter à trois heure» ♦ Le récit du registre de la Compagnie des Pasteurs dit qu'ils gravirent lea échelles de deuï à trois heurea-
et Berguer, Sur le ctiemin de ronde, entre la muraille et cetif) maison ; apparaissenl bientôt de Sonnazj d'AUi^ac et six de leurs compagnons. Ils gravissent le chemin de la Tertasse, pénètrent par la porte de ce nom, alors ouverte et dépourvue de garde, dans laGrand'Rue, descendent la Cité,se glissent dans les Rues-Basses jusqu'au Molard, sans voir âme qui vive, et reviennent an plus tôt annonçant que Genève dort et ne se doute de rien. Les chefs Font si assurés du succès que d'Albignj se ïiâte d'envoyer â Charles-Emmanuel un message ravisant que l'affaire est en bonne voie et qu'on peut la considérer comme faite. Le duc lui-même dépêche des courriers dans toutes les directions pour faire savoir cette bonne nouvelle, et dès le lendemain, en Savoie, en France et en Italie, on ne parle que de la prise de Genève. C'était vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
Tout marchait donc â souhaiU Le silence était absolu, Tobscurité profonde. A mesure qu'ils arrivaient, les cuirassiers allaienL se ranger le long des
maisons ou s'étendre sous le parapet en attendant le signal de Taction. Près de deux cents hommes avaient déjà envahi les remparts et le nombre des envahisseurs ne cessait de s'accroîtrej lorsqu'un in-
SI l'escalade
ciUent imprévu vint précipiter les choses et forcer les Savoyards à se démasquer plus vile qu'ils n'auraient voulu,
ïln soldat de la Monnaie, ayant entendu quelque bruit dans le fossé, avertit sou caporal, F^'ançois Bou^ezel^ et bientôt tous deux sortent du poste avec une Janterne, pour voir s'il ne se passe pas quelque chose d'insoUte. A peine ont^ls fait quelques pasqu'ils se beurtent à des hommes armés- Brunaulieu se jette sur le caporal et Tégorge avant qu'il ait eu le temps de crierj mais le soldat làcba son coup d'arquebuse, bat en retraite et parvient à s'enfuir au corps de garde» Des cris se font entendre. Des lumières apparaissent aux fenêtres. Bientôt le son grave de la Clémencej et le son strident de la cloche d'argent, puis le carillon de toutes les églises, apprennent aux Genevois qu'il faut se lever et prendre les armes, que Tennemi est dans les murs et qu'il s'agit de le repousser.
Malgré ce contre temps, Brunaulieu ne désespère pas de réussir en agissant promptement. Il tâchera donc de s'emparer au plus tôt de la porte Neuve, et de l'ouvrir soit avec la clef, soit en y appliquant un pétard, afin de donner entrée aux régiments qui attendent à Plainpalaîs et, pour laisser aux siens le temps nécessaire, il s'efforcera d'écarter à tout prix de la place Neuve les défenseurs de la ville. Pour cela, il lui faut obstruer les portes de la Tertasseet de la Treille, occuper celle de la Monnaie et aussi
les maisons de la Corraterie dont les allées Je traverse peuvent livrer passage aux (.Tenevois et ^fon, (l'ailteurs^ il était possible de diriger un feu meurtrier sur les assaillants qui ne cessaient de monter par les échelles.
Le plan était bien con^u^ maiSj par bonheur, Brunaulieu n'avait pas encore assez d'hommes sous la main. C'est ce qui en compromit Texécution,
Tandis que les citoyens sortaient de leurs maisons à demi vêtus, mais les armes à la main, pour se remire, les uns à leurs quartiers militaires, les autres à VendroiL où ils entendaient des coups de feu et des bruits de bataille, les agresseurs dirigèrent donc contre eux plusieurs MEque^ siynuUanées^
Chaffardon, à la tête d'un détachement, se jette sur le poste de la Monnaie, 11 est chaudement regu par les soldats qui y sont barricadés* Mais la supé-
86 l'bscaladb
rtorité duûombre l'emporte. Il s'empare du bâtiment et pénètre sur la petite place de la Cité- Là, il rencontre quantité de bourgeois qui arrivent parles Rues -Basses et la haute ville. Une lutte désespérée s*engage, avec des alternatives diverses* C'est là que tombèrent, parmi les Genevois : Poteau^ ^^^y^ GalUttin, Bandière, En On les Savoyards faiblissent, ils reculentj ils sont rejetés sur la Corraterie en laissant nombre des leurs sur le carreau.
Un autre groupe d'assaillants a enfoncé la porte de Tallée de Julien Piaget, entre la tourThellusson et la Monnaie K Mais, derrière la porte, le commis de Julien Piaget, Abraham de Baptista, une épée à la main, barre courageusement le passage. Il tombe percé de coups, au moment où des citoyens qui descendent la rue de la Cité entrent par l'autre issue de la maison. Bientôt les envahisseurs sont en déroute, en partie massacrés dans une écurie où ils ont cherché un refuge, en partie rejetés sur la Corraterie d'où ils sont venus. C'est là que le Genevois Picttc Cabriol tombe pour ne plus se relever. Une autre attaque des Savoyards contre la maison du pâtissier Âguiton, entre la tour Thellussonet]a Tertassej n'a pas plus de succès.
La troupe qui a gravi le chemin de la Tertasse n'a pas de peine à occuper la porte de ce nom qui, comme nous Tavons vUj était alors ouverte et non
*■ Corraterie 11^
Jean SAVION, Syndic (1565-1630)
Auteur présumé dm : « Annales de la cité de Genève »- Il reTétit sii fois Iîa digoîté syndicale. Le ConseJ! TeTivojH plusieurs fois eu iniât^ioû diplomatique auprès dei^ cours, de Fiance et de Savoie, 11 Jlt partie avec J. Leol ei J. Aujorraai ile la derpière dépiUation eavoyée par Genève à Tarin vorn Cliarlea Euiiiianiiel (Nov. 1601). Voir^^pa^e ; 03,
L'Esc ALuiE par E. Dâiikiagor, A, Gniliot, Ch, ChïCh ; Bggimann éd, IS^H
t'BSGÂLADB S9
gardée; et à s'y barricader. Mais les Genevois ne les y laissent point tranquilles. De grands coups se portent de partetd*untre. Là, succombent au champ d'honneur le vieux syndic Cmiai^ qui montre la témérité d'un jeune fiomme, l'architecte Nkoim Botjueret, cetui môme iiui construisit la rampe de l'Hôtel de Ville, et plusieurs sont blessés. Après une longue lutte, la porte est dégagée, et les ennemis sont refoulés sur la place Neuve.
C'est làqu^étaitj répétons-le. le nœud de la situation. Si les Savoyards avaient pu faire sauter la porte, les troupes qui attendaient au dehors envahissaient aussitôt Genève, sans résistance possible.
C'est pourquoi Brunaulien en personne avait dirigé l'attaque de ce côté là. Le poste genevois se composait de treize hommes, La plupart ayant lâché leur coup d'arquebusej se replièrent vers la porte de l'Hôtel de ville, qui se referma bientôt sur eux. Brunaulieu restait maitre de Neuve^ du moins il le croyait, et Tun des siens faisait déjà jouer le pétard pour en rompre les battants, quand le soldat îsaac Merder, Lorrain au service de Genève, qui n'avait pas fui avec les autres, mais s'était hissé à Tétage supérieur, fit tomber la lourde herse, seconde porte de fer qui glissait dans des coulisses et qu'on tenait ordinairement soulevée par des chaînes. En vain s'etTorça-t-on de la soulever de nouveau ou de la briser? Elle olïrit une barrière immuable et iu-
franchissable ^ Tandis que les hommes de Brunaulieu se démenaient autour de cet obstacle imprévu, ils furent attaqués par des citoyens venant du haut de la ville, et durent faire face à l'ennemi. C'est là qu'eut lieu un combat homérique, corps à corps, sans merci. Deux fois les Genevois furent repoussés grâce aux renforts que déversaient toujours les échelles, mais à la fin, ayant été rejoints par un fort contingent de citoyens, ils reprirent la Porte-Neuve, et les Savoyards se trouvèrent bientôt tous acculés à la Corraterie, près du mur par lequel ils étaient venus. C'est alors qu'un coup de canon, parti du boulevard de l'Oie, rompit deux des échelles et précipita dans le fossé nombre de cuirassiers.
Les régiments qui attendaient à Plainpalais crurent que ce coup de canon était le signal convenu,
* Isaac Mercier fut, après Dieu, le vrai sauveur de Genève. On lui donna quelquefois des gratifications en argent pour reconnaître le service rendu. Ainsi, " le 7 janvier 1603, la Compagnie des Pasteurs vota « qu'on fera présent d'un ducaton de l'argent de la Compagnie à un poure garçon blessé au jour de nostre danger et qui avoit fait ce bon service à la ville que d'abattre la coulice ».De même le 10 décembre 1630: « Luy esté donné un thaler en mémoire de ce qu'il baissa la colisse à l'Escalade ». C'était maigre. Notre génération, plus reconnaissante, ne pourrait-elle pas donner le nom d'une de nos rues au brave soldat dont le courage et la présence d'esprit firent le salut de la ville ?
M. Louis Dufour-Vernes a déjà, émis ce vœu dans son écrit sur La Promenade de la Treille à Genève (Bulletin de l'Institut national genevois, tome XXXIII. p. 368).
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l'bsgalade il
et les tambours de battre, les trompettes de sonner comme pour la victoire, au moment même où commençait la déroute de leurs amis*
Des fenêtres de !a Corraterie tombent des torchons de paille enflammés qui Ytennent éclairer cette scène nocturne, et de ces mémos maisons que les Savoyards ont vainement attaquées, comme de celles qui dominent la Tertasse, et aussi de Tile du Rhône, partent des coups d'arquebuse qui ravagent leurs rangs ; ils vendent chèrement leur vie. Michel Monnard, Daniel Bumbert, Jacques j/erne/*. Jaques PeliU viennent grossir les perles des Genevois qui ont déjà vu tomber autour de la porte Neuve Jean Guignet, Jean Vandel et Martin Dehoto. Brunaulieu qui ne veut pas survivre à la défaite, périt les armes à la main- Mais la plupart de ses compagnons cherchent leur salut en se dévalant du haut des murailles au risque de se rompre les membres^ ce qui arriva à plusieurs ^
Vers cinq heures et demie du malin les Genevois étaient redevenus entièrement maîtres de la place ; ils avaient entre les mains des prisonniers de marque; et le canon de la Treille, pointé contre Plainpalais, achevait la déroute de la cavalerie et de rinfanterie ducales.
' Qoulart raconte que quelques-uns de ces hommea armés ■ étant rudemsat châus ^\ir\& père Âleiandr**... il a emporté les marques en Avi^^iioa, qù il s'est relirt^ quelques bernai nés aprèâ^ mns avoir chaut i^ ine^ââ iJedi^ns là temple d& Sftint- Pierre, comme il s'en étoii v&nté. »
92 i'KSCALADE
^ D'Albigny, raconte Gautier, consterné du funeste événement de son entreprise, si bien concertée et si mal exécutée, voyant que les courtauds de boutique, comme il appelait les Genevois, avaient (les bras pour se défendre et du cœur pour faire sauter les murailles à ses gens, fit sonner la retraite qui vint à propos, à ses troupes, maltraitées et transies de froid et de peur* Elles se retirèrent à la bâte et en désordre, du coté de Bonne, et rapportèrent au duc le malheureux succès de leur entreprise.
C'est ainsi que notre ville qui. à vues humaines^ était déjà prise et perdue, fut sauvée par Ténergie de ses habitants, par i'héroïijue dévouement de
plusieurs, et aussi, on peut le dire^ par une intervention providentielle, car ce furent des circonstances fortuites où la volonté de l'homme n'entre que pour fort peu de chose^ qui déjouèrent le? calculs les mieux combinés : un brnit dans le fossé ; la ronde de Rousezel ; la lierse qui, retenue par une force inconnue, quelques grains de sable peut-être, ou un peu de rouille dans la coulisse, ne veut plus se relever ; un coup de coulevrine qui; tiré dans In nuit, sans but précis, rompt les écbelles et achève de déconcerter les assaillants. Il fut évident pour tous, selon Texpreasion du secrétaire d'Etat, qu'en ce jour « Dieu besoîgna pour nous, pauvres enfants de Genève ».
Les difticultés de la lutte furent très grandes et, du côté genevois, dans les pires conditions,
?fos pères, réveillés en sursaut, sortant à deminus de leurs maisons, ayant trouvé plus vite, comme on l'a ditj leurs armes que leurs vêtements, ne savaient pas au juste ce qui arrivait, ni sur quel point il fallait se porter de préférence. Ils ignoraient le nombre des assaillants, leur plan d'attaque, et purent se figurer tout d'abord que Tenue mi était entièrement maître de la ville et qu'il n'y avait plus qu'A mourir.
Cette confusion fut encore augmentée par la tactique des Savoyards, qui se reconnaissaient et se ralliaient les uns les autres, selon qu'il était entendu entre eux. par ce claquement de la langue que fait
9i l'escalade
un cavalier lorsqu'il veut exciter son cheyalj mais qui criaient ; « Amis ! » s'ils rencontraient un groupe de Genevois, ou encore, pour les dérouter et les écarter du foyer de la lutte : « L'ennemi est aux portes de Rive ! » Ce fut seulement lorsque le combat eut été engagé sur toute la ligne que ces cris : « Vive Espagne! Ville gagnée ï » retentirent dans tous les groupes; portant an loin rintimidation et la terreur.
L'obscurité profonde où Ton était plongé offrait un obstacle de plus, La nuit continuait à être ^ aussi noire que d*encre », comme dit la chanson. Sans les torchons de paille entlammée. déjà mentionnés, les défenseurs de Genève n'eussent pu achever leur œuvre et aurait risqué de s'entre-détruire. Il est probahle que ce furent les femmes qui éclairèrent ainsi leurs maris et leurs frères, combattant sous leurs yeux. Comme on le dit plus tard en plaisantent, elles sacrifièrent leurs paillasses sur Tautel de la patrie» Elles étaient prêtes, d*ailleurs à d'autres sacnficos.
Quelques-uneSj en effet, ne se bornèrent pas à un rôle secondaire et prirent une part active à la lutte. Simon Goiilart, qui fit une relation de l'Escalade quelques Jours après Tévénement, et Jean Sarasirij
l'auteur du Citadin de Genève *, s*accordent à nous montrer des femmes parcourant les rues la hallebarde à la main et, comme si toute leur vie elles avaient manié les armes, se comportant en vrai soldats. Une d 'elles j au dire d'un chroniqueur , debout sur le seuil de sa maison et munie d'une longue piijue, blessa plusieurs Savoyards et les empêcha d'envahir sa demeure.
Les noms de ces héroïnes ne sont pas parvenus à la postérité, sauf celui de M""* lioifaume. Mais avant de parler de celle-ci, raconlons un fait singulier qui arriva à jI/"" Jtdien PiageL née Jmmie Baiid. Eiïrayée au bruit des ennemis qui, après avoir tué Abraham de Raptislaj son commis, envaliissaient déjà Tescalier de sa maison, et sous le coup d'une surexcitation nerveuse qui décuplait ses forces, elle parvint à pousser contre sa porte un meuble extrêmement lourd, puis, ouvrant sa fenêtre, elle appela à son secours des Genevois qui descendaient par la rue de la Cité et leur iam;a les clefs de Faltée. Le meuble, remué pai- elle, était d'un si grand poids que^ le lendemain elle fut incapable de récarter, et que trois hommes forts ne furent pas trop pour défaire ce qu'elle avait fait elle-même si facilement pendant la nuit.
Un nom vraiment populaire est celui de M™^ Royaumej ou de la mère Royaume, comme on dit volon-
) Dana là Vra^/ discoUf*s. de la miraauUv^t délier anci^^ qu'on lui attribua.
tiers à Genève. Elle a bien mérité les deux intéressants écrits que lui a consacrés M. Louis Dufour, archiviste d'ElaL Elle était née Catherine Cheynel, et avait épousé Pierre Royaume, de Lyon, reçu bourgeois en 1598, et graveur de la Monnaie. C'est â cause de cet emploi que la famille Royaume occupait un appartement dans Timmeuble de la Monnaie, propriété de l'ELat^
Lorsque, les Savoyards envahirent la petite place qui est au bris de la Cité, M"»« Royaume, joignant ses elTorts à ceux des patriotes, jeta sur eux tout ce fju'elle Iroiiva sous sa main, pour les assommer ou tout au moins les inquiéter dans le combat : des pierres, de? oulils^ un fond de tonneau qui parait avoir fait merveitle, enfin un lourd pot d'étaiu qui abattit son homme et que la tradition a transformé en marmite remplie de soupe au riz. Ce pot d'étain fut longtemps et pieusement conservé dans la famille Royaume^ puis il passa à TArsenal et y resta jusqu'au commencement de ce siècle. Il disparut pendant la domination française.
L'anecdote de M"^ Royaume n*est donc point une légende. Celle femme genevoise a vécu en chair et en 0S5 et si le nom qu'elle tenait de son mari s'est éteint au XVIil^ sièclej elle a laissé des descendants authentiques dans des familles genevoises connues et respectées : les Des Arts, les Sautter, les Humbert, les Claparède.
< YqIt mis 2 page m*
l'escalaj&k $%
Pour en finir avec le rôle des femmes pendant la nuit de TEscaladCj n'omettons pas un trait touchant qui nous a été conservé par un chroniqueur. Il parle de celles qui « se tinrent coyes en cette nuitlà dans leurs maisons, et vaquèrent à prières et à oraisons ^.
Ainsi, tandis que les échelles continuaient k dégorger sur nos murailles de nombreux ennemis^ tandis que des cris de haine, de rage et de sang retentissaient sur le théâtre de la lutte, tandis que les citoyens genevois, daus Tardeur de la bataille, étaient exposés aux coups d'épée et aux coups de feu, risquant leur vie pour le salut de la cité^ leurs femmes, leurs mères, leurs filles et leurs sœurs, auxquelles il convient d'ajouter les vieillards et les enfants, comme jadis Moïse sur la montagne pendant que les Israélites en venaient aux mains avec les Amalécites, priaient avec ferveur le Dieu qui peut tout, le Dieu qui peut sauver do péril les peuples et les individus. Et TEternel entendait leur cri et faisait droit â leur requête.
Reslés maîtres du champ de bataille, les Gène- Tois comptèrent» gisant sur le soU cinquante-quatre cadavres ennemis (un plus grand nombre mourut en Savoie des suites de blessures), et ils avaient entre les mains treize prisonniers , Que devaient-ils faire de ceux-ci ? Il y avait parmi eux des gens de haute noblesse, comme le comte de Sonnaz, cousin germain du duc de Savoie, le seigneur d^Attignac, de Galiiïet, et d*aatres encore.
Leur procès fut promptement terminé. La prudence conseillait de les épargner, mais Tindigna-" tion populaire était telle que les magistrats durent y céder. On ne les considéra pas comme des belligérants pris les armes à la main et ayant droit à des égards, mais comme des voleurs qui étaient venus de nuit et avaient voulu pénétrer par effraction dans la ville et dans les maisons. Malgré leurs titres nobiliaires ou leur qualité d'officiers et de soldats de l'armée ducabj ils furent donc condamnamnés à être pendus, comme de vulgaires criminels,
La sentence, prononcée au matin du i^ décembre, fut exécutée le même jour, à deux heures et demie après midi- Toutes les offres de rançons furent reppussées, ainsi que les requêtes de plu-
sieurs, âésireax de subir une peine moins infamante que la pendaison. Le soir, on pouvait voir soixante-sept têtes, — celles des exécutés et celles dei morts dans le combat^ — attachées à des pieux le long du boulevard de l'Oie. Elles semblaient contempler le lieu même de leur nocturne forfait- Le Rhône roulait autant de cadavres décapités, sauf pourtant celui de Sonna? qui fut rendu aux instances de la comtesse sa femme, laquelle mourut de chagrin peu de temps après*
On peut reprocher aux Genevois d'avoir montré, dans cette circonstance, une excessive précipitation et une rigueur extrême, en regrettant de n'avoir pas à enregistrer un acte de clémence qui eût témoigné en faveur de l'esprit chrétien de la République protestante. Mais il faut tenir compte des mœurs de Tépoque, qui étaient rudes, et de l'explosion de légitime colère que produisit dans la ville cette attaque faite en pleine paix, immédiatement après la mission sournoise et si pacifique d'apparencej de M. de Rochette, Il faut se dire aussi qu'un acte de chrétienne miséricorde n'eût pas manqué d'ôtre interprété comme un acte de faiblesse dû à la crainte des hommes. Et d'ailleurs, tout sentiment de pitié pour les coupables s'atténue et tend à disparaître, quand on songe au traitement qu'ils étaient résolus â infliger k Genève, en cas de succès.
Le duc avait promis à ses soldats le sac de la ville, abandonnant à leurs violences la population
Idf l'bscàlade
féminine et leur recommandant de tuer sans merci tons les hommes. Après trois jours de pillage, tout ce qui resterait^ maisons, propriétés et richesse, devait passer dans les mains du duc, qui en disposerait à son gré. <^ Quant aux Seigneurs du Petit Conseil restant en vie, on devait, dit Goulart, les faire traîner ignominieusement et cruellement par dessus le pavé des rues, puis les faire attacher à des gibets* Quant aux ministres de TEglise de Genève, ils étaient condamnés à être tenailléSj brûlés à petit feUj et leurs corps réduits en poudre, réservé la tôte du plus ancien d'entre tous^ laquelle eût été portée à Rome et offerte en agréable présent au pape. »
Nous ne savons quel crédit il faut accorder à ces dernières assertions du chroniqueur, mais, puisque nous avons nommé le souverain pontifej c'est le moment de dire qu'il paraît avoir été fort affligé du mauvais succès de TEscalade. Dans les dépêches de Tambassadeur vénitien à Home, dépêches conservées aux archives de Venise et publiées par M, le consul Cérésole, nous lisons en effet ce qui suit :
ffi La nouvelle de Tentreprise tentée récemment par le Seigneur duc sur la ville de Genève, apportée par un coui-rier accéléré à Monsieur l'ambassadeur de Savoie, et transmise aussitôt à rillustrissime Seigneur Cardinal Âldobrandini, a donné lieu dans celte cour à beaucoup de pourparlers. Le pape a été fort affligé de ce que Tentreprise ait été vaine^ et
l'bscàladb lOi
dans quelques coudes paroles adressées hier par lui, sur ce sujets k l'ambassadeur de France, il a cherché une excuse dans la pieuse intention de Son Altesse, et a paru croire que pour ce motif, le roi très chrétien n'en aurait pas de plaisir, puisqu'il s'agit du service de Dieu dans la destruction de race criminelle. »
Outre une trentaine de blessés dont aucun ne succomba, les Genevois eurent à déplorer la perte de dix-sept bons citoyens, trouvés gisants au champ d'honneur. Nous avons cité, en passant, leurs noms, sauf celui de Marc Camhiague.
Il était légitime d'accorder aux dépouilles mortelles de ces nobles victimes des honneurs exceptionnels, et les Genevois ne se iirent pas faute de leur rendre ce témoignage mérité de reconnaissance publique. Elles furent inhumées, toutes ensemble, dans le cimetière de Saint-Gervais, le long du mur septentrional du temple, sur lequel l'inscription suivante fui gravée en latin :
<c A Dieu tout bon, tout grand, tout saint. Ceux dont les noms sont écrits et dont les corps reposent ci-dessouSj ô nos descendants, quand les ennemis s'introduisirent en pleine paix dans notre viOe, leur
i (»^ l'esgâljidë
opposant bien à propos, dans cette extrémité, leurs armes cotirageuses et tous leurs autres moyens de défense, sont tombés pour la République, d'une mort glorieuse et honorablej le 12 décembre 4601 C'est pourquoi le magnifique Petit Conseil à pris plaisir à leur décerner ce monument à perpétuité. »
Jean Canal, conseiller, Louis Bandièhë.
Jean V'andël.
Louis Gallatin.
Pierre Cabriol.
Marc Cambiaguk.
Nicolas Bo&UËHËT, Jacques Mërciëu, Abraham De BArnsTA.
Martin Debolo.
Driniel Humeskht.
Michel MoNARD, Philippe Poteau- François Bousezël.
Jean Guigset.
Jdcques Petit, Girard Muzv,
A cause des percements de rues qui se préparent, les ossements des victimes de TEscalade ont été transportés pieusement, en 1895, de Tautre côté du mur, dans le temple, où rinscriplion ci-dessus a été soigneusement reproduite.
i/escalade 4BÏ
Sî nos ancêtres se montrèrent reconnaissants envers les hommes, ils n'oublièrent pas de rendre grâce à Celui qui s'était servi de ces hommes pour sauver Genève,
On a souvent raconté que Théodore de Bhze^ n'ayant rien entendu pendant la nuit à cause de sa surdité, quand on lui eut décrit Taffaire et qu'il eut vu les morts couchés sur le carreau, s'écria: ^ Montons à la maison de TEternel », et entraîna le peuple après lui, dans la caihédralej pour remercier Dieu.
Le fait est41 authentique î Aucun des récits conleraporains n'en fait mention. N'oublions pas que le \% décembre était un dimanche, et que les temples furent ouverts aux fidèles ce jour-là, comme de coutume. Mais si Ton en croit Esâie CoUmion, les services religieux semblent avoir été en partie supprimés ou tout au moins simplifiés, et en général moins fréquentés que d'habitude. Voici en effet ce que nous lisons dans son Journal :
€ Le dimanchejjourde l'exécution, on ne lit point le prêche du matin — il veut parler de celui qui se faisait avant jour. — A celui de huit heures ne se purent trouver beaucoup d'tiommes. M. de la Faye expliqua le Psaume CXXIVj lequel on avait
chanté. On ne fît point de cathéchisme. Au soir, M. Jaquemot fit seulement la grande prière, laquelle il amplifia fort à propos ; le même se fit aux autres temples. »
Il n'est point question dans ces lignes du vénérable doyen de l'Eglise de Genève, ce qui ne veut pas dire, d'ailleurs, qu'il n'ait pas pu prendre la parole quelque part pour exprimer son sentiment, dans une prière ou dans un discours. Mais on ne peut rien affirmer à cet égard, en se basant sur des documents primitifs ^.
Ce fut dix jours après l'Escalade, le mardi 21 décembre, que les Genevois célébrèrent un Jeûne solennel et que, selon un récit du temps, « tout le peuple, depuis le plus grand jusques au plus petit, se montra zélé... à rendre grâces à Dieu et... à faire retentir ses louanges ».
Alors, il purent chanter de tout leur cœur ce Psaume CXXIV, qui demeura le cantique de l'Escalade, et qui fut, dès lors, entonné chaque année dans nos églises, le 12 décembre, de 1603-1782,
* Le récit que fait rhistorien de Genève, Antoine Gautier, est certainement Torigine de cette anecdote. Voici ce qu'il raconte : « On dit que Th. de Bèze, qui était alors dans sa 83* année, n'entendit point le bruit de TEscalade, et qu'il fut fort surpris quand on le mena voir le lendemain les morts jonchés le long de la Corraterie. Quoiqu'il ne prêchât plus, il ne laissa pas de monter en chaire ce jour-là. Il fit chanter le Ps. 124... qui s'est toujours chanté depuis à pareil jour. »
M"» Julien Piaget... parvint à pousser contre sa porte un meuble extrêmement lourd... Page 95.
L*EsoALADB par H. DenMnger, A. Gnillot, Ch. G^oth; Bggimann éd. t902.
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tant qu'on célébra ofïiciellement et religien sèment
lîi grande délivrance ;
Ohl Q a Israël peut bien dire en ce jour Que si là ciel poae noua n'eût pas été, Si i& Seigaeur tx^eiït son peuple atsâlatâv C'en était fait sans eapoir de retour, Quand Tennemi âur nous ae fut jeté.
Des conjurés les rapides torrents Eussent sur nous cent et cent fois passé, Mai» i^luire h Dieu qui n'est plui;; courroucé, Et qui u'a point permis à cea tyrans D'engloutir tout, comme ils Tavaieat pende.
Il nous reste à signaler les sentiments de bienveillance que. mulgré les entreprises et la haine dncalesj les populations savoisiennes des environs ont toujours témoignés aux Genevois.
L'armée de Charles-Emmanuel, avons-nous dit, se composait, dans sa majeure partie, de Iroupes étrangères, et ne renfermait que très peu de Savoyards.
Ce furent des Savoyards qui s'efforcèrent de donner aux Genevois des avertissements malheureusement peu écoutés. Leurs sentiments étalent si connus que les régiments de d'Albigny^ en route pour Genève au soir du ^1 décembre, arrêtaient les
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paysans sur la route^ de peur qu'ils n'allasBent donner L'alarme à la ville.
Ces bonnes relations réciproques apparurent d'une façon édatanle lors de la signature du traité de Saînt-JuUenj qui assurait la paix entre la Savoie et Genève, C'était le ISS juillet 1603, Les campagnards de la contrée avoisinante, rassemblés à Saint-Julien^ attendaient en foule autour de la maison où discutaient les négociateurs. Tout à coup, vers onze heures du matin^ M. de Rochetle parait à une fenêtre et s'écrie : « Réjouissez-vous, mes amis, et louez Dieu 1 La paix est signée I ^ Alors une joyeuse clameur se fit entendre, et bientôt la multitude de nos voisins envahissait Genève, non pour y porter le fer et le feu, mais pour serrer amicalement la raaiu de nos pères et fêter avec eux le rétablissement public de Tancienne cordialité.
Les Savoisiens, si nombreux à Genève, peuvent donc fêter avec nous la fête de l'Escalade sans aucune arrière-pensée, La tentative criminelle dirigée contre nous fut tramée par les princes, par les diplomates, par les gouvernements : les peuples n'y furent pour rien. L'anniversaire du 12 décembre, bien loin d'éveiller dans les cœurs genevois contre leurs frères de la Savoie, des souvenirs amers, remet plutôt en mémoire les services rendus et rappelle une séculaire amitié.
Lorsque le secrétaire de la Compagnie des Pasteurs, au malin du 12 décembre i602, écrivait sur le registre officiel la relation de ce grave événementj il termina son récit par ces mots : « Genève se souviendra à jamais de la suprême bonté de Dieu qui l'a tiré d'un si grand danger el ruine totale par sa seule main ».
Il avait raison. Genève s'est souvenue^ et Genève se souvient»
Elle se souvient de la délivrance merveilleuse que Dieu lui accorda, non seulement à cette date annuellement commémorée, mais encore dans d'autres circonstances où elle fut près de périr, où elle aurait sûrement succombé sans un secours imprévu et providentieL
Elle se souvient — el nous espérons que la jeune génération se souviendra — que le péril national peut changer de nature avec les siècles el qu'il faut toujours se tenir en garde. Le souvenir de Teffroyable catastrophe^ qui faillit emporter nos ancêtres endormis dans une sécurité trompeuse, servira à jamais d'exempte el d'avertissement. El comme écrivait le pasteur Simon Goulart^ le Saint-GervaisâHj ainsi qu'il s'appelle lui-même parce qu'il exerçait son ministère dans le faubourg de Saint*Gervais,
daûs une lettre à un sien ami où il relate TEscalade qu'il avait vue de très près : « A la vérité^ nous sommes comme un petit troupeau de moutons contre infinis escadrons de lions et de loupSj mais notre berger tout puissant n'est pas mort ; il nous a gardés dormans, il nous préservera veillans j*.
Sous la voûte de l'Hôtel de Ville, aussitôuprès la porte d*entrée, on lit ces mots gravés sur la pierre:
PUGNATE PRO ARIS ET FÛCfSj LIBERA VIT VOS DOMINLS
ANNO MDCiL C'esl rinscriptlon que les Genevois de jadis apposèrent sur leur maison commune en souvenir de ce qui venait d'arriver. Combattez pour vos autels et pour vos foym^s. Le Seigneur vous a délivrés le n décembre iô02>
Sur la tour du même bâtiment, du côté de la promenade de la Treille, les Genevois de notre temps ont placé une antre inscription qni rappelle que Genève après quinze années de domination étrangère, a reconquis son indépendance, en 18i3 :
m COMMÉMORATION DU XXXI DÉCEMBRE MDCCCXIK