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CHAPITRE n La lutte et les combouaPtEOIsies

Charks Ili. — Fuite de Bi^rtMier. — Prejjnère allianci avec Fribourg. — Jean de Savoie cède la souveraineté. — Mameîui et Eignots. — Guerre des harengs . — Hupture de Vaillance. — Séjour du duc à Genèm. — Affaire de Boukt, — Conseil des hallebardes. — Combourgeotsie avec Berne et Fribourg.— Les gentilshommes de la cuiller.— Nuit des échelles, ^ Bonirard à Chilion. — Arréi de Saint- Julien. — Seconde escalade. — L« Bernois secourent Genève.

VEC Vavénement tle Charles III tle Siivûie (i504), la luUe devient tragiijQe ; à aucun momenl Genèye ne fut plus près de perdre son indépen* dance. mais quand tout semblait

perdu, Dieu suscita à nos ancêtres des alliés donL la

fidélité les sauva.

tft ÀVANI l'escalade

A peine sur le Irûne^ le duc, en guerre avec les Valaisans; demanda au Conseil un secours de cent vingt iioiumes. Puis, enliardi par le succès, il voulut de l'îirtillerie. Celle fois il essuya a deux reprises un refus- Cmn des magistrats qui en avaient été les instigateurs, craignant le ressentiment du prince^ s'enfuirent à Fribourgj où ils se firent recevoir bourgeois; de ce nombre étaient Lévrier et PhiUbm^t BertheUer. Cet événement fut l'origine des corabour^ geoisies conclues dans la suite. Après le départ des fugitifs, le duc réussit â se faire octroyer rarlillerie demandée. Pour avoir un auxiliaire dans la ville, il fit nommer Jean de Garnie vicaire général de Tévêque. Le prélat, dés son arrivée, fil incarcérer Lévrier qui venait de rentrer à son foyer. Sans l'intervention des Fribourgeois, il est probable que les syndics n'auraient pas obtenu Télargisseraent de ce patriote.

La situation s*aggrava par le séjour que le duc fit à Genève. Il y vint le 6 avril 1o06; on fit des réjouissances publiques en son lionneur; on lui offrit des présents de même qu'à sa suite. Selon Tusage, les syndics lui demandèrent de jurer Tobservation des francbises de la ville. Il ne se décida à le faire qne lorsqu'il vit ces magistrats sur le point de s*en retourner avec le daisd'bonneur qu'ils avaient coutume de porter sur la tête des hôtes couronnés. Mauvais présage^ qui assombrit la figure des représentants du peuple. On n'ajouta guère foi aux décla-

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râlions qu'il fit peu après de respecter les droits de révéque et rindépendance de la communauté. Les événements prouvèrent bientôL qu'il était au contraire décidé à tout entrepi-endre pour s'emparer de la souveraineté de ta ville.

De janvier <5H auUjuin 15t2, nouveau séjour du duc à Genève. Il eut plusieurs contestations avec les syndics an sujet des fortifications et du droit de grâce qu'il prétendnil posséder. Les gens de sa suite se permettaient toules sortes d'excès qui demeuraient impunis. Quand il fut parli, il fit offrir le rétablissement des foires si la communauté lui prêtait serment de fidélité. Les Genevois tentèrent de recouvrer ce privilège à meilleur compte, toutefois ces négociations n'aboutirent pas. Entre temps, les relations de la ville avec le duc se gâtèrent; les sjndics avaient fait emprisonner le vidomne Ami Conseil coupable d'abus de pouvoir. Charles 111 vint exprés à Genève pour cette alTairOj le 25 février i5i3; il aurait voulu que févèque enfermât tous ceux qui y avaient trempé. Irrité de la résistance qii*il trouva chez ce dernier, il lui dit un jour : « Je vous ai fait d'abbé évèque, mais je vous ferai d'évèque le plus pauvre prêtre qui soit en votre diocèse. » Cependant il ne put mettre cette menace à exécution, car le prélat^ Charles de Seynaef., mourut bient(3t après. Quoique le chapitre eut clioisi pour lui succéder t'ahhé de Bonmont, Ciiarles fil obtint du pape la nomination de Jean de Sawie, auparavant

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vicaire général, qui lui était entièrement dévoué. Ils s'entendirent pour la cession du droit de souveraineté. En 1515, le frère de Léon ^épousa la sœur du duc. Profilant de ce mariage, Charles fit ratifier par ce.pape la cession ainsi obtenue. Heureusement pour Genève, le collège des cardinaux, gardiens jaloux des droits de l'Eglise, s'opposa au transfert de pouvoir car aucune cause valable de changement ne s'était produite. Les citoyens, comme on peut aisément comprendre, furent fort agités à cette nouvelle. L'évéque ne récolta pour sa trahison que haine et mépris.

Cet échec ne découragea pas le duc ; battu sur un point, il chercha d'aulres moyens pour arriver au but de ses convoitises. Pour comprendre les événements de celte époque, il est nécessaire de mentionner ici les deux partis politiques qui séparaient les citoyens en groupes hostiles. C'étaient d'un côté les Mamelus^ ou partisans de la maison de Savoie, et les Eignots qui s'étaient engagés par serment à défendre jusqu'au.sacrifice de la vie l'indépendance de la patrie. A la tôle de ce dernier parti se trouvait

' Nom qu'on donnait aux soldats qui renonçaient à la foi chrétienne pour entrer au service du sultan.

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Philibert Bmhdier^ homme généreux mais lurbulenU II se laissa entraîner à prendre part à une ïDauvaise plaisanterie que les jeunes gens <le la ville ae permirent k l'adresse du juge des trois ctiiUeaux de Tévêque. Aussitôt accusé du crime de lèsemajesté, Berthelier s'enfuit à Fribourg où il resta quelque temps. L'évêquej à la requête des Seigneurs de Fribourg. lui accorda un sauf-conduit pour venir se défendre devant les syndics* Là le vidomne Taccusa d'avoir, avec d'autres, conspiré la mort de Tévéque. Berthelier s*en défendit victorieusement. Vains efforts^ le duc avait résolu sa perte; pour y parvenir il attira en Piémont deux jeunes gens^ Nam et Blanchel, ennemis de Berthelier. Ces malheureux se laissèrent prendre a»x promesses fallacieuses du Savoyard et consentirent à avouer que. de concert avec Bertlielm\ Pécolat et tin nommé Carmentran, ils avaient voulu empoisonner Vé\éqiie.Au Heu de la récompense promise, le duc. pour leur ôter la possibilité d'une rétractation, les lit mourir, et les Genevois apprirent un matin avec horreur que les membres découpés et salés de ces deux malheureux égarés pendaienl à un arbre pr^s du pont d'Arve. L'évOque fit aussi emprisonner Pécolai: aliu de ne pas être exposé à faire des aveux forcés par la torture qu'on lui infligea* il se ru une blessure à la lanij'ue avec un rasoir. L'intervention énergique de nonivanf le fit libérer. Quant à Berthelier il fut acquitté par le Conseil qui n'avait

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plus aucune raison de ménager Tévôque et le duc,

La cruauté de Charles III ouvrit les yeux aux citoyens. Ce que Berlhelier les encourageait à faire ne leur sembla plus inutile. L'idée d'une alliance avec les cantons suisses faisait des progrès. Le duc, que ce projet gênait grandement, fit agir les Mamelus; ceux-ci protestèrent contre la combourgeoisie avec Fribourg. Elle se conclut néanmoins (1519). Charles machina si bien à Berne que les Seigneurs de cette Tille désapprouvèrent l'alliance des deux villes. Les Genevois refusèrent de rompre. Une diète fut convoquée à Zurich. L'évoque et le duc, par leurs envoyés^ firent tous leurs efforts pour indisposer les cantons contre Genève. Dans la ville môme les chanoines, malgré l'attitude courageuse du prieur de St-Victor, se déclarèrent opposés à la combourgeoisie et écrivirent à la diète dans ce sens, ce qui engagea les cantons à condamner l'alliance. Charles m avait eu le dernier mot. Il ne tarda pas à profiter de cet avantage. Campé avec ses troupes à Saint- Julien, il fait annoncer son arrivée pour le soir et demande qu'on le loge à l'hôtel de ville. L'embarras des syndics est grand. Pour n'être pas obligés de répondre tout de suite, ils décident la réunion du Conseil général. Le duc envoie peu de jours après un héraut d'armes qui insulte le Conseil dans la salle de ses délibérations et lui déclare la guerre. En vain les Fribourgeois se proclament soli-

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daires de Genève. Navrés, les Genevois doivent se sotimetlre.

L'entrée du duc se fit par la porte de Saint- Antoine, son frère, Philippe de Brème qui le précé^ dait, avait fait abattre celle-ci peu d'instants auparavant Charles III ctievaucha sur ses ruines comme si la ville eut été prise d'assaut. Genève fut bien près de perdre son indépendance; le duc commandait en maître, ses soldais se conduisaient comme en une place conquise.

Les FrtbourgeoiSj dont linlervention avait été repoussée avec dédain, s'élaienL néanmoins mis en roule et bientôt une armée de 6000 hommes occupa Morges, Le duc perdit alors sa belle assurance, il demanda la convocation d'un Conseil général pour tout pacifier; les canlons, de leur côté, agirent. Le résultat fut : la rupture de l'aUiance^ Impuissants à résister plus longtemps, les Genevois virent ainsi le résultat de longs efforts et leurs espérances anéantis (] 519). Telle fut la guerre dite des harengs ou des besoks, appelée ainsi parce que, comme on était en carême, les habitants n'avaient pu offrir d'autre viande à l'armée logée dans leurs murs» Les Fribourgeois exigèrentSOOO écus d'indemnité de guerre. A grand elTorton en réunit 2000. Philippe de Bresse, ex-évéque de Genèvcj prêta à ses anciens sujets sa vaisselle d'argent qui en valait autant.

Philibert Berthelîer, Tinsligateur de l'alliance, paya de sa tète son amourdela liberté. Arrêté par Tévéque

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îiu mépris du droit, il fnt décapité le lendemain au pietl de la tour de l'Iïe. Son corps fut promené en ville sur un chariot, le bourreau montrait la tête du martyre au peuple en disant ; « Voici la tôle du traître Berthelierj prenez exemple ». Avant de mourir, BerLhelier ne put que prononcer ces mots : et Ah! Messieurs de Genève! >» Pauvres syndics, que pnuvaient-ils faire? Les traités étaient rompus. les citoyens divisés, la ville pleine d'une soldatesque à la dévolion du duc et de Tévèque (24 août 4519). La ville fut un certain temps sous un régime de terreur et de sang. L'évoque décimait lesEignots qu'il accusait de crimes imaginaires.

Le meurtre de Berthelier avait provoqué par contre dans les cantons un revirement d'opinion en faveur de Genève. D'autre part, le citoyen Besançon Hutfties^ nouveau chef des Ëignots, comprit que la désunion pouvait devenir fatale à la pairie; il réussit i\ pacifier les esprits et h réconcilier les partis {^b2\).

Ce nouvel échec n'arrêta pas le duc; son mariage RVGc Béatnce de Povi^ujai lui permit de reprendre les hostilités sous une nouvelle forme. Il conduisit sa femme à Oen^^'ve en 1523; où elle lui donna un fils. Les citoyens étaient découragés, d'autre part Targent dépensé par la cour de Savoie, aubaine

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inespérée à ce moment pour les commerçants, amollissait les volontés. Les contestaliotis ne lardèrent pas à renaître. L'installation d'un nouveau YÎdomne Tournit matière ii chicane. L*évéqiie sa serait laissé dépouiller de la juridiction temporelle ^ans son vicaire, Gruet, qui eut le courage de protester (1544). Aimé Léûrie7\ juge des excès, fils de Lévrier le Eignot, soutînt Gruet. Charles III le fit saisir au sortir de Saint-Pierre. Conduit devant la maison du duc on le pla^a ^ur une mule et, les mains liées au dos, les jambes attachées sous le ventre de la bâte comme s^il se fut agi d'un malfaiteur dangereux, on le transporta au château de Bonne, Il n'attendit pas longtemps son sort; le lendemain, devant la porte du chilteau, il eut la ttHe tranchée sans autre forme de procès. Berlhelier et Lévrier, glorieuses victimes de la libei'té de Genève. YOtre nom vivra éternellement dans nos cœurs reconnaissants !

Le duc enfin s'en alla. Aussitôt les dissentions entre Eignots et Mamelus recommencèrent, L'afTaire du trésorier Boulei, partisan du duc. qui avait mal administré les deniers publics et refusait de rendre ses comptes, mit les adversaires aux prises. Boulet s*enfuit en Savoie. Bien qu'il fut genevois ainsi que le syndic Richardet, son antagoniste, le conseil de Chambéry voulut juger cette alîaire. L'évéque Fien-e de la Baume eut une conduite équivoque ; payant les Genevois de belles paroles, il se

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gardait bien d'enlniver en quoi que ce fût les menées du duc. Les Eignots vouiaient en appeler à la cour de Rorae, toujours favorable au maintien des droits épiscopaux. Ce que voyant, Charles III donna ^aîn de cause aux syndics. Mais dans son for intérieur il résolut la perte des Eignots, Un corps de troupes fut envoyé prés du ponl d'Arve.

Les EignotSj par divers chemins, s'enfuirent à Lausanne et de Ik à Fribourg. où ils gagnèrent les Conseils à leur cause. Berne, brotiîUée avec le duc, partage les sentiments des Fribourgeois, L'ambassadeur de ces deux cantons, le sienr de Mulinen, arrive à Genève quelques jours avant le duc (15îa\ Sa présence gène beaucoup Charles III qui s*est proposé d'en finir avec ces Genevois têtus. Deux fois il fait companiitre devant lui le ConseiL Celui-ci feint de croire que le duc veut de l'argent. Comme il s'obstine à ne pas comprendre les insinuations du duc et de son chancelier, le vidomne et le juge de Gex viennent lui demander de reconnaître leur maître comme souverain, sans préjudice des droits de révoque et des franchises de la communauté.

Rien que les Mamelus fussent en majorité dans le Conseil, ils n'osèrent prendre une décision aussi grave et éludèrent la question* Genève était au bord d'un abîme; c'est ce que sentit vivement Besançon Hugues réfugié sur les bords de la Sarine. On peut dire que dans ces jours troublés il fut le sauveur de la pairie. Par ses discours et ses larmes, il toucha

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le cœur des Fiiboiirgeoîs et des Uernois. Une dépulalbn fut immédialement envoyée parles deus villes à Genève, Le Conseil la reçut favorablement, mais ne dit et ne fit rien pour les fugitifs, de peur d'éveiller la colère de rentieml. Charles III trompa indignement tes députés t[tii repartirent, ne se doutant de rien- La grâce des fugitifs qu'ils rapportaient étaient rédigée en latin et de telle sorte que ce document les livraient à la merci du duc.

Afin d'éviter une nouvelle intervention des Suisses, Charles III voulut brusquer le dénouement. Il fait convoquer le Con.<%eit général au cloître de Saint- Pierre, s'y rend avec une troupe d'archers porteurs de hallebardes. De là le nom de dyti^eil ika halk* bardes, sous lequel on désigne celte assemblée dans l'histoire de Genève, Le chancelier de Savoie lit un discours habilement rédigé, où son maître se plaint des agissements des fugitifs et ne demanile qu'une chose : être reconnu souverain prole^teiir i\& la cité ; il termine par une exposition des avantages que les Genevois retireront de celle protection. Les Mamelus applaudissent et déclaient accepter. Le duc a gagné la partie, il s'empresse d'aller rejoindre son épouse dont il était séparé depuis plusieurs mois» Pourquoi rester plus longtemps? Genève est maintenant â lui l

il é

Pas encore, heureusement! C'était le i^J décembre f533j date doublementmémorable. Pour la dernière

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fois un duc de Savoie avait franchi les portes de Genève I Quelques Ejgnots reviennenlj ils gngnent leurs concitoyens à Tidée de nouvelles combourgeoisies. Le vénérable Bandih^e^ dont le fils était â Fribourg, par un discours touchant plaide avec succès la grâce des fugitifs. Le Conseil, gagné par son éloquencej déclare les Eignots honnêtes gens comme les autres. A la fin de ISâo, la majeure partie des citoyens s'était rattachée au parti des Eignots, et malgré les etîorts du duc Talliance avec Berne et Fribourg était conclue le 26 février 1526» Beau jour pour Besançon Hugues et les Eignots, qui revinrent, après cinq ans d'exil et de labeurs pour la pairie^ reprendre leur place aa foyer familial. Cette fois Genève pouvait respirer à son aise, son indépendance était désormais assurée. Les partisans du duc quittèrent la ville; la mort de Berthelier fut comme.morée par une cérémonie religieuse à laquelle tous les citoyens s'empressèrent d'assister. Les Genevois reconnaissants rendirent ainsi grâce à l'Eternel, dont le bras puissant venait de les protéger une fois de plus d'une façon manifeste.

Après de longs débats, les Mamelus fugitifs furent condamnés, dans une diète tenue â Berne, à 2000 écus d'or d*amende et au bannissement à pei'pé-

Le 5 août de la même année, dans la nuit, les armes de Savoie placées au château de Tlle, furent précipitées dans le Rhône par une main inconnue.

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Aux réclamalions du clucj le Conseil répondit par la suppression du vidomnal; on le reniplar.a plus tard par la charge de lieutenant de la justice (1 527).

Un nouvel ennemi apparaît en ce moment de l'hîsLoire de Genève. Des genLilsIiommes savoyards, au cours d'un banquet tenu au château de BursineU fondèrent la confrérie de la cuille}''^ et s'engagèrent â tout faire pour détruire Genève et la livrer à leur souverain» Charles III n*en faisait pas partie, main il approuvait tacitement les agissements de cet auxiliaire dont les exploits convenaient si lien i son jeu* Nous ne les racontej-ons pas ici, Qull suffise de dire que la ville et le commerce en souffrirent grandement. Le chef de la confrérie, PontDerre, fut assassiné dans le bâtiment de la Monnaie, près de la porte de ce nom'. Les passions en furent d'autant plus exaspérées. Ce sont les gentilshommes de la cuiller qui tentèrent la première Escaladé entreprise connue sous le nom de miii des échelles. Ils devaient se rencontrer avec tOûO hommes de trou*

* Ce signe de ralliement provient de ce qu'au moment où ils foQdaient leur confrérie, ils mangeâienl du riz avec des cuillers.

* Sur remplacement de la maison située au coin de la rue Centrale et de la rue de la Moanale.

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pes, le jeudi ib mars 1529 dans les environs de Genève et donner l'assaut a minuiL 11 n'en vint que 800 avec des échelles; trop peu nombreux pour agir avec succès, ils se retirèrent sans avoir rien fait.

Cependant le ducj de son côtéj machinait une guerre contre les Genevois. U s'empara à ce moment de Bonivard, que des intérêts de famille , avaient amené en Savoie (1530). Comme on le sait, l'ami des Eignots fut pendant plus de cinq ans prisonnier à Cliillon. jusqu'au moment où les Bernois, lors delà conquête du pays de Vaudj le délivrèrent de sa captivité (1536).

Il n'y avait pas de temps à perdre • les alliés se mirent en marclie pour secourir Genève où ils entrèrent le 8 octobre ^53Û. Des envoyés des cantons vinrent à la suite de Tarmée et négocièrent avec les représentants du duc ce qu'on appelle l'arrêt de Saint' JnliJm. Celle convention mettait fin à la guerre. Aux termes de ce document, les Bernois pouvaient envahir le pays de Vaud si le duc rompait la trêve et, si c*étaient les Genevois, les Bernois s'engageaient à ne pas secourir leur alliée.

L'arrêt de Saint-Julien devait être fatal au duc. 11 ne semble pas lavoir pris au sérieux ; la conquête de Genève était devenue une obsession qui troublait son esprit et lui faisait négliger ses intérêts primordiaux pour courir après une ombre. Il reprit la mÊme année les hoslilités, d'accord avec les gentilshommes de la cuilleFj dont les terres avaient été

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saccagées par les Bernois. Dans une journée tenue à Paterne à la fin de cette année, le duc de Savoie fut condamné à payer les frais de celte guerre qu*il avait provoquée de connivence avec Tévéque et [es gentilshommes de la cuiller.

L'introduction de la Réforme offrit au duc l'occasion de recommencer ; à vrai dire il ne cessa jamais de molester les Genevois. Ceux-ci. en prévision d'une attaque combinée de l'évéque et de Charles III, démolirent leurs faubourgs en 1534. Les partisans de TEglise romaine, dont le crédit allait en diminuant grâce aux prédications de Farel, cherclirrent à rélablir Tancîen ordre de choses en facilitant une entrée nocturne des troupes ducales. Le projet éventé échoua, et les coupables prirent la fuite* Ils allèrent se joindre aux soldats de TévÊque et du duc. Dés que les citoyens^ après des débats publics ou disputes qn'il serait trop long de raconter ici, eurent adopté la Réformation, le duc de Savoie ne crut plus devoir ménager les sujets rebelles de Tévéque, Il avait petit à petit bloqué la ville avec ses troupes et, le \ 3 janvier ^ 536^ il fit donner Tassaut du côté de TArve, de Saint-Gervaisj de Rive et de Saint-Victor à la fois, mais il fut repoussé avec perte; la seconde Escalade était manquée, A Touïe de la rupture de trêve dont le duc s'était rendu

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coupable, ïes Bernois, sous la conduite de Nœgeli, envahirenl, selon leur droit, le pays de Vaud qui fut déliiiilivement détaché de la Savoie, Genève fut déLiloquée, les environs débarrassés des ennemis et le lerriloire de lo ville considérablement agrandi, rendit aux citoyens une prospérité que les calamités des années précédentes ne leur avaient pas permis d'espérer.

Débarrassés du duc qui vit à cette époque sa puissance presque réduite à néant, et de Tévêque, depuis longtemps leur ennemi, en possession du pur Evangile, les citoyens goûtèrent enfin les bienfaits de la paix, fruit de leur fidélité et de leurs persévérants et fiéroïques travaux.

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