L'escarmouche
Titre oblige. Ce journal, donc, sera l'organe des combattants .d’avant-garde, des tirailleurs dont le coup de feu. insouciant du mot d’ordre, décide le canon à faire tonner sa grosse voix — des francstireurs des opinions libres...
N en croyez rien.
Un titre" n'oblige pas. Un litre, ça n'a rien de noble. On en prend un parce qu’il en faut un, et voilà tout. On ouvre un dictionnaire au hasard, on choisit un mot au petit bonheur. Ça ne tire pas à consé-
D’abord. une escarmouche, à propos de quoi? Contre qui? Une bataille? Pourquoi faire?
Partir en guerre sans avoir, devant soi. même des moulins à vent !
Ce n’est pas sérieux.
La paix ! La paix !
Nous n'hésitons pas à l'avouer : nous mentons à notre titre.
Nous voulons être francs jusqu'au bout.
Pas un journal ne se fonde sans déclarer que le besoin de son apparition « se faisait vivement sentir».
Le besoin de la naissance de Y Escarmouche ne se faisait pas sentir du tout.
Elle parait tout de même, comme ça, on ne sait pas pourquoi. — parce que... Pas un journal ne se fonde sans déclarer qu'il s’occupera, sans relâche, de politique, de littérature, de théâtres, de médecine. de beaux-arts et de finance.
L Escarmouche se refuse à formuler de pareilles promesses.
La politique nous effraye, la littérature nous fait peur, les théâtres nous sont fermés, la médecine nous est inconnue, la finance nous est étrangère. — et les beaux-arts sont à M. Poincaré.
Nous nous occuperons peut-être, tout de même, à l'occasion, de toutes ces choses, mais simplement. pour tuer le temps, parce que l'on ne peut
point passer toutes ses journées au café, mais
nous en prévenons nos lecteurs — absolument sans conviction:
Non ! Des convictions, nous n’en avons pas. — nous ne pouvons pas en avoir. Il n'y en a plus. On en a tant usé, ces temps derniers !.."
Nous aurions bien voulu en dénicher un pauvre reste, pourtant !
Nous eussions pu. alors, avec quelque apparence de vraisemblance, affirmer que nous apportions une note nouvelle, une formule neuve, un frisson jeune.
Nous ne pouvons pas !
Tant pis! Nous travaillerons dans le vieux — et même dans le très vieux.
Tant pis ! tant pis !
Tant mieux, plutôt. S'il est mauvais de s'embarquer sans biscuit, il est encore plus dangereux de prendre la mer sans boussole. La jeunesse a besoin d'un guide, l’inexpérience réclame un pilote. Nous ne sommes pas. heureusement ! assez présomptueux pour l'ignorer.
Ce guide, ce piiote, le doigt de la Providence nous les désigne dans la personne des maîtres qui nous ont précédés. La Presse française qui vient de donner, en organisant les fêtes franco-russes, la mesure exacte de sa puissance intellectuelle, compte à sa tête, Dieu merci ! des hommes dont les grandes qualités peuvent nous servir de modèle.
MM. Simond et Jaluzot nous ont compris.
Nous marcherons sur les traces de ces fiers écrivains, nous suivrons l’exemple de ces journalistes de haute école. M. Fernand Xau nous apprendra comment l'on extrait de la marmite diploma-
tique — avec la fourchette de la mère Adam — des tranches de politique étrangère; nous solliciterons les conseils de M. Magnier. qui est sénateur, et de M. Dupuy. qui fut huissier; nous imiterons l'élégance de M. Arthur Meyer — et la concision de M. Canivet.
Entre temps et pour nous rendre compte de la somme de travail que peut produire un homme énergique — nous prierons M. Vaequerie de nous expliquer comment il arrive à publier, depuis si longtemps, le même article quotidien ; alors, surtout. que la meilleure part de son temps est consacrée, on le sait, à la surveillance des pensionnaires de Maisons centrales qui fabriquent, au lieu de chaussons de lisière ou d’abat-jour, les œuvres posthumes de Victor Hugo.
Chacun de ces maîtres — esl-il besoin de le dire? — a ses qualités propres. Nous nous refusons à les détailler. Nous admirons — en bloc.
Et puis, ils ont. au moins, un titre commun : ils sont vivants !
\oilà pourquoi nous les aimons.
Et ce n'est pas aujourd’hui, au lendemain même de la Toussaint, que nous hésiterions un seul instant à leur rendre le suprême hommage qui leur est dû.
h' Escarmouche ne se contente point d'être hebdomadaire.
L 'Escarmouche est illustrée.
Ses dessinateurs, gens dégoûts bizarres et d'instincts indépendants, n'ont pu arriver à comprendre encore que l’unité d’action faisait la force principale d'un journal. Ils n'ont point l’air de se douter qu'un dessin doit être fait, avant tout, pour illustrer un texte et même — si j'ose dire toute ma pensée — pour le corroborer.
Ils prétendent faire absolument ce qui leur plaît, et rien que ce qui leur plaît.
Aucun bon raisonement n'a pu, jusqu'à présent, vaincre leur obstination sur ce point.
Espérons que M. Carolus Duran — dans l'atelier duquel Y Escarmouche vient enfin de les faire admettre — parviendra à leur démontrer tout ce que les conséquences d'un pareil entêtement peuvent avoir de désastreux.
Et passons.
Un dernier mot.
Aujourd’hui, l'on n'agit plus : on fonctionne Si Y Escarmouche devait être un journal d’action, elle ne pourrait être que le porte-voix d'une minorité infime — à moins de devenir l’organe des majorités qui s'ignorent.
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u lendemain des splendides manifestations dont le souvenir nous éblouit encore, l’opinion publique dont la presse, sans distinction de nuances, s’est faite l’admirable interprète, a réclamé l’amnistie de tous les condamnés pour délits politiques et faits connexes.
En présence de l’union de tous les cœurs français dans un même sentiment de concorde, une pareille mesure s’impose; elle serait la consécration de l’élan magnifique qui portait une population. avide d’apaisement, à secouer, place de l’Opéra, des fiacres suspects et à dételer des chevaux d’oninibus dont l’enthousiasme était douteux.
Nous aurions donc peine à comprendre les hésitations du gouvernement, si M. Yves Guyot ne nous avait point, l’autre jour, donné le vrai motif des tergiversations parmi lesquelles il ondoie.
L’amnistie générale, complète, telle que la réclament nos confrères?
C’est scabreux.
Pensez-y bien. Amnistier en bloc, d'un seul coup, les énergumènes qu'une justice salutaire, sure de l’influence des milieux, envoya respirer 1 air intellectuellement salubre des prisons, serait sans aucun doute dangereux et, à coup sûr, — nous faisons appel à toutes les personnes de bonne foi
— absolument prématuré.
Il faudrait déclarer nuis et non avenus les crimes de révolutionnaires, sans vergogne, d’anarchistes sans scrupules; passer l’éponge sur les actes de gens inavouables comme ces mineurs deMontceaules-Mines, par exemple, qui poussèrent l’audace jusqu'à faire partie, sous les ordres de l’autorité qui exprimait clairement ses désirs, de cette procession carnavalesque qu’on appelle un enterrement civil.
Il faudrait, surtout, pardonner à un homme que
I aberration de ses contemporains — qui n’ont lu. les malheureux ! ni les pamphlets de Joseph Reinach. ni les autobiographies anonymes de Dupuy
— a placé sur un piédestal.
Nous avons nommé Henri Rochefort.
Cet homme, sous le fallacieux prétexte qu’il aida jadis le sénateur Merlin et le procureur Q. de Beaurepaire à jeter bas un régime autoritaire qui annoblit l'un en oubliant l’autre, n'a jamais cessé de donner l'exemple du scepticisme le plus complet et du cynisme le plus révoltant.
Condamné par une Haute-Cour dont tous les membres, si nous étions en Hongrie, compteraient sûrement — et c est tout dire — dans le parti des \ ieux-Chèques, il n’a tenu nul compte du jugement rendu.
Au lieu de consentir à donner un peu d'éclat, par sa présence, aux geôles oû la Troisième République, qui nous est chère, entretient ces personnalités sans mandat qui se livrent aux pires excès, il partit pour l’Angleterre, il implora l'asile de la perfide Albion...
N’insistons pas.
Depuis lors, avec un manque de goût qui surprend chez un écrivain dont la réputation d'esprit, si elle n’est méritée, est au moins universelle, il ne perdit pas une occasion de prouver qu’il ne savait encore écrire qu’en français.
Un pareil défaut de tact a quelque chose d'insultant pour un régime dont les représentants — ilstiennent à le démontrer tous les jours — emploient avec facilité les expressions les plus rugueuses des patois les plus caillouteux.
L’épithète « inadmissible » nous paraît à peinesuffisante pour caractériser une semblable conduite.
Et c'est cet homme, ce pale pamphlétaire, qu’il serait question d’amnistier.
Jamais ! (Yves Guyot.)
Faudrait-il conclure de là, pourtant, qu'une amnistie partielle, sage, savamment dosée — si nous osons dire — ne s’impose point ?
Non.
A côté de l'amnistie générale, impossible (nous avons dit pourquoi), il y a l’amnistie nécessaire.
Un homme, entre tous, la mérite, Nous dirons plus : il en est digne.
M. Jules Roques, à la suite d'une condamnation qui (voir Le...), que (voir La...), dont (voir Les...), gémit sur le pain noir de l’exil.
II v a plusieurs mois déjà que dure ce martyre C'en est assez. — c'en est trop.
Au point de vue simplement pratique, est-il possible d'admettre que le gouvernement, par pur entètement, s’obstine à retenir à l’étranger le courtier dont la main généreuse laisse tomber sur la presse, officieuse ou officielle, la manne bienfaisante de la publicité?
Nous ne le croyons point. La presse dont nous.
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parlons a non seulement des devoirs, elle a des droits — place Beauvau.
Qu’on écoute sa voix !
Au point de vue artistique, nous le déclarons hautement, M. Jules Roques manque à la France. Ce fin lettré, cet artiste délicat, ce dilettante, qui sut draper ses enthousiasmes de la robe de Vincent (de Paille) et qui ne pénétra jamais dans un atelier sans avoir rallongé, d’une poche au moins, les basques du petit manteau bleu, ne doit pas rester plus longtemps loin de nous.
Qu’on se rappelle les l'étes qu’il donna, les statues qu’il sut faire élever, les wagons entiers de pastilles qu’il expédia aux affamés d’Algérie.
Qu’on se souvienne. encore qu’il fut — dans toute l’acception du mot — Celui qui aime l'Art, et qu’il n’oublia jamais d’apporter, dans ses relations avec les artistes, des procédés qui, pour être dans ses habitudes, étaient, jusqu’à lui, demeurés sans exemple.
Et qu’on le sache aussi ! La maladie de cœur que, dans sa modestie, il attribue à une ancienne blessure, il la doit surtout — ce grand secourable — au spectacle des misères humaines, dont l’atrocité lui déchire les fibres et qu'il s’est vu trop souvent, malgré son dévouement sans bornes, impuissant à soulager...
Grâce !
Qu’il rentre.
Les artistes ont faim.
ECHOS
Ces mineurs du Nord sont bien étonnants. Comme iis ont droit à une retraite de 282 fr. 77 au bout de vingtcinq ans de service, ils demandent à ce qu'on ne les renvoie pas régulièrement lorsqu'ils ont vingt-quatre ans et demi de fond. Ils voudraient même se faire payer presque tout le charbon qu'ils extraient !
Mais des économistes distingués ont calculé que si les compagnies avaient la faiblesse d'accepter ces revendications, le prix de la houille monterait, en trois ans, de 0.013.33 la tonne.
Devant de pareils chiffres, les compagnies, on le comprend, se verront toujours contraintes de reculer — jusqu'au mur.
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L'excellente madame Adam, qui — sans équivoque
abuse un peu du Prussien, se trouve en ce moment absolument dans son assiette. « Trois tzars, dit-elle, les trois Alexandre, ont été le Bon Destin de la France Et elle conclut sans remords : « Reposons-nous donc sur le dernier. »
L’habitude !...
D'ailleurs, la grève est terminée, «fort heureusement, dit un journal barométrique, car la crainte d'un conflit violent, toujours suspendue sur nos têtes, ne s'est pas vérifiée. » C’est à peine, en effet, s’il est utile de parler du meurtre d’un meunier — l’homme qui fait le pain-par un gendarme — l'homme qui tue. — Notre époque, si riche en assassinats symboliques, peut facilement oublier celui-là.
Après sept semaines de far-niente, donc, les mineurs redescendent dans leurs fosses. Ils déclarent bien que
« le travailleur n'a nulle amélioration de son sort à espérer, nulle équité à attendre, etc., etc. » Mais c’est seulement pour la forme. Ils sont les premiers à comprendre que le gouvernement, s'il voulait tirer quelque piofit de l’attention qu'excitaient nos amis les Russes, se voyait obligé de traiter de discordants grévistes comme les Yankees traitentles derniers Indiens.
Ils sont pénétrés aussi, n'en doutez pas, de l'honneur que leur ont fait les nouveaux députés socialistes en venant leur offrir la primeur des discours réconfor-
tants qui doivent étonner les sténographes du Palais- Bourbon.
Et ce n’est plus que par habitude qu’ils disent du mal du grisou.