‹ L'escarmoucheChapitre 2 sur 83 · S3ES · texte numérisé non relu

S3ES

La dépêche annonçant à Paris la fin de la grève a clos prématurément une réunion des directeurs de journaux provoquée par M. Clémenceau. C'est bien dommage. M. Clémenceau, qui affirme avoir le souci de l'avenir — pourquoi ? — eût dit là, sans doute, des choses intéressantes.

On peut objecter, il est vrai, qu'il aurait pu prévoir ce contretemps, et les écrire dans son journal — démocratisé. — Au fait, que n'emploie-t-il ce procédé si simple ? Il n’a rien à y perdre. Autrefois la Justice coûtait deux sous. Ane rien cacher, elle ennuyait ; mais — par pudeur pour les dix centimes — son lecteur ne l'avouait qu'à demi. A présent qu’elle se vend un sou, il se gêne moitié moins. Alors ?...

Alors, qu'est-ce que vous' voulez ? quand on est mort, c'est pour longtemps.

Dernier écho des fêtes franco-russes : On a reçu au ministère de l'intérieur :

Pour l'impératrice de Russie : de Besançon, une montre or et brillants ; de Valence, un siège magnifiquement sculpté; de Pau, dix boites et demie de gants; de Mantes, quatre boites de pastilles.

Pour le Tzar : de M. Eugène, une canne-flûte»; de M. Grateau, une chaise-buffet (pour s'asseoir dessus en regardant danser son peuple).

Pour le régiment Préobajcnski : d’Elbeuf, 100 boites de bouillon concentré (la soupe-Elbeuf).

Plus une statue de Jeanne d’Arc en bronze, contenant un mouchoir brodé, pour être offerte au plus jeune mousse de l'escadre (cadeau des pompiers de Villiers).

Dernier écho des fêtes franco-russes : Le poète Jean Aicard n'ayant pu dire que cent trente-deux pièces de vers remplies d'enthousiasme et s’étant engagé, dans son traité avec le ministère de l’intérieur, à en hurler cent cinquante et une, est parti au Pirée attendre l'escadre pour liquider le stock de vingt-neuf qui lui reste en magasin.

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Vous insérerons toutes les semaines, à celte place, les plaintes des personnes, bien nombreuses malheureusement, qui n’ont point à se louer d’un état social où tout, hélas ! n’est pas pour le mieux... Si les faibles ont besoin d'ëlre soutenus, les puissants ont besoin d'être éclairés. Nous croyons donc rendre service aux uns et aux autres en faisant l'accueil le plus large à toutes les doléances, pourvu quelles soient légitimes — et morales.

e n’ai pas voulu tant que nos amis étaient en France, les attrister en leur dévoilant les turpitudes craintives d’une censure timorée. Maintenant qu’ils ont rejoint leur beau pays, je crois de mon devoir de montrer à la France littéraire les obstacles mis à la libre envolée de la chanson patriotique, cette fleur de notre esprit national.

Je citerai des faits, simplement :

Le 20 septembre dernier, je déposai à la censure deux chansons : « Papa parle moi de la Lorraine et de la Russie », et « La Fauvette Franco-russe des deux petits ramoneurs : »

La première a été refusée, net ! — Pour celle-ci, je ne proteste pas : j’avoue que je m’étais, par trop, laissé entraîner par mon lyrisme patriotique.

Mais les coupures faites à la seconde m’ont indigné, et je viens hautement protester ici contre les ablations faites par les ciseaux émasculateurs d’Anastasie.

Au reste, sans commentaires, voici la chanson :

Dernier écho des fêtes franco-russes :

Le poète Barbier, avant le départ de l'escadre, s'en fut sévir auprès de l'amiral Avellan. L’amiral, très au courant de la littérature française — comme tous les Cosaques — s'attendait à recevoir un myosotis enrichi de diamants. Aussi, au dernier vers :

ü'Qos cœurs républicains aiment votre Empereur! parut-il assez désappointé de ne voir rien sortir de la poche du poète. Il se pencha même, assure-t-on, vers son frère Yves en murmurant :

— Décidément, ce barbier n’a rien d’Auguste... C'est ça qui me fait une belle ïambe !

-sæi-

Dernier écho des fêtes franco-russes :

A Toulon, les marins français et russes ne trouvant plus, au moment des adieux, de nouveaux moyens de manifester leur enthousiasme réciproque, ont échangé leurs chiques.

Un peu naïf, mais si fraternel !

Mot de la fin ( extrait des grands quotidiens ) :

On connaît l'enseigne du quincaillier patriote: Limes russes. Un tripier, son concurrent politique, a aussitôt arboré sur sa boutique, en manière de protestation : A la tripe-alliance.

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Sur une route toute blanche de neige c "Mouraient de faim deux petits ramoneurs ;

Jls regardaient au loin le blanc cortège Et l’arrosaient lentement de leurs pleurs.

'■Hors, l'ainè dit à l’autre, plus jeune :

Hélas, Ernest ! nous ne pouvons nourrir fA Cotre fauvette, qui depuis hier jeûne,

Lachons-la donc, car nous allons mourir!

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