‹ L'escarmoucheChapitre 11 sur 83 · TI7\I0NS <Z>’ ARTISTE · texte numérisé non relu

TI7\I0NS <Z>’ ARTISTE

Le Parisien est revenu.

Le Client est rentré.

Les Expositions s’ouvrent.

Voyez la vente !

Chez Georges Petit, chez Durand-Ruel, chez Le Barc, on accroche des toiles.

Chez Georges Petit. — Trente et un peintres et six sculpteurs exposent ensemble, (on ne sait trop pourquoi). Ça coûte cent francs, paraît-il, pour taire partie de cette « Internationale artistique » qui n’est pas celle que nous rêvons; car, en exceptant Anquetin et le sculpteur Charpentier, ces peintres n’ont d’étranger que le nom; leur art est bien français trop français même.

Nous y reviendrons,

Chez Durand-Ruel. — L’Exposition de Paul Gauguin séduit par l'aspect général. Il parait que le Peintre, ainsi que le dit la préface du catalogue, « s’est fait sauvage et s’est naturalisé Maorie sans cesser d’être lui-même, — d’ètre artiste ».

C’est le tort qu'il a eu.

Ce travesti d’un civilisé très maître de son pinceau nous fait sourire.

Nous applaudissons volontiers hux manifestations du peintre de quelques portraits, de quelques morceaux de nu, de quelques paysages, de Tahiti; mais nous restons indifférents devant l'évocateur des légendes lahitiennes, devant Y Ave Maria, qui n’est que du Bastien Lepage tahitien auquel il manque la musique d’un Gounod de là-bas.

Tous les paysages exotiques nous plairaient, comme curiosités, si nous n’y trouvions mêlés quelques paysages de Bretagne, dont l’aspect et la composition sont identiques, ce qui justifie la boutade de « l’artiste bien connu » dont parle le catalogue : « La Bretagne et la Provence sont inépuisables » puisqii on y trouve Tahiti.

Après avoir rendu hommage au peintre Paul Gauguin, auteur des portraits admirables que l’on voit à droite, en entrant chez Durand-Ruel, nous attendons l’arrivée à Paris d’un peintre tahitien qui, tandis que son œuvre sera chez Durand-Ruel ou ailleurs, logera au Jardin d’Acclimalion. — Un vrai Maorie. Quoi !

Chez Le Barc. — Deux expositions se suivent et se ressemblent.

La première est celle d’un groupe de peintres issus de l’Académie Jullian, réfractaires aux beautés imbéciles de l'enseignement Bouguereau, Lefebvre and C°, des révoltés de l’art qui seront un jour des officiels, s’ils ne se méfient des éloges outrés des critiques essayant de. les enrégimenter — déjà!

Cette exposition a mis en lumière Vuillard, dont l’œuvre ne se contente pas d’être belle d’aspect, mais qui dégage un charme profond dans l’évocation des scènes de la vie intime, laborieuse et pensive.

Ce que j’ai dit de Paul Gauguin s’applique à Maurice Denis ; tout en admirant l’aspect extérieur de ses compositions, je ne coupe pas dans leur naïveté voulue.

Il faudrait pourtant s’entendre, hé ! là-bas, ceux de la petite chapelle, sur la valeur d’une œuvre d’art ?

Ou cette valeur n’est que superficielle; alors, llanquez-moi au vent toutes les préfaces de tous vos catalogues qui nous parlent de rêve, de charmes, de pensées s’élevant, si haut... si haut !

Contentez-vous de faire, comme Ranson, des lignes qui, ne signifiant rien, peuvent quelquefois satisfaire l’œil ; faites de la peinture serpentine, sans catalogues et sans préfaces — ça nous plaira peut-être. — Mais n’allez pas raconter à ceux qui vous parlent du charme et de l’élévation de votre composition que vous n’avez cherché qu’une arabesque ; ou, alors, ne laissez pas mentir vos préfaciers — et faiteg-nous des bonshommes vivants, des mains quLsaisissent...

Que votre art ne soit pas en même temps idéal et transparent.

Faites, comme Vuillard, des œuvres complètes, où l’âme de l’artiste parait avec des sensations de gaieté et de tristesse ; que l’harmonie de vos œuvres ait pour point de départ l’harmonie même de vos

sensations; et si vous voulez avoir de véritables sensations, regardez autour de vous, chez vous, dans vous, n'allez pas vous balader dans un pays quelconque, qu'il s’appelle le Moyen-Age ou Tahiti, avec la prétention d’interpréter leurs légendes en démarquant la foi et l’enthousiasme de leur religion. — Vous en êtes incapables, étant, de naissance, trop malins.

Le Barc de Boutteville a fait suivre cette exposition d’une autre où le groupe (?) dit symboliste (?) donne tout entier.

Mettant à part le maître Chéret, de Toulouse Lautrec, H. G. Ibels, Anquetin, Vallotton, Bonnard et quelques artistes trop fiers et trop indépendants pour faire partie d’une école, nous signalerons : « les Bretonnes » de Cottet, les paysages de Guilloux tirés à plusieurs exemplaires — pourquoi ? — les pastels de Jeanne Jacqueinin — une brave femme — , de très jolis paysages de Moret (qui n’a pas eu besoin de se faire naturaliser Breton) et Paul Serusier, un Breton — qui deviendra peut-être Maorie.

ü'Çpii.i AommcA heureux d’annoncer^ aux amateuzà que, pat Ailiie d’une entente avec ni oa deAAinatcuzA, nouA AommeA en îneAute Dcp> leur procureiO Icclp (Lithographies ORIGINALES, tizécA à V ‘ENT EXEMPLAIRES seulement, Aignée.) et~j numézotéccLP pat l’attiAtc, dec xj? de aa in (LP paru (LP dan (LP l'(E SL' ? 1 %€M O U‘C\H£. Ve a Vu h og ta pli ica Ae tonte) miAcA en oenteP, aux bureaux du journal, au prix de 2 fr. 5o etej expédiée a franco contre 2 fr. j5.

COURTE iPHII. ilNTHROPIQVE

j on si eu r Doucerain, étendu dans son large fauteuil, au coin de son feu, était ! en proie aux méditations les plusgraves.

Il venait de lire, dans son journal, le récit d'un de ces drames de la misère, si fréquents hélas ! et dont la philanthropie, malgré sa vigilance incessante, ne peut empêcher l’accomplissement.

Deux êtres, les époux Guimard. s’étaient asphyxiés, impasse de la Loi. avec du charbon de bois. La femme était morte, le mari dans un étal désespéré.

Guimard — M. Doucerain avait lu soigneusement le récit du reporter, et les moindres détails s’étaient gravés en son esprit — Guimard était un ancien professeur de mathématiques ; et Mme Guimard, née Foucard, était la fille d'un officier de la Légion d’Honneur. Le mari, ayant perdu sa place, avait amené sa femme à Paris, où il espérait trouver un emploi. Son espoir fut déçu et les malheureux, réduits à la plus profonde misère, ne trouvant plus aucun moyen de gagner leur vie, se résolurent à mettre un terme aux souffrances qu’ils enduraient depuis trop longtemps...

— Parlait, parfait, murmurait M. Doucerain... mais tout cela 11e médit pas comment ces Guimard, qui n’étaient pas les premiers venus, après tout, ont pu s'v prendre pour tomber à une pareille situation, Quelle chute !... Un professeur!... Malgré tout, c’est immoral. On 11e descend pas aussi bas... Comment diable? .. L’inconduite, sans doute...

Et M. Doucerain prononça le mot qu'il donnait comme explication indiscutable, en homme qui a beaucoup vu et ne se laisse point duper, dans tous les cas douteux :

— Il y avait un vice là-dedans.

C’était clair : le mari buvait, jouait, courait peutêtre. La femme? Que savait-on? Le besoin de luxe, le goût des toilettes... Ah ! mon Dieu !...

M. Doucerain, haussant pitoyablement les épaules, reprit son journal. Il relut la lettre où le désespéré, au milieu de la fumée qui lui montait à la tète, le cerveau martelé, troublé par l’acide carbonique,

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