RACCOURCI T)K ‘DÉCLARATION
ous regrettons amèrement que le peu de place dont dispose un journal hebdomadaire illustré ne nous permette point de publier, in extenso, le magnifique discours que vient de prononcer, à la Chambre, l’honorable M. Dupuv.
Nous avions songé à en donner une analyse. Mais, si consciencieuse eût-elle été. elle aurait risqué, peut-être, de ne satisfaire qu’à moitié quelques-uns de nos lecteurs.
Nous nous sommes donc, réflexion faite, résolus à recourir à un nouveau procédé. Nous publions, du discours de l’honorable président du Conseil, les derniers mots de chaque période. Chacun sait que c’est sur ces derniers mots que l'orateur appuie avec le plus d’énergie, et les lecteurs de Y Escarmouche auront ainsi — en raccourci — la note exacte du document ministériel.
« Messieurs,
« La nouvelle législature, par des déclarations précises et loyales, lait, pour avoir le prétexte de dire que tout "est à faire, la dernière consultation nationale.
« Les discussions théoriques, tyrannies des mots confus et des formules générales, avec son corollaire, la liberté du travail anonyme de l’Etat, quels que soient les meneurs et les agitateurs, nous ne cesserons de les combattre au nom même de la Patrie !
« Rien ne saurait prévaloir contre elles ; mais vous ne perdez rien pour attendre la République, la développer, la fortifier !
« La caisse de retraites des ouvriers mineurs
sera l’utile préface des disponibilités suffisantes et durables.
« Notre tâche principale, résultat de tout son pouvoir, c’est d’amortir l’impôt des boissons pour l’équilibre budgétaire entre les charges et les facultés des contribuables — bien que leur diversité ne comporte pas les prestations.
« L’exercice de la médecine vétérinaire, prospérité du pays des bureaux de placement. appelle de nouveaux développements.
« La vente et le transport de la dynamite et des explosifs avec les droits de l’Etat, responsabilité d’un gouvernement de la France, nous ont montré qu’on peut sérieusement compter sur le programme progressiste — certainement !
« Le plan de travail que nous vous apportons a cette double qualité, au détriment de sa sécurité et de son repos, dont les inoubliables fêles du mois d’octobre ont précisé le caractère, et marqué la portée, avec celui de la République.
« La grande nation qui vient de vous honorer de ses suffrages — ne la perdez pas ! »
Que ne pouvons-nous rendre — pour donner à nos lecteurs une idée complète de l’effet produit par ce beau discours — le bruit des applaudissements qui ponctuaient chaque période, celui des exclamations poussées par des mécontents blessés au vif. et même celui du silence aux deux extrémités de la salle !
La puissance humaine, hélas ! a des bornes
Consolons-nous en constatant que le ai novembre fût une bonne journée pour la République — et une mauvaise pour certain parti dont le pays, comme le dit si bien M. Dupuv, est absolument excédé.
Ce fut délicieux.
M. Jules Lemaître, tout entier, était au salon.
La presse, du reste, ne lui marchanda point les éloges.
Les compliments qu’on lui décerna, pourtant, s’ils furent un hommage à ses qualités d’orateur, constituèrent plutôt, en quelque sorte, un outrage à son sexe. Nous cueillons, au hasard :
<t Coquetterie charmante... enjouement... naïveté feinte... élégance séduisante... habiles exercices... évolutions gracieuses, d’une légère ballerine... »
Ces éloges, certes, M. Jules Lemaître les mérite. Qu’il ose donc regarder son triomphe en face ; la modestie n’est pas toujours bonne conseillère. Et qu’il se résolve, enfin, à assujettir ses paupières — dont le clïgnottement équivoque rappelle le déclanchement énervant et continuel des abat-jour fatigués.
Qua nt à M. Sarcev — citons:
Une jolie scène encore, dit-il — il rend compte d’une revue — est celle où les agents de police réun s autour du brigadier écoutent la lecture qu’il leur fait de la circulaire du préfet de police et les explications qu’il leur en donne. Le préfet a recommandé à ses agents d’avoir de la déférence pour les femmes.
— Qu’est-ce que tu entends, toi, par déférence ? demande le brigadier à l’un de ses hommes.
L’homme se gratte la lete sans répondre.
— Vovons ! si une femme n’obéit pas tout de suite, qu’est-c’e que tu fais pour lui témoigner de la déférence?
— Je lui flanque un bon renfoncement...
Je ne cite pas le texte exactement; mais c’est l’idée qui est plaisante.
Voila. Flanquer un bon renfoncement à une femme? L’idée est plaisante. Voilà.
Il existe des gens qui sont de vieilles brutes, mais qui savent, au moins, s’arranger pour ne pas être de sales vieilles brutes.
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