CHEZ M. EMILE ZOLA
Du Temps :
«Hier a eu lieu, au ministère des finances, une matinée enfantine, fie très nombreuses personnes se sont rendues à l'invitation du ministre, parmi lesquelles M. et Mme Terrier, M., Mme et Mlle Dupuv, M. Leydet, député, accompagné de Mme et Mlle Leydet, M., Mme et Mlle Goujon, M. et Mme Bizarelli. de nombreux élèves de Saint-Cvr, de Polytechnique, beaucoup d'élèves des Facultés. »
Alors, c'est donc tombé en enfance pour de vrai, tout ça ?... Allons, tant mieux !
M. Zola prie la presse d'annoncer que sa nouvelle : [•Attaque du Moulin, d'où fut tiré le livret de l'idem du dit, est la première dans les Soirées de Médan — la première par ordre, bien entendu.
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Le colonel Archinard, relevé de son poste au Soudan, s'est vu offrir, par M. Dclcassé, une pustule décorative du Dragon vert de l’Annam. Le colonel, dans une lettre d'une ironie charmante, a refusé cette distinction.
Il a été question de le poursuivre — - et nous espérons qu’on donnera suite à ce projet, —La stupidité de la conception d’armée démocratique et nationale, si chcre à nos hommes d'états, s’en affirmerait davantage.
Quant à la colonie du Soudan, actuellement pacifiée, elle sera administrée civilement par un M. Grodet, qui fut malheureux. Nous n’y trouvons pas à redire. Nous sommes partisans, en effet, de l’administration civile des colonies ; et voici pourquoi :
Les militaires coûtent très cher à la métropole, c'est vrai; mais ils lui conservent ses possessions — ce qui lui coûte encore plus cher.
Les civils appartiennent â deux catégories. Ou ce ’ sont des militaires retraités — fatigués, usés, navrés du peu de respect des populations indigènes, étonnées de leur a\nir vu retirer leur uniforme — qui laissent tout aller à la débandade. Ou ce sont des vétérinaires qui n’ont pu réussir à infliger les lavements nécessaires aux poules de leur pays, et qui vont faire fleurir aux soleils exotiques leur incapacité détestable et leur outrecuidance 'de ratés.
Dans les deux cas, le, France, qui n'a rien à perdre — excepté ses colonies — aurait tout à gagner, si elle savait comprendre ses intérêts. Mais c'est une chose qu'elle ignore. Et si le sieur Grodet, qui fut malheureux, remplace le- colonel Archinard, le général Doods remplace le sieur Bayol, qui fut décoré.
— se—
Mot de la fin ( extrait des grands quotidiens).
M. le vicomte Melchior de Vogué se plaignait, hier, de son invalidation, dans le salon académique de là beile Mme G.
M'être donné tant de mal, soupirait-il spirituellement !!.. Quand je pense que j'ai bien fait cinq ou six lieues â pied, la lettre de M. Develle au bout du bras, avec des bottines — en cuir russe, il est vrai — mais qui me serraient affreusement !... Et de toute celte campagne, voyez-vous, je n'aurai rapporté qu'un cor...
— Soyez sans inquiétude, cher vicomte, riposta, avec l’à-propos qui la caractérise, Mlle Juliette Lamber (née Mme Adam) ; soyez sans inquiétude. Ce cor — la France intelligente vous l’assure par ma voix — c’est le corps électoral.
j lendemain de la repré l 'Attaque du Moulin.
sentation de
«IV.I : >-<. dès que les
I qWpjlr I polémiques déterminées par la mise à l&v&isÏM *;.1 sc^nc de cc morceau capital de la littérature française se furent produites, nous conçûmes un projet hardi, et même, disons-le, extravagant. Mais, avant de le mettre à exécution — nous ne refusons pas de l'avouer ■ — nous hésitâmes quelques jours. L'entreprise était teliement audacieuse, nous avions si peu de raison de compter sur le succès, les échecs nombreux éprouvés par des confrères restaient si présents à notre mémoire que, vraiment, le courage fut sur le point de nous manquer.
Pourtant, Tintérèt suprême de l’Art était en jeu. Il s’agissait de faire connaître au public une fois, au moins, les idées, les sensations, les impressions de l’homme qui. à notre époque de laisseraller et de nonchaloir. ne laissa jamais passer un jour sans faire travailler sa plume — et même, quelquefois, sans écrire. — Il s'agissait, pour tout dire, d’aller interviewer Emile Zola.
Nous nous résolûmes.
Six heures moins cinq du matin sonnaient à l’horloge du Moulin-Rouge, comme nous nous présentions chez le Maître. Est-il besoin de dire que, bien que l’heure ne fût point des plus matinales, M. Emile Zola n'avait encore reçu aucun reporter? Sa modestie bien connue et son horreur de la réclame, non moins connue, rendent absolument superflue une semblable affirmation.
Immédiatement, nous fûmes introduits.
Un escalier ?... En dirons-nous les merveilles? La plume du commissaire-priseur qui présida la vente d’Albert Woltf nous manque — et l’âme de Thénardier aussi.
Nous pensâmes v rester.
Mais, le. domestique ouvrant devant nous une porte, nous pénétrâmes dans un salon. Quel style? Style adéquat à celui du maître.
— Parfaitement, nous dit M. Emile Zola, au bout de trois heures de conversation, pendant lesquelles il n’avait pas perdu une occasion de dire du bien de ses confrères; parfaitement, voilà mon avis.
— Vous plairait-il, cher maître, de le résumer en quelques mots ?
M. Zola sourit doucement.
— Si vous voulez. Je crois que vous ne m’avez pas très bien compris. La jeunesse a la tète légère... et puis, c’est un peu fort pour vous, ce que je vous dis? Allons, avouez-le.
Nous l’avouâmes.
— Oui. oui, je m’en doutais. D'ailleurs, je n’ai pas eu le temps. Comment voulez-vous que je vous explique, en trois heures, que le drame lyrique humain doit être le drame lyrique humain, ou n’être pas? Il me faudrait une semaine — un volume, si vous' préférez.
— Je n’ai pas de préférence.
— Oui, le détachement, l’apathie de la jeunesse. Vous êtes tous comme ça, aujourd’hui. Je sais ce
que c'est. J’ai été jeune. Je le suis encore. C'est même pour ça que je ne suis pas de l'Académie.
— Vous croyez, cher maître? .
— J'en suis sûr. Pierre Loti me l’a affirmé.
— Alors...
— Pour en revenir au drame lyrique humain, je dois vous dire, puisque vous "me priez de me résumer, que ce drame sera lyrique et humain en même temps, ou qu'il ne sera pas. En d’autres termes, le drame humain sera lyrique ou il ne sera pas.
— Parlait. Pourtant, cher maître, si vous consentiez à m'expliquer...
— Qui? Que? Quoi? De quelles explications avez-vous besoin? On ne m’en a jamais demandé, d’explications. J'aime les formules nettes, tranchantes — et je les emploie. — N'esl-ec pas moi qui ai dit : « La République sera naturaliste ou elle ne sera pas »? En! bien? la République existet-elle ?
— On le dit, cher Maître.
— Alors? Du moment qu’elle existe, elle est naturaliste. Vous voyez bien...
— Si vous m’enfermez dans un dilemme, cher maître...
M. Zola sourit obligeamment.
— J’avais peut-être en moi l-’étofïe d’un homme d’Etat.
Il resta rêveur, deux minutes. Quel Rêve! Nous eûmes l’impudeur de le rappeler à la réalité.
— Puisque vous vous refusez à me donner îles explications, cher maître, voulez-vous, au moins, me faire part d’une idée, si mince soit-elle...
M. Zola bondit.
— Une idée ? Une idée? Qu’est-ce que c’est que ça, une idée? A quoi ça sert-il?... J’ai1 écrit plus de vingt volumes. Monsieur; vous les avez lus, n’est-ee pas? Ne dites pas non. Vous avez fait comme les autres, j’en suis sur. Eh! bien, dans tous ces volumes, dans ces kilogrammes de papier, avez-vous jamais rencontré une idée, une seule, la. moitié d’une, même, — la queue d'une idée ?
— Jamais?... Non, non, jamais.
— Vous vous condamnez vous-même, nous dit M. Zola, en nous frappant amicalement sur l’épaule Je ne me trompe point, voyez-vous. Il devait en être ainsi , du reste. Je suis une sorte de Jésus-Christ — sans calembour. — Rappelez-vous ce que" dit de moi Durante, dans la préface du Malheur d'Henriette Gérard : « Un étonnant capitaine, destiné à n’éprouver jamais de défaites »
— Ne croyez-vous point, cher maître, qu’il y avait un peu d’ironie — amère si vous voulez — dans celle ligne-là ?
— Non. Je n’v ai jamais songé, d’abord : ce qui est une preuve. Et puis, Duranty n’aurait pas osé.
— C’est juste. Maintenant que je possède vos idées — pardon, votre opinion — sur le drame lyrique, voulez-vous me permettre de vous demander ce que vous pensez de l 'Attaque du Moulin ?
— C’est un chef-d’ceuvre. C'est moi qui l’ai fait, d’ailleurs. Gallet m’a aidé un peu. Comme il pave son papier et son encre avec les fonds de l’Assistance publique... C’est toujours une économie. Quand on a plusieurs ménages...
— Et la musique ?
— C’est un chef-d'œuvre. C’est moi qui l'ai
composée, d’ailleurs. Vous pouvez parler de Pruneau tout de même, si le cœur vous en dit. J'en ai parlé, moi. Dame, on ne sait pas : il peut arriver, ce garçon-là
— Je ne saurais trop vous remercier, cher maître...
M. Zola nous tendit la main — au figuré.
— N’oubliez pas. nous dit-il, d’annoncer dans l 'Escarmouche que la nouvelle d’où fut tiré le livret de V Attaque du Moulin est la [première dans les Soirées de Médan.
— C’est déjà fait’ cher maître. Nons annonçons que votre nouvelle est la première du volume — par ordre de matières.
Et nous gagnâmes l’escalier.
— Arrêtez! criait derrière nous M. Zola. Dites bien, au moins, que c’est moi qui eus l’idée du volume. Ne parlez ni de Sac au dos, de lluysmans. ni de Boule de suif, de Flaubert ! Je vous en prie ! Je vous en prie!.... Songez que l'Académie me guette!... N’oubliez pas!... S'il vous plaît !...
Mais nous étions dans la rue.
L’Interviewer.
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COURTE THIL c '1 NT HROPIQVE
!^ir' 0NSIEUR ^0UCERAIN lit attentivement, iwBD MnHjd tous les matins, les bulletins que rIB< RB 1 publient les médecins sur l’état de |P|i IS^jj santé de M. Géorgevitch, ministre de
Il a etc, pendant quelques jours, très inquiet; mais, à présent, il se rassure. La victime de Léauthier. affirment les journaux, va beaucoup mieux.
— C’est fort heureux, dit M. Douceraiu. Cet infortuné jeune homme, victime d’un attentat inqualifiable, au moment où commençait à s’opérer sa digestion!... Le voilà hors d’affaire, grâce au ciel... Mais il ne s'agit pas de s’endormir.
Et M. Doucerain réfléchit, réfléchit, réfléchit.
— Nous sommes en présence, dit-il. d’un attentat monstrueux. Est-il inexcusable? La philanthropie ne saurait, sans mentir à tous ses principes, se prononcer avant d’avoir recueilli tous lés documents nécessaires. J’examinerai, en conscience, le cas de Léauthier; et, ce que je croirai devoir dire, je le dirai. Mais, pour ce misérable, nous avons le temps. Il est en prison; il ne sortira de sa cellule que pour aller à la Roquette, en passant par la Cour d’assises; on lui coupera le cou dans la seconde quinzaine de février — peutêtre seulement au mois d’avril, car les sentiments philanthropiques de notre bien-aimé président, M. Carnot, lui interdisent toute piécipitation. — Nous délibérerons sur son cas tout aussi bien après qu’avant sa mort. La philanthropie ne doit jamais — sous peine de trahir le mandat que lui confia la Providence — s’occuper de l’homme considéré comme individu, mais bien de l’humanité en général : tel est, du moins l’avis de nos maîtres — M. Jules Simon particulièrement.
Sur ce, M. Doucerain souleva sa calotte grecque.
— Occupons-nous donc du plus pressé, reprit-il; mettons-nous en garde contre différentes éventualités qui pourraient nous surprendre désagréablement.
Et M. Doucerain se replongea dans ses méditations.
— Premièrement, murmura-t-il au bout d’un quart d’heure, il ressort clairement de l’incident Léauthier-Georgevitch que les diplomates étrangers ne sont pas en sûreté chez nous. Ils se promènent dans la rue. Qui les protège?... Ils entrent au café; ils vont au restaurant. Qui les protège?... On ne peut pas les forcer, pourtant, à s’attacher à la boutonnière, comme les porteurs d’eau ou les commissionnaires, une plaque apparente qui les recommanderait au respect de la population... Que faire?... D’autant plus que : deuxièmement, les établissements tels que restaurants et cafés sont bien mal surveillés par la police. Il m’est arrivé maintes fois d’y entrer et jamais, malgré ma perspicacité, je n’y ai deviné un mouchard. On n’y voit que des gens qui mangent et qui boivent. C’est désolant...
.... Il faudrait mettre un terme à cet état de choses. Et d’autant plus rapidement que les frasques de MM. les anarchistes pourraient nous attirer des désagréments avec les puissances dont les représentants seraient, de nouveau, attaqués. L'imitation criminelle n’est plus contestée. Méfidnsnous-en. La Serbie est un petit pays, qu'il n’est pas nécessaire, vu sa faiblesse, de ménager outre mesure. Mais que nous nous trouvions, d'un moment à' râutre, dans la même situation vis-à-vis de 1 Allemagne, voye? d’ici les complications
Et M. Doucèrain secoua la tète, tristement; car M. Doucerain est patriote,
— Voici, reprit-il , ce qu’il faudrait faire. Il faudrait forcer les cafetiers et restaurateurs à placer, en lieu apparent, dans leurs établissements, un écriteau ainsi conçu :
La maison ne répond pas de MM. les diplomates
qui n’ont pas DÉPOSÉ leur exequatur a la