‹ L'escarmoucheChapitre 33 sur 83 · CHANSON- WA T TE A U · texte numérisé non relu

CHANSON- WA T TE A U

Sur des galons toujours très verts, Horiçonnés d'un ciel de jade,

Nous placerons nos deux couverts Sur la serviette d'un blanc fade.

Allant à rebrousse chemin.

Là, nous invoquerons la Fée Du Lieu. qui. — pouvoir surhumain — Fera revivre sa Nymphèe.

El, tout en sablant le Cliquot,

Nous causerons avec un Faune...

Tu verras le coquelicot En rougir avec la fleur jaune.

Ou, non ! Pensive, l'écoutant.

Songeant tout bas, prise de crainte, Que nous en avons fait autant,

Tu resserreras ton étreinte..

Lors, riant du blanc Polisson Qui rit dans sa barbe de chèvre, Nous lui ferons voir la leçon Pratique des baisers des levres.

Dans ce décor à la Watteau Nous verrons, à travers les arbres.

Dans les étangs, des taches d'eau:

Dans le Ciel, des profils de marbres.

Pour un instant je serai Tàuc Pomponné, tout frais et tout rose ; Toi, l’Epouse dun Vieux caduc — Poésie au joug de la Prose. —

Nous aurons, dessus nos cheveux.

Une poudre rare et très blanche; Et mes lèvres pleines d’aveux Baiseront votre col qui penche.

Nous parlerons de Beaumarchais,

De la Clairon et d’étiquette.

Menuet, — lettres de cachet...

Et nous jouerons à la raquette.

Nous dirons : feste et puis : j" avois; Mais très mièvrement le « je t’aime. •> Il est si doux dans votre voix Qu’en Chine on le comprendrait même.

Ou bien, comme aux temps fabuleux Vous sereç ma gente bergère Avec houlette à rubans bleus — Telle un bibelot d'étagère.

Nos moutons auront des faveurs,

Des grelots qui tintinnabulent :

Leurs toisons pleines de senteurs,

Dans le vent s'èn iront par bulles.

Moi, le brin d’ajonc au chapeau,

Flirtant avec vous cette idylle,

Aidé d'un rustique pipeau.

Je roucoulerai du... Delille.

Andr é Ibels.

THÉqAT%ES

Le Tir atre-Ltbre à l'Eden de la rue Boudreàu.

Trois lois par semaine, cet hiver, le Théâtre-Libre représentera devant le public les pièces de son répertoire acceptées par la censure; ce qui ne l’empêchera pas de donner, aux Menus-Plaisirs, ses huit représentations annuelles de pièces inédites.

La série a commencé par La Puissance des Ténèbres. de Tolstoï. Cette pièce quoique déjà connue, puisqu’elle a été représentée une trentaine de fois aux Bouffes du Nord — a obtenu un réel succès et la troupe du Théâtre- Libre y a montré son ensemble habituel

A côté d'Antoine, MM. dernier, Arquillèreet Janvier, Mmes Nau et Barnv ont incarné superbement les personnages de ce terrible drame rustique.

Des grincheux ont prétendu que les voix ne s’entendaient pas, les acteurs étant habitués chez Antoine à parler mezzo-voce et l'acoustique de l'Eden étant plutôt déplorable. Nous ne partageons pas cette opinion. Quoique la loge, mise obligeamment par Antoine à la disposition de l' Escarmouche soit éloignée de la scène, nous n'avons pas perdu une seule phrase de la pièce.

Les grincheux n’auront qu’à apporter leur cornet.

Amdigu-Comique. — Gigolette, drame en 5 actes et 10 tableaux de MM. Pierre Decourcelle et Edmond Tarbé.

Le voilà bien, le drame destiné à faire frémir pendant des centaines de représentations le public deV. Ambigu.

Rien n’y manque. U y a : la cour d’assises — ça, nous l’avions vu souvent, mais, cette fois, les auteurs nous initient aux débâts d’une affaire de viol jugée à huis-clos

— le bal de barrière avec toutes ses joies; saladiers de vin chaud, romances sentimentales et danses échevelées

— puis le tableau delà Rafle, émaillé de quelques conps de couteau — ensuite, la traditionnelle petite maison déserte.

Cette fois-ci, elle estsur le bord de l’Oise. Une affreuse canaille, le Grand Charles, y a emmené de force Marion, la jeune fille née du viol, restée pure, jusqu’alors, mais qui va probablement subir le même sort que sa pauvre mère. Ça tient de famille !

Mais, heureusement, Gigolette empêche monsieur Charles de commettre cette indélicatesse en lui mettant un coup dé couteau dans le dos.

Elle en avait, au préalable, reçu un dans le ventre: mais comme elle guérira ; que Marion a été rendue à sa mère qui est très heureuse, car elle est l’épouse d’un magistrat; que le vieux qui l’a violée avant le premier acte a promis de ne plus recommencer; tout le monde est content !

Et le public aussi. Cette succession de tableaux a fort intéressé. D’abord, naturellement, le succès fait par les amateurs des drames de V Ambigu. Puis — commettons une indiscrétion — les loges de ce théâtre vont être occupés pendant longtemps, par des demi-mondaines — et même par des mondaines — amantes d’émotions fortes et de scènes pimentées.

Mlle Félicia Mallet a été excellente dans le rôle de Gigolette, Mme Samary, Mlle Lecomte ont apitoyé suffisamment. Chelles joue vraiment bien, surtout dans quelques scènes. M. Pierre Berton est bon dans un rôle de tenue, et M. Romain porte encore suffisamment la casquette et les accroche-cœurs du Grand Charles.

Folies-Bergère. — Nos lecteurs trouveron, dans ce numéro, un dessin de notre collaborateur de Toulouse- Lautrec, représentant une scène prise à la répétion de Emilienne d’Alençon au bal des Quat'z’arts, le ballet que va représenter prochainement le grand music-hall de la rue Richer.

Cette pantomime-ballet, de MM. Courteline et Marsolleau, sera un très grand succès qui viendra s'ajouter encore aux attractions offertes au public par cet établissement sans rival : la Loïe-Fuller, que la salle acclame tous les soirs, les Cragg’s, des gymnastes plus forts que les Scheffer, les exercices de haute école de la baronne de Rahden, et, pour les amateurs d'émotions fortes, des matches de boxe entre Bill Scharp et Ted- Alty.

Nouveau-Cirque. — Le Yacht de M. Durand fait son tour du public en plus de quatre-vingts jours. La coquette salle de la rue Saint-Honoré ne désemplit pas.

La Prelentaine, la charmante opérette de MM. Paul Ferrier, Raoul Bénédite et Léon Vasseur, tient toujours l'affiche avec de grosses recettes au Nouveau-Théâtre et la tiendra longtemps encore.

Aux Folies-Dramatiqües, c’est un vaudeville de MM. Ordonneau et Kéroul, musique de Serpette qui succédera aux Petits Mousquetaires.

Titre : lfe Petit Capulet.

Le deuxième spectacle de l'abonnement du Théâtre- Libre sera donné dans la première huitaine de décembre et composé ainsi :

L'Inquiétude, pièce entrois actes, de MM. Jules Perrin et Claude Couturier, jouée par Mmes Savelly et Barny ; MM. Antoine, Gémier, Arquillière, Renard et Michelez, et Amants éternels, pantomime en trois tableaux, de MM. André Corneau et Gerbault, musique de M. André Messager.

Cette parodie de Roméo et Juliette sera interprétée par Mlle Feriel et MM. Clerget et Gémier.

La représentation sera donnée comme d'habitude au théâtre des Menus-Plaisirs.

A I'Opéra.

Voici la date des quatre grands bals masqués qui seront donnés pendant le carnaval de 1894.

i" bal, samedi 6 janvier.

2' bal, samedi 20 janvier.

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