‹ L'escarmoucheChapitre 38 sur 83 · PARIS, LE -2 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

PARIS, LE -2 DÉCEMBRE

Un diplôme a été également offert à M. Victor Schœlcher.

M. Victor Schœlcher a été touché jusqu'au fond du cœur de cette démarche de ses amis et les a remerciés en termes émus. »

Cette note, qui a tout l'air d'une prière d'insérer me saute aux yeux; Sein nicher, proscrit de décembre', ami de Victor Hugo, père des nègres...

Et. tout d’un coup, les souvenirs affluent : la fin de l'Empire, le 4 Septembre, les Ch.it iments, Napoléon-le-Petit, Y Histoire d'un Crime...

C’est le matin du 4 septembre. Le cousin Paul, qu’on a invité, fait son entrée. Le cousin Paul est fonctionnaire, bonapartiste ardent — et c’est un peu pour avoir, par lui, des nouvelles sûres, qu’on l’a prié à déjeuner.

— Eh ! bien? lui demande mon père?

— Eh? c’est fini. Vous n’avez donc pas lu les journaux ?

— Si. Mais les contradictions... Alors, Sedan?

— Oui. Sedan. L'Empire est vaincu. Vous en doutez? Vos amis sont en train de lui envoyer leurs premiers coups de pieds; vous voyez bien qu’il est par terre... Allons, avouez que vous êtes content. Vous allez l’avoir, votre Rép.

Et le cousin Paul ricane. La Rép.! Avec quel mépris il profère cette syllabe — la seule, sur les trois, qu’il ait jamais daigné prononcer.

Mon père, républicain convaincu, abonné du National et lecteur — en cachette — de la Marseillaise et de la Lanterne, ne veut pas laisser passer ça. Pourtant il n’ose point se montrer trop affirmatif. Marianne a bien fait voir un bout de sa robe, au coin des rues, mais elle n'a pas encore lancé son bonnet rouge par-dessus les grilles des Tuileries.

— C’est bien malheureux, dit-il. Mais, enfin, l’Empire devait finir comme ça. Je le répète : c’est bien malheureux.

Le cousin Paul s'emporte,

— L’Empire devait finir comme ça! Parbleu, oui! Il devait finir comme ça!... El savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire : i° pareequ’il a oublié que Cayenne est une colonie trançaise qui manque de bras; 20 parce qu’il n'a pas compris que la guillotine, quand on n’exige pas de son fonctionnement une rapidité insultante pour les opipions du patient, n’a rien d’inadmissible comme procédé de gouvernement... L’Empire s’est laissé manger vivant par la vermine avocail 1ère... Vos Ferrv. vos Jules Favre, vos Gambetta... Bavards sinistres, rhéteurs malsains... Celte engeance-là. vovez-vous, pour lui couper le sifflet — il faut lui couper le cou. — Dites-donc, à qui la taule, si nos soldats se sont battus un contre dix? A qui la faute, si nous n’avons pas d’armée de seconde ligne? Qui donc a empêché lu convocation delà garde-mobile, quand lemaréchal N>el la réclamait à ia tribune? Qui donc a prétendu qu'on voulait faire de la France une caserne? Allez donc demander cela à vos crapules de l’opposition. Savez-vous l'effet qu'ils me lont, vos Cinq et leur bande? Ils me font I'elfel de naufrageurs... C’est infâme, je vous dis... Pendant qu’on se bat, làbas. ils restent ici, eux. l’oreille collée contre terre, pour mieux entendre tomber le dernier portedrapeau qui tiendra le dernier aigle — et pour écouter s'ils roulent enfin vers Paris, les fourgons

prussiens qui la leur ramènent, leurRep.. sur un matelas d’obus !...

Le déjeuner s’achève. Au café, un ami arrive. R apporte des nouvelles. Le Corps législatif vient d’ètre envahi; la République est proclamée.

— Sa Majesté l’Empereur, commence mon père...

— Appelez-le donc Badinguet, ricane le cousin Paul en prenant son chapeau.

Mon père reste seul avec son ami.

— Savez-vous ce qui ferait du bien, à présent? demande l’am;. Ce serait de lire une page ou deux des Châtiments.

Oui, mais voilà : Où sont-ils les Châtiments ? Ces temps derniers, on n’était sûr de rien, ni de personne; et l'on cachait le livre vengeur un peu partout, tantôt ici et tantôt là. Quelquefois on oubliait la cachette. Le fait est que, depuis huit jour, son ne peut retrouver le volume.

— C’est bien embêtant, dit mon père.

Mais je suis parti comme une flèche. Je sais où sont les Châtiments ; c’est moi qui les ai cachés, dans un coin très sûr. où je vais les dénicher toutes les heures — pour les lire pendant cinq minutes.

Les voilà. Je les apporte. Je les dépose sur la table du salon.

Mon père ouvre le livre et commence :

— ... Les lavabos vidés des pâles courtisanes...

Mais l’ami intervint ;

— Cet enfant est un peu jeune. Le grand poète, dans le feu de l’inspiration, n’a pas toujours mesuré ses termes. .

Je me dispose à m’éloigner; mais l’ami me retient. Il a une phrase à placer.

— Tu n’es pas encore à l’âge, mon petit, où l’on peut comprendre l’importance des événements actuels. Mais tu as de la chance. Les hommes de ta génération n’auront pas à se plaindre. Nous avons lutté pour vous, et vous aurez la République. Heureux coquins!... Tu ne comprends pas encore ce que ca veut dire : avoir la République? Si tu savais! Mais tu verras... tu verras!...

J’ai vu.

Ce que j’ai vu, je le dirai une autre fois. Faire des comparaisons, établir des parallèles? L’heure n’est pas venue. Elle ne viendra peut-être jamais, d'ailleurs — car les choses parlent, à présent. — A quoi bon les coups de plume — quand c’est des coups de sabre qu’il faut?

Je veux simplement, aujourd’hui, faire I autopsie d’une légende. Il y a quelque temps, déjà, qu’elle agonise. Hier, elle est morte.

C'est de l’Histoire républicaine des débuts du second Empire que je veux parler.

Les hommes de ma génération ont délaissé, pour la lire, la traduction des épitôme. Elle a servi d'abécédaire aux jeunes gens des générations qui nous suivent. Taxile Delord fut notre dieu ; nous crûmes au colonel Charras; Les Châtiments furent notre livre de chevet; Y Histoire d'un Crime, notre catéchisme. D'autres œuvres encore? Des masses — toutes plus républicaines les unes queles autres. — Oublions.

On nous disait la vérité, nous en fûmes convaincus. L’Empire avait été un régime corrupteur et corrompu. malfaisant, honteux; il était né dans le sang et devait finir dans la boue. Il avait interrompu, en s’imposant brutalement, les grandes œuvres ébauchées par la seconde République. Les dix-huit ans qu’il avait duré avaient été un temps d'arrêt dans la marche du progrès et de la civilisation. La légende s’affirma, devint plus forte de jour en jour. Elle fut le plus solide appui du parti républicain, et lui permit de s’installer. Grâce à elle, les grands hommes de l’ex-opposition s’assirent en des trônes ministériels ou présidentiels, et les seigneurs de moindre importance prirent place sur les degrés.

Je ne veux point rechercher, ici, si ce tut un malheur — et si les vingt-trois ans de République que nous venons de subir ont été, eux aussi, un temps d’arrêt dans la marche du progrès et de la civilisation. — Le jeu des parallèles, ;e l'ai dit, ne me plaît guère.

La situation du prolétaire était-elle moins précaire sous l’Empire qu’aujourd’hui? L’expédition du Tonkin tait-elle pendant à celle du Mexique? Fourmies répond-il à Aubin? Le porteallumettes du sergent de ville remplace-t-il le

casse-têtes des blouses blanches?.Doit-on préférer la Haute-Cour de Beaurepaire à la Haute-Cour de Blois? Les scandales du Panama ne sont-ils point, dans une certaine mesure, attribuables à l’esprit bonapartiste?

Questions oiseuses. Autant vaudrait demander, par exemple, s’il eût été désastreux pour la France que M. bpuller n’arrivât pas à surnager, et que AI. liane, garçon très fort, laissât ses os à Lambessa. . .

Je tiens seulement à faire remarquer qu’on nous a trompés. La légende dont on nous a rabattu les oreilles est fausse — et idiote.

Deux faits.

Les hommes du Coup d’Etat versèrent du sang, c’est entendu. Ils en versèrent très peu. Et l’enfant de la rue Tiquetonne, aveçses deux balles dans la tète, immortalisées par la poésie, la peinture et la Sculpture, a saigne beaucoup trop longtemps.

S’il avait vécu, d'ailleurs, et qu’il eût été misérable, il est fort douteux que son chantre Victor Hugo — suppléé au besoin par le Vacquerie du tourniquet — l’eût empêché de mourir de faim.

Et puis, il faut se faire une raison. Autres temps, autres mœurs. Sous l’Empire, on tuait les enfants; affaire conclue. Sous la République, ils se tuent eux-mêmes... Les avez-vous comptés depuis quelque temps, les suicides de gosses?

Pour la fusillade du boulevard Montmartre, il me semble qu’il ne serait pas dilticile de lui trouver une autre explication que celle que lui donne l’Histoire officielle républicaine: un besoin sauvage de tuerie.

Les faubourgs, parcourus en tous sens par lei prébendés de la seconde République, furieux d’avoir perdu leurs situations, commençaient à s’agiter. Les boulevards, pendant ce temps, s’emplissaient d’une foule bêle et lâche, tiaulée prud’hommesque qui venait voir les événements — regarder passer les troupes qu’on devait envoyer au faubourg Sainl- Antoine, travailler dans la chair d'ouvrier. — Le nouveau régime comprit qu’il valait mieux, puisqu’un exemple était devenu nécessaire, porter ses coups sur la vile cohue bourgeoise que frapper suides travailleurs. Et les quelques douzaines de balles qui percèrent des pelisses de fourrures et des jupes de soie épargnèrent les coups de baïonnette qui auraient taché de rouge les blouses bleues et

les caracos de laine Ah! je ne la plains pas

beaucoup, la dame au chapeau rose de Yllistoire d'un Crime... Il est vrai que j’ai tellement déploré son sort, autrefois...

Et je me demande, vraiment, si ce ne fut pas le plus bel acte gouvernemental du siècle, celle fusillade humanitaire.

Quant à M. Schœlcher, l’homme à la plaque de bronze, qu’il spit bien convaincu que ce que je viens d’écrire, beaucoup de gens le pensent aujourd’hui. El bien d’autres choses encore, qui ne luiraient point, probablement, à M. Schœlcher. e le lui affirme sans acrimonie..

Je n’ai aucune haine, du reste, pour les victimes du Deux-Décembre — ni pour leurs petits. Ce sont des vaincus — qui restèrent toujours des vaincus. — Voilà tout. — Je concours, ainsi que tous les Français courbés sous l’impôt, à leur servir la pension que nécessitent leurs souffrances.

C’est mon droit de contribuable.

Je les méprise.

C’est mon droit d’homme.

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rêUcaçmoucÇq

ECHOS

se plaint douloureusement, parait-il, dans le monde des artistes-peintres iMÊm&lWI Avouons tout de suite qu'il y a de quoi — et exposons les faits.

SkovkIrJ Chacun sait que l’art américain n'existe pas. [B3ll§§r2.1 Les peintres yankees sont nombreux, cependant; mais ce ne sont que des pasticheurs audacieux; leurs œuvres ne présentent d'intérêt qu'au point de vue commercial. « C'est nous, du reste, disent les artistespeintres français qui, avons dans nos écoles du gouvernement, aussi bien que dans nos ateliers privés, créé bénévolement ces acharnés concurrents. Et nous sommes, encore une fois, victimes de notre générosité légendaire. »

Là-dessus, les artistes-peintres rappellent qu à 1 exposition de 1889, aussi bien qu'aux Salons annuels, ils ne perdirent pas une occasion de couvrir de décorations, de diplômes et de médailles, les pasticheurs américains, Ils avaient donc toutes les raisons possibles de s'attendre à voir les Yankees, à Chicago, exprimer leur gra-

titude pour tant de bienfaits.

Hélas! 11 n'en a rien été. Les Américains, pour ne point décerner à nos nationaux les récompenses méritées, imaeinèrent de déclarer la France hors concours, en bloc. Procédé digne de Tartuffe! Effroyable escobarderie !

Monsieur Poincarrê — ministre des beaux-arts que nous avions longtemps rêvé, et que nous regrettons, ô combien! — fut littéralement indigné. Et, sur la demande du compétent M. Roger-Baliu, il décida qu’une médaille commémorative, gravée par Roty, serait offerte, aux frais de l’Etat, aux exposants.

Aux frais de l'Etat, remarquez-le. Cette fois, encore, c'est la France qui paye. Ah ! nos traditions de chevalerie et de loyauté!... En serons-nous toujours dupes ?...

Nos artistes-peintres, malgré tout, seront donc décorés. C’est beaucoup, certes ; mais ce n'est pas assez. Il faut que le nouveau ministère prenne un parti énergique. Qu'il fasse, le compte exact des rubans et des rosettes qu'il a décernés à des peintres étrangers; et qu'il exige, de leurs gouvernements respectifs, un nombre égal de décorations à distribuer à nos nationaux. Ordre du Bain, Jarretière. Sis Maurice et Lazare, Christ de Portugal, Nicham-lftichar et Dragon de l'Annam, qu'il prenne de tout. Qu'il n’hésite pas, surtout! Qu’il songe qu'il a derrière lui, tout entier, le corps des artistes-peintres français (76,000 hommes — sans compter mademoiselle Abbéma.)

lui paraissant point offrir des garanties suffisantes de sécurité, il lâche dans son jardin, dès le crépuscule, d'énormes chiens d'une férocité épouvantable.

Dernièrement un brave homme de camionneur fut cruellement mordu par un des cerbères. 11 porta plainte, naturellement, contre l'auteur des millions de la mansarde.

L’affaire vient de venir en police correctionnelle. Un de nos amis, qui assista à l'audience nous en envoie un récit que la pudeur noue empêche de reproduire. Ce fut, nous dit-il, scandaleux. M. Sarcev, pour s'attirer l'indulgence des juges, n'hésita pas à se livrer devant eux aux pitreries les plus inavouables. Il fit des mines, prit des poses, gesticula comme un pantin, esquissa la danse du ventre, finalement joua de dos... Ce vieillard, se transformant en bouffon pour s’épargner une condamnation dix fois méritée, était écœurant.

M. Sarcey, du reste, reçut son salaire. Il fut acquitté. En se retirant, il crut bon de déclarer narquoisement qu'il tenait quelque argent à la disposition du camionneur estropié.

Ce malheureux, qui sait trop bien qu'une meute affamée le guette déjà derrière la porte, toute prête à le dévorer s'il ose jamais retourner à la villa de Nanterre, est encore, parait-il, dans un état lamentable.

On annonce que M. Hector Depape fonctionne dans le cabinet de M.Spuller.

Le père Hyacinthe, qui tient — on n'a jamais su pourquoi — à ne pas se faire oublier, vient de profiter d'une occasion propice pour s'introduire dans un local de la rue de Provence, dénommé Chapelle Taitbout. Un pasteur protestant, principal pilier d'une vertueuse ligue, le présenta au public.

Après quoi, le vieux défroqué fit une conférence. 11 déplora, entre autres choses, « le courant d'opinion qui porte actuellement les membres de la société moderne à s'occuper de leurs affaires avec une ardeur inconnue jusqu'ici ». Et il affirma que la religion, pour réagir contre ces tendances, « doit exciter chez l’homme un saint enthousiasme, le goût des plaisirs purs, ceux de rame, de la science et de l'art ».

Seraii-il impertinent de prétendre que les idées du père Loyson manquent un peu de justesse, et beaucoup d'intérêt ? Peut-être. Et puis, on doit savoir passer bien des choses à un homme qui sut entretenir une hérésie pendant une vingtaine d’années, à la fin du XIX' siècle, moyennant huit cents francs par an.

Un journal assure que c’est M. Villain, « qui estuntrès distingué confrère et un gros laborieux, » qui fut désigné par ses collègues pour rétablir entre l’Hôtel-de-Ville et la Préfecture' de Police une paix très compromise.

M. Villain, élevé à la dignité de diplomate à succès, nepeutquese sontirflatté. .Malheureusement. M. Alphonse Humbert hausse doucement les épaules — et M. Mermeix esquisse un léger sourire.

Mme Carnot, qu'accompagnait le colonel Chamoin, Mme veuve Hippolyte Carnot, mère du président de la République, M. Adolphe, Carnot frère du président, et le général Bonus assistaient hier à la lecture faite à la séance publique de l’Académie des sciences morales et politiques de la notice sur la vie et les travaux d'Hippolyte Carnot par M. Jules Simon.

La famille Carnot — cette famille de polytechniciens, que l'on vit si longtemps pâlir sur l'.v — ne dissimule pas sa satisfaction.

A ce propos, une question, Lazare Carnot a sa statue. M. Sadi, un jour, aura la sienne. Pourquoi Hippolyte Carnot n'en aurait-il pas une ? Les progrès scientifiques et industriels, dont il fut le fervent apôtre, permettraient de la lui ériger sans grande difficulté. Nous ne voulons pas dire par là qu'on devrait simplifier les choses à l’excès, et appliquer à la' fonte de la statue d’ün grand homme un procédé analogue à celui qu’on recommanda pour la fabrication dés canons : prendre un trou . et couler du bronze autour...

M. Francisque Sarcey, comme tous les gens dont la. conscience n'est pas tranquille, craint. sans cesse de ne pas être en sûreté. Les triples verrous et les chaines ne

La municipalité révolutionnaire de Saint-Denis badine agréablement.

Elle s'amuse, actuellement, à « outrepasser ses droits ». Malgré la loi qui lui interdit de conclure aucun marché sans un vote du Conseil approuvé par le préfet, cette municipalité avancée se fait un jeu de vendre, pour des sommes dérisoires, à des citoyens qui lui conviennent, des vieux fers, des cuivres e’t du zinc appartenant à la commune. Elle va même jusqu’à acheter, dans les mêmes conditions, des platanes destinés à donner de l'ombre à la place de l’Ancien- Marchè.

Un membre de la minorité crut, avant-hier, devoir protester et déclarer que, les platanes étant considérés comme des arbres ■ malsains, il serait préférable de planter des acacias.

— Des acacias, s’écria le maire, mais vous savez bien que les jeunes enfants prennent leur écorce pour faire du coco!

Et fièrement, M. le maire-député Walter ajoute :

— Du reste, puisque c'est comme cela, je me relire; vous en chercherez un autre pour faire vos adjudications !

Nous aimons beaucoup cette crânerie. C’est par de pareils procédés qu’on s'impose aux masses, et qu'on, arrive à se faire considérer comme indispensable. Le parti collectiviste, dont M. Walter est l'un des plus beaux ornements à la Chambre, doit être fier de lui.

Ce parti, d'ailleurs, a toutes les raisons du monde de s'enorgueillir. Les succès qu'il remporta, dans les genres les plus divers, dépassent toutes les espérances, et ses détracteurs systématiques sont dans la désolation.

N'avaient-ils pas été jusqu'à prétendre, entre' autres choses saugrenues, qu.e le collectivisme devait latalem'ent amener la mort de l'Art et détruire chez l'homme, en portant -un coup terrible à l'initiative individuelle, tout sentiment poétique?

Les faits, - heureusement, se 'chargent de leur répondre.

Un poète ■ roubaisien, collectiviste convaincu et électeur de M. Jules Guesde, vient de composer, en l'honneur de ce dernier, un canti que que nous regrettons

de ne pouvoir citer en entier. En voici, au moins, une strophe ;

Partout si vous voyez trembler Le grand capitaliste,

C'est qu'il aperçoit le succès Du vrai socialiste.

Et voici, de plus, la moitié d'une autre strophe :

Puisque c'est pour rendre nos biens A la Chambre qu'il plaide,

Ensemble crions, citoyens.

Honneur, honneur à Guesde !

Suivie d'une autre demi-strophe :

Les mineurs, exploités toujours,

En vain, criaient : A l'aide!

Qu'est-ce qui vint à leur secours ?

C'est le citoyen Guesde ! ! !

Qu'en pensez-vous? Croyez-vous qu'on puisse encore prétendre, à présent, que le collectivisme, ainsi que l’ont si longtemps affirmé des gens sans vergogne, doit être l’étoulfoir de l’inspiration poétique? Le serait de la folie. Le poète roubaisien vient de découvrir — pour citer un mot célèbre — un frisson nouveau : le frisson collectiviste. D’autres, incessamment, vont marcher sur ses traces. Et, si nous ne craignions de commettre une indiscrétion, nous annoncerions que M. Ferroul — qui ne manque pas d'oreilles — occupe les loisirs que lui fait son échec électoral à mettre en musique les cent quarante-huit premières strophes du susdit cantique.

Mot de la fin extrait des grands quotidiens) :

On discutait, dans les couloirs de la Chambre, la valeur des députés socialistes.

— Peuh ! fit un conservateur. Ces gens-là ne sont guère à craindre.

— Attendez un peu, répondit M. Jules Guesde qui passait, vous Jes verrez bientôt à l'œuvre, et vous saurez alors combien Walter — pour n’en citer qu'un — combien Walter Scott (se cote).

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