‹ L'escarmoucheChapitre 6 sur 83 · DESSIN DE A. WILLETTE · texte numérisé non relu

DESSIN DE A. WILLETTE

Dessin illustrant le Catalogue de la maison Kleinmann.

COURTE PHIL oANT HROTIQVE

Pmme * un des agents qui avaient procédé à l’arrestation des filles, râllées en masse sur le boulevard de la Chapelle, sortait du poste de police, M. Doucerain l'aborda.

M. Doucerain, légèrement embarrassé, souriait. Il ressentait, en face de ce fonctionnaire en bourgeois, de ce mouchard dont le ministère, brutalement, venait de se dévoiler, i'inquiétude vague — fortement mélangée de respect — qu'éprouvent les classes moyennes devant ces deux piliers de notre ordre social : le voleur et le policier.

Pourtant, l'agent n’avait point l’air d’un méchant

homme. 11 semblait, plutôt, bonasse. D'ailleurs, point mal mis. Au coin de la rue, les personnes mûmes qui l'avaient vu opérer tout à l'heure ne le reconnaîtraient sûrement pas. Donc, aucun danger de se compromettre; et, pourvu qu'il consentit à accepter une consommation au café des Bouffes...

De fait, il accepta.

— Monsieur, dit M. Doucerain dès qu'ils furent attablés, je vous ai vu faire tout à l'heure. Votre métier...

— Mon métier ? grogna l’agent.

— Votre métier est des plus honorables et je n'ai jamais compris...

— Bah ! si vous saviez ce que les appréciations qu'on peut porter sur nous nous sont indifférentes !

— Comme je vous approuve! ditM. Doucerain. Quand

on fait son devoir

Et, là-dessus, il se moucha.

— Monsieur, reprit-il au bout d'un instant, si je vous ai prié de m'accorder quelques instants d'entretien, c'est que je voulais vous poser une question...

— Posez.

— Monsieur, je suis philanthrope...

— Dans le quartier?

— Pas précisément. Rue Paradis... Je voulais donc, monsieur, vous demander, à vous qui me semblez des mieux placé pour me répondre, pourquoi l'on continue à employer, à l'égard des filles publiques, des procédés qui — passez-moi l'expression — sont peut-être d'.un autre âge.

— C’est, dit l'agent, pour nettoyer la rue.

— Est-ce la vraie raison? demanda M. Doucerain.

— Certainement non, dit l’agent. La vraie raison, je pourrais vous la donner... Et, tenez, vous m'avez l’air d'un charmant homme... Je vais vous dire un secret. La police arrête les filles lorsque le gouvernement, ,pour faire confectionner à prix réduits le linge de notre brave armée, se trouve avoir besoin d’ouvrières.

— Je m'en doutais un peu, murmura M. Doucerain avec un fin sourire. Et le gouvernement, à présent...

— 'Le gouvernement est fort pressé. L’arrivée .irami-

F€Cscaçmoucf?d

nente de la classe, la difficulté de confier à l'industrie privée, après de récents scandales, la confection des fournitures militaires... Bref, les arrestations de filles ont augmenté, depuis quelque temps, dans la proportion de 75 o/o.

— C'est un joli chiffre, monsieur. Bien que comprenant à merveille la nécessité des procédés mis en usage par la Préfecture, je ne puis admettre que difficilement l'incarcération, sans motifs sérieux, de pauvres filles qui ne sont pas, au fond, indignes de toute pitié. J'ai mûrement réfléchi à toutes ces choses, monsieur. Et j'ai trouvé un moyen qui, je crois, si l'administration consentait à l'employer, enlèverait aux mesures qu'on est forcé de prendre contre le vice tout caractère de barbarie. Ce serait humain; ce serait plus: ce serait philanthropique.

Voici : on laisserait les filles libres d'exercer, pendant la nuit, leur triste métier, (fl est des maux qu'on ne peut, hélas! empêcher.) Mais, hors le cas d'infractions graves aux réglementé, on ne les arrêterait point. Seulement, pour leur permettre de reconnaître les bons procédés dont on userait à leur égard) on les forcerait à accepter un certain nombre de chemises de troupe, qu'elles devraient confectionner chez elles, dans la journée et rendre, à certains jours et à certaines heures, soigneusement ourlées. Ces filles, qui se promènent la nuit, ne pourraient plus, ainsi, fainéanter le jour et échapper à la sainte obligation du travail, qui pèse sur tous les mortels... Et, qui sait, monsieur? peut-être reprendraient-elles, ainsi, peu à peu, le goût d'une existence plus avouable ; peut-être rentreraient-elles dans la bonne voie.. On les surveillerait, naturellement, avec la plus grande sévérité — car la bonté ne doit point aller sans une certaine rigueur — et celles qui ne rendraient pas, au moment voulu* la quantité nécessaire de linge Remarquez, enfin, que l'Etat qui, actuelle-

ment, se voit obligé de nourrir les malheureuses qu'il détient à Saint-Lazare, n'aurait plus à s'occuper de ces questions de subsistance .. Ce serait tout bénéfice pour lui... Oui, plus j'v pense, plus je^suis content de mon système. Et si vous consentiez, monsieur, à vous faire mon interprète auprès de vos chefs... C'est humain; c'est plus : c'est philanthropique...

M Doucerain, vers la fin -de sa tirade dont il ava't prononcé les phrases d'une voix douce, toute paternelle, avait baissé la tète, tapotant, du bout de sa canne, la pointe de ses bottines.

Lorsqu'il releva le front, il s'aperçut qu'il était seul.

L'agent s'était enfui — effrayé.

THÉ24T%ES

Bouffes-Parisiens. — Mantselle Carabin, opérette en trois actes, de M. F. Carré, musique de M. E. Pessard.

Une gentille petite historiette, accompagnée d'une gentille petite musique, et terminée par un gentil petit dénouement qui permet à la gentille petite Mme Simon-Girard de se marier...

— En voilà une nouvelle !

— Attendez donc !... A l'église de la rue Daru.

— Ah! alors!... ce n'est qu'un commencement. Car nous pouvons nous préparer, n'est-ce pas ? à voir une bonne douzaine de jeunes Slaves sympathiques échanger, cet hiver, l'anneau nuptial — et théâtral — avec une excellente douzaine de Français intéress'ants.

C'est probable Mais, après tout, s’ils savent montrer autant de talent que Mme Simon-Girard et M. Piccaluga, et s'ils n’oublient point de convier à leurs noces des artistes comme MM. Bartel, Lamy et Huguenet, de quoi pourrions-nous bien nous plaindre — Franco-Russes que nous sommes ?

Oniox (pensif... toujours !) Le Fils naturel, comédie en cinq actes, dont un prologue, de M. A. Dumas fils.

— Vous savez que la pièce date de 1858 ?

— Ailonc donc!... du commencement de l'année, alors ?

— Vous savez que les situations datent de is... ?

— Allons donc!... du commencement de l'année, alors ?

— Vous savez que les personnages datent de 18... ?

— Allons donc !... du commencement de l’année, alors?

— Vous savez que les acteurs datent de 18... ?

— Allons donc !... du commencement de l'année, alors ?

— Vous savez que la rédaction date de 18... ?

— Allons donc!... du commencement de l’année, alors ?...

Vaudeville : Madame Sans-Gêne, piece en e nq actes, de MM. Sardou et morceau.

Pièce sur mesure, sortant de chez le grand couturier Sardou, et destinée à habiller les tirades de Madame la Maréchale en déshabillant Réjane.

Du clinquant, des passementeries, des diamants en strass, des perles fausses, des sardouteries en chrysocale et des napoléons en doublé.

Worth, qui avait eu l’intention — étant donnée la vogue continue des toilettes Empire — d’intenter à Sardou un procès en contrefaçon, vient, heureusement, de se raviser. Pour faire reconnaître le bien fondé de ses réclamations. il se fie uniquement à ses lanceuses (nous donnerons les noms de ces dames dans notre prochain numéro) et se décide à prendre le public pour juge.

Donc, plus d'entraves — et grand succès.

Théâtre de la Renaissance : Les Rois, pièce en quatre actes, de M. Lemaitre.

La chose piteuse qu’on pouvait attendre du sombre imbécile qui criticai Ile aux Débats. Inutile, donc, d'insister.

Les Rois, d’ailleurs, sont supérieurement joués. Mme Sarah-Bernhardt, qui s'était pourtant chargée d'un rôle assez ingrat, a fait preuve, une fois de plus, de la toutepuissance qu'elle exerce à la scène. C'est toujours ce )eu noble et simple, ces attitudes hiératiques, ce te ampleur et cette justesse dans les moindres gestes — et surtout cette voix si puissante, cette voix d’or, éternellement jeune, qui fait vibrer l’âme des foules.

Mme Valdey, dans un rôle de mystique exaltée, a su montrer autant d'intelligence que de grâce.

ouant ù Mlle Luce Colas, elle est tout bonnement, dans un rôle de pavsanne effrontée et vicieuse, absolument remarquable. ' Cette comédienne vient de s'affirmer grande artiste. Ce succès — après bien d'autres — doit être définitif. Et la maison du coin de la rue Riehelieu — si riche en prétentieuses nullités féminines — se doit à elle-même — ou doit, tout au moins, au public, —de' le sanctionner sans retard. ;

Les rôles d'hommes sont merveilleusement tenus. MM. de Max, Guitry, Deval,Léon Noël et Montigny ont droit aux plus grands éloges.

Théâtre-Libre: Une Faillite, pièce en quatre acteif, de M. Bjornstierne-Bjornson.

Une pièce exotique qui mérite — à différents points'

de vue — une analyse détaillée que les exigences de la mise en pages ne nous permettent pas d'entreprendre.

. Nous y reviendrons.

Dès à présent, pourtant, nous envoyons à la direction du Théâtre-Libre tous nos compliments pour la merveilleuse mise en scène, et nous tenons à féliciter, comme ils le méritent, MM. Arquillère, Etiévant, Renard, Pinsard, Verse, ainsi que Mmes Barny, Viette de Feh! et Guimont.

Quant à Antoine et à Gémier, ils se sont placés, surtout dans une longue scène d'un grandiose intense: bien au-dessus des éloges. Ces deux hommes ne jouent pas, ils vivent.

ROBES ET MANTEAUX

Fnroc Q.ucnlin

3j, *7 \ue Labruyère, 3j , TARIS

Hnnuaii^ Univci^el

Page 1